Après avoir célébré les 600 ans de la naissance de Jeanne d’Arc à Domrémy, visité la maison natale de de Gaulle à Lille, voilà que Nicolas Sarkozy commémore, à Amboise, les cent ans de la naissance de Michel Debré. Alors que la France a perdu son triple A, le président semble, cette semaine, s’être reconverti dans l’inauguration des chrysanthèmes.
On ne reprochera jamais à un chef d’Etat d’honorer la mémoire des grandes figures de notre Histoire. Il reste moins de cent jours à Nicolas Sarkozy pour évoquer Vercingétorix, Clovis, Sainte Geneviève, Saint Louis, Richelieu, Louis XIV, Napoléon, Clemenceau et quelques autres, sans parler de Jaurès ou de Blum qu’il pourrait bien nous ressortir au cours d’un face-à-face avec François Hollande.
Ce qui est un peu choquant c’est que Nicolas Sarkozy est en campagne électorale (même s’il ne s’est pas encore déclaré candidat) et qu’il essaie aujourd’hui de s’approprier ainsi l’héritage de quelques-unes de nos icônes nationales.
Ne faisons pas parler Jeanne d’Arc, mais imaginons simplement ce que de Gaulle ou Michel Debré auraient pu penser du quinquennat qui s’achève.
L’un et l’autre avaient l’obsession de l’indépendance et de la grandeur de la France. L’alignement servile et obséquieux derrière les Etats-Unis puis derrière l’Allemagne d’Angela Merkel aurait, pour eux, relevé de la trahison et l’image que Sarkozy a donnée de la France à travers le monde les aurait indignés. L’un et l’autre affirmaient que la politique de la France ne pouvait pas se faire « à la corbeille ». La soumission aux banques, à la finance internationale et aux agences de notation les aurait scandalisés. Ils ne pensaient, l’un et l’autre, qu’à l’unité de la nation au-dessus des partis, des clivages, des communautés. Depuis cinq ans, le président a opposé riches et pauvres, travailleurs et chômeurs, salariés du privé et fonctionnaires, Français « de souche » et Français « de fraîche date ». Etc., etc.
Personne n’a jamais pu définir, à travers ses innombrables volte-face, reculades et reniements, ce qu’était le sarkozisme. Mais une chose est sûre : c’est tout sauf du gaullisme.
Dire que le Général a dû passer ce quinquennat à se retourner dans sa tombe serait un euphémisme et un lieu commun. Quant à Michel Debré, il a sans doute, du paradis où il s’ennuie sûrement, retrouvé toutes les fureurs qui le faisaient appeler jadis « Michou-la-colère ».
La captation d’héritage, l’usurpation d’identité et le viol des sépultures sont punis par la loi. Et il y a peu de chances qu’avec de telles simagrées Sarkozy puisse l’emporter au paradis…

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