Quatre soldats français ont encore été tués ce matin en Afghanistan. Du coup, à l’Elysée, on envisage un retrait accéléré pour ne pas dire précipité de nos 3.600 hommes qui continuent à se faire tirer comme des lapins dans les vallées afghanes.
Cela fait des mois et même des années, qu’ici comme ailleurs, certains demandent que nous abandonnions au plus tôt l’Afghanistan à son (triste) sort.
Cette guerre était perdue d’avance. Personne, ni les soldats d’Alexandre, ni les lanciers de la Reine Victoria, ni les chars soviétique, n’a jamais pu venir à bout des tribus guerrières afghanes cachées dans leurs montagnes. Elles sont d’ethnies différentes, ne parlent pas la même langue, se haïssent et s’entretuent mais, pour peu qu’un étranger arrive, c’est immédiatement l’union sacrée contre l’envahisseur qui plus est infidèle. Et depuis la nuit des temps, les petits afghans de 12 ans apprennent à tirer, à tuer l’ennemi et à disparaitre dans leurs grottes.
Nous nous étions lancés dans cette aventure, sur les pas et à la demande des Américains, au lendemain des attentats du 11 septembre. Les Talibans, alors au pouvoir à Kaboul, étaient de toute évidence les alliés et les protecteurs de Ben Laden et d’Al Qaïda qu’ils hébergeaient dans leurs montagnes. Il fallait donc les déloger du pouvoir pour tuer plus ou moins dans l’œuf l’une des branches les plus redoutables du terrorisme international. Nous avons chassé facilement les Talibans de Kaboul et non sans mal, la coalition (un commando américain) a fini par éliminer Ben Laden et il est vrai que, depuis cette victoire, le terrorisme semble se calmer un peu, mis à part les gens de l’AQMI de l’Afrique saharienne.
Mais ne voulant pas avoir trop l’air d’entreprendre une expédition purement punitive, nos dirigeants nous avaient aussi raconté que l’Afghanistan étant un pays ami ( ? mais pourquoi pas ?) nous voulions qu’il puisse connaître tous les plaisirs de la démocratie et toutes les joies du progrès.
Quiconque a fréquenté l’Afghanistan au cours des quarante dernières années (ce qui est mon cas) a toujours su que les Afghans, aussi charmants soient-ils, n’ont jamais rêvé ni de démocratie ni de progrès à la sauce occidentale et que ce ne sont pas les Talibans qui ont imposé le voile intégral aux femmes afghanes qui l’ont toujours porté. Les Afghans sont des musulmans purs et durs qui entendent vivre tranquillement et selon les règles tribales qu’ils pratiquent depuis des siècles.
Qu’allions-nous donc faire dans cette galère ? Le droit d’ingérence, cher à Kouchner n’est qu’une forme à peine modernisée du colonialisme et cette volonté de vouloir imposer à la terre entière notre conception de l’existence, de la société, de la politique ne peut nous conduire qu’à nous faire rejeter et haïr.
Nous pensions débarquer là-bas (comme Irak d’ailleurs) en libérateurs, nous sommes immédiatement devenus des envahisseurs, des occupants et les Talibans ont pu, grâce au réflexe nationaliste, dominer des régions entières où, avant notre arrivée, ils n’avaient aucune autorité. Ils étaient pour certains afghans des oppresseurs nous en avons fait, par notre présence et à nos dépens, des résistants et déjà de vrais libérateurs.
Bien sûr qu’il faut au plus tôt plier bagages. Nous avons perdu cette guerre. Mais ce n’est pas la première guerre coloniale que nous perdons.

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