Tous les commentateurs de ce matin (ou presque) nous disent que François Hollande a parfaitement réussi le « décollage » de sa campagne, hier, au Bourget. Il aurait, selon eux, « revêtu le costume présidentiel » en « s’affirmant bien à gauche ».
Certains prétendent même qu’il a apporté des précisions « importantes » à son programme. Il a, par exemple, annoncé qu’il voulait inscrire la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 dans la Constitution. Il ignore sans doute que l’article premier de la dite Constitution affirme : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».
Il veut donner les terrains appartenant à l’Etat aux collectivités locales pour qu’elles construisent des logements. Pourquoi pas ? Il n’a cependant pas précisé où ces collectivités trouveront l’argent nécessaire pour construire ces logements. Il a annoncé une tranche supplémentaire d’impôts, à 45%, pour ceux dont les revenus dépassent 150.000 € par an. Faire « payer les riches » n’est pas une idée bien nouvelle dans un pays où plus de 50% des citoyens ne sont pas assujettis à l’impôt sur le revenu.
On sait d’ailleurs depuis longtemps que François Hollande « n’aime pas les riches ». Il l’a dit et répété à maintes reprises. Le monde de l’argent lui soulève le cœur. Il écoeurait déjà Mitterrand ce qui n’a pas empêché la Bourse de connaître son âge d’or sous son règne.
Les Français ou du moins ceux qui font partie du « peuple de gauche » retiendront sans doute une seule phrase du discours « fondateur » d’hier : « Je serai le président de la fin des privilèges ». C’est ce qui s’appelle « une banalité électorale ». Tous les candidats l’ont plus ou moins proclamée depuis la nuit du 4 août. Il nous promet, lui aussi, une « République irréprochable ». C’est un air connu.
Ce qui a, peut-être, été plus étonnant ce fut son cri du cœur : « Mon adversaire, c’est le monde de la finance ». On savait que son adversaire était Sarkozy et on aurait aimé que ce soit aussi le chômage, la précarité, la désindustrialisation, la dette. Non, il préfère s’en prendre aux banquiers, c’est beaucoup plus facile.
Vouloir s’attaquer au « monde de la finance » et le désigner ainsi à la vindicte populaire est parfaitement irresponsable. Que ces financiers aient dérapé avec des produits toxiques, des paradis fiscaux, des stocks options, des bonus, chacun en convient. Qu’il faille réguler tout cela, même Sarkozy l’a dit. Mais comment imaginer que nous pourrions reconstruire le pays, recréer des emplois, redevenir compétitifs, mener une politique de solidarité sans « le monde de la finance ».
D’ailleurs, on le sait, la crise actuelle dans laquelle nous nous enfonçons n’est pas une crise financière mais bel et bien une crise économique. C’est parce que nous ne produisons plus rien et que nous continuons à nous goberger à crédit que l’Occident s’est effondré et que le système financier a sombré. Ce n’est pas le monde financier qui a coulé notre économie. C’est la mort de notre économie qui a fait vaciller nos finances.
Fustiger les banquiers cela peut plaire aux foules mais c’est évidemment renoncer à tout espoir de résurrection. D’ailleurs personne ne doute un seul instant que, si Hollande est élu président de la République, il fera immédiatement les yeux doux aux financiers en les suppliant de ne pas prendre leurs cliques et leurs claques pour passer la frontière suisse.
Il faut sûrement imposer certaines règles au monde de la finance mais il est absurde de lui déclarer la guerre. Hollande a tort de fustiger le nerf de la guerre.

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