Ca y est, 2012 a commencé et, comme toujours en début d’année, chacun y va de ses prévisions. Il faut dire que cette année s’annonce déjà « mouvementée » avec une série d’élections à hauts risques, une crise économique qui ne va faire que s’aggraver et les suites des chamboulements auxquels nous avons assisté dans le monde arabe.
Hasards du calendrier, il y aura trois élections importantes cette année. En France, aux Etats-Unis et en Russie. A la minute présente, tout le monde annonce l’élimination de Sarkozy, la réélection d’Obama et une victoire contestée et contestable de Poutine. Il faut dire que Sarkozy n’a tenu aucune de ses promesses et qu’une grande majorité des Français ne le supporte plus, qu’Obama a, comme il s’y était engagé, évacué l’Irak et s’apprête à en faire autant en Afghanistan et que Poutine n’a rien oublié des méthodes de son ancien KGB pour organiser des élections.
Cela dit, rien n’est encore joué. Tous les « experts » se sont toujours trompés à quelques mois de toutes les élections. Si les Français semblent ne plus vouloir de Sarkozy, ils ne paraissent pas se précipiter pour autant vers Hollande. Si les Américains sont ravis d’être sortis du bourbier irakien et si les candidats républicains les déçoivent les uns après les autres, l’Amérique profonde pourrait bien reprocher à Obama une situation économique de plus en plus désastreuse. Quant aux bonnes vieilles méthodes du KGB, elles pourraient s’avérer dépassées à l’heure de l’internet qui permet aux opposants de réunir cent mille personnes dans les rues de Moscou. Rien n’est donc tout à fait sûr. On pourrait avoir un coup de tonnerre à Paris, une surprise à Washington et un début de printemps à Moscou.
Avec la crise, au moins, on peut être tranquille. Ca sera de mal en pis. Nous allons perdre notre triple A, mais surtout nos usines vont continuer à fermer, nos exportations à diminuer, nos investissements à se réduire, nos prélèvements obligatoires à augmenter, notre consommation à se restreindre, notre niveau de vie à baisser et notre chômage à battre des records.
D’ailleurs, il faudra, peut-être, qu’un jour nous arrêtions de parler d’une « crise ». Une crise c’est un moment, une phase, un passage délicat dont, par définition, on peut sortir, un tunnel dont on peut voir le bout. Or, cette fois, nous ne sommes pas entrés dans un tunnel, nous nous sommes écrasés droit dans le mur des réalités.
Nous ne connaissons pas « quelques mois difficiles », nous assistons à la fin d’un monde, le nôtre, et à l’émergence triomphante des nouveaux venus. Ce n’est plus la vieille Europe et l’Amérique qui dominent la planète mais la Chine, l’Inde, le Brésil et quelques autres. Ceux qui consommaient toujours plus sans plus rien produire et en s’endettant toujours davantage sont ruinés et ceux qui, de l’autre côté de la planète, produisaient comme des fourmis en se contentant d’un bol de riz rachètent le monde et deviennent les maîtres de l’univers.
Les agences de notation n’y sont pour rien, elles constatent. Les plans de rigueur ou d’austérité qui nous mettent à la diète ne serviront à rien. C’est beaucoup trop tard. Nous nous sommes goinfrés trop longtemps. L’Occident est en faillite et les prêteurs sans pitié. Au lieu de jouer les bons pères de famille ou les enfants du laboureur de la fable, nous nous sommes comportés comme des fils de famille, oisifs et jouisseurs, assis sur leur héritage, le dilapidant à plaisir et faisant la bringue.
Il va donc falloir, dès cette année, « s’y faire ». Notre empire n’est même plus décadent, il est déclassé, fini, hors-jeu. On ne peut que sourire amèrement quand on entend le président de la République nous affirmer que nous avons encore toutes nos chances, que « la France a résisté », que « la France a tenu » et que « 2012 sera l’année de toutes les espérances ».
Après plus de quatre ans et demi de pouvoir, il n’a rien trouvé d’autre à nous proposer que de mieux former nos chômeurs et de taxer nos importations et les transactions financières. Des idées qui trainent dans les tiroirs de la République depuis des années. Nos chômeurs ont moins besoin de formation que de travail, taxer nos importations serait réduire encore nos chances d’exportations, taxer les transactions financières serait faire fuir les derniers capitaux.
A bout de souffle, d’arguments et d’idées, Nicolas Sarkozy n’a pas compris que nous étions entrés dans une ère nouvelle et que notre seule chance de surnager au milieu de la tempête était de nous réveiller, d’innover, de créer, de permettre à nos élites et à nos PME de reconquérir des marchés, de libérer toutes les énergies, de réindustrialiser le pays, de redonner de l’espoir aux jeunes avec de grands projets. Et pas d’inventer une nouvelle machine à gaz pour les chômeurs (que les syndicats vont refuser) ni de nouvelles taxes. La France n’a besoin ni de rustines ni de cautères, ni de saignées supplémentaires. Elle a besoin d’un fabuleux ballon d’oxygène pour reprendre vie.
Aucun des quinze candidats qui se préparent pour le 22 avril ne semble l’avoir vraiment compris. Ca somnole petitement dans les rangs, chacun dans sa gargote touillant plus ou moins ses vieilles recettes d’antan devant des clients qui en ont déjà la nausée. On peut toujours rêver que, soudain touché par la grâce, l’un des quinze aura l’idée d’ajouter à ses ambitions personnelles un peu d’ambition pour la France. Mais on ne voit rien dans la boule de cristal et il n’est pas impossible qu’il nous faille, une fois de plus, déchanter si tant est que nous ayons jamais chanté.
Ceux qui vont rapidement déchanter en tous les cas sont tous ceux qui se sont réjouis à s’en dilater la rate devant ce qu’ils ont eu le culot d’appeler « le printemps arabe ». Là, il n’y a aucun suspens. C’est écrit noir sur blanc comme une sourate du Coran. La Tunisie, la Libye, l’Egypte vont basculer dans l’islamiste, voiler leurs filles et lapider les femmes adultères comme, d’ailleurs, ce qui s’est toujours fait en Arabie saoudite et alentours sans jamais choquer personne. Et il est fort à craindre que ce triomphe des « barbus » ne réveille quelques vocations chez les Algériens et les Marocains.
On dira que « nos amis musulmans » ont parfaitement le droit de faire ce qu’ils veulent chez eux et qu’ils retrouvent ainsi « toute leur authenticité ». Sans doute. Mais la perspective d’avoir à nos portes, de l’autre côté de la Méditerranée, une armée de fanatiques religieux n’est pas forcément réjouissante et d’autant moins que nous avons déjà cinq à six millions de musulmans chez nous qui pourraient bien constituer une sorte d’avant-garde pour peu que la crise ne les enferme encore davantage dans leurs ghettos.
Bref, si j’avais eu, moi aussi, à présenter mes vœux aux Français, je l’aurais sans doute fait avec la même tête que l’actuel président. « Pas… tibulaire mais presque », selon le mot de l’humoriste.
Mais, heureusement, ici, nous ne croyons pas plus aux boules de cristal qu’au marc de café ou qu’aux astres.

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