On peut naturellement discuter de la TVA sociale, de la formation des chômeurs, de la taxation des transactions financières, imaginer tout et n’importe quoi pour créer de l’emploi, pour rendre ce pays un peu plus juste, pour faire payer davantage les bénéfices du capital que les revenus du travail. Toutes les idées et même toutes les promesses sont aujourd’hui les bienvenues. Et on peut compter sur les quatorze candidats déjà déclarés dans cette course à l’Elysée pour tenter de nous allécher à coups de programmes innovants.
Tous, de François Hollande (32% dans les sondages) à Nathalie Artaud (0%, pour l’instant, dans les mêmes sondages), ont le droit de nous affirmer qu’avec eux la France, l’Europe et même la planète toute entière connaitraient des jours heureux et que, dès l’instant où ils franchiraient les portes de l’Elysées, le chômage, la précarité, la misère disparaitraient comme par enchantement.
Il n’y en a qu’un seul qui, lui, ne peut pas nous jurer qu’il rasera gratis demain. C’est le sortant. Lui, on le juge sur pièces, pas sur des balivernes et des promesses de Gascon. Les autres ont des programmes, peuvent prendre des postures, lui, il a un bilan. Avec les autres on peut toujours rêver, avec lui, on a déjà donné. Certains d’entre nous peuvent, peut-être, encore en vouloir et souhaiter lui renouveler son contrat mais il semble que beaucoup de nos compatriotes en ont plus qu’assez et sont prêts à essayer n’importe quoi pour changer.
C’est le drame de tous les sortants. Ils ont l’appareil de l’Etat, l’argent, les médias pour faire campagne mais ils arrivent forcément sur les genoux en trainant ce fameux boulet qui s’appelle leur bilan. Certes, Mitterrand en 1988 et Chirac en 2002 ont été réélus mais ils ne tiraient pas ce boulet. En période de cohabitation c’est le Premier ministre qui doit assumer le bilan, pas le président. En 1981, Giscard n’a d’ailleurs pas été réélu.
Sarkozy voudrait nous faire croire qu’il n’est pas –encore- candidat et qu’il compte bien assumer ses responsabilités de président jusqu’au dernier jour. Or tous les Français constatent que, depuis des mois, pour ne pas dire des années, il est déjà en campagne ce qui lui fait totalement oublier qu’il est encore président.
Il ne se rend pas compte que quand il nous promet, par exemple, une TVA sociale, une nouvelle politique de formation pour les chômeurs ou une taxation des transactions financières, n’importe quel électeur –même parmi ceux qui pourraient trouver ces idées intéressantes- va lui demander pourquoi il n’y a pas pensé plus tôt.
Nous sommes à moins de quatre mois du premier tour des présidentielles. C’est-à-dire que Nicolas Sarkozy est président de la République, avec une majorité absolue à l’Assemblée et tous les pouvoirs, depuis quatre ans et plus de huit mois. Autant dire que ce quinquennat (raté) est fini. Et c’est aujourd’hui seulement qu’il découvre soudainement ces nouvelles solutions dont tout le monde parle depuis des années.
Sarkozy a passé son règne à nous sortir des lapins blancs de son chapeau. N’importe quel prestidigitateur sait qu’au moment où le rideau commence à baisser, il est beaucoup trop tard pour refaire les vieux trucs dont le public s’est lassé. Même si le spectacle n’a pas été un succès. Pour être bissé il faut avoir réussi son numéro. Sinon, il faut savoir tirer sa révérence pour réussir au moins sa sortie.
Il est trop tard, Monsieur le président. Et ce n’est pas parce que vous allez essayer, en trichant à la fois avec les règles de l’économie et celles de Bruxelles, de sauver 850 emplois d’une compagnie de ferries que vous ferez oublier aux Français que le chômage a explosé durant votre quinquennat.

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