Nous sommes à cent jours du premier tour des présidentielles. Les choses sérieuses vont donc commencer.
Selon le sondage BVA d’aujourd’hui, Hollande est à 28%, Sarkozy à 24%, Marine Le Pen à 17%, Bayrou à 11%. En un mois, Hollande a donc perdu 7 points, Sarkozy 0,5 point, Marine Le Pen est restée stable et Bayrou a gagné 2 points. Les 7 points perdus par Hollande semblent être allés vers Bayrou et les « petits » candidats : Mélenchon qui gagne 1 point, à 8%, Eva Joly, 1 point, à 4%, Villepin 3 points, à 4%.
A 35%, Hollande était évidemment « surévalué ». Mais il est indiscutable que sa précampagne marquée par une série de couacs (les désaccords avec les écologistes, les reculades sur le programme, la confusion à propos de la TVA sociale ou de la taxe Tobin) a aussi déçu certains de ses sympathisants. En même temps, il semble que les dernières « trouvailles » de Sarkozy (sauvetage de Seafrance, TVA sociale et Taxe Tobin) n’aient convaincu personne. Aujourd’hui, 48% des Français ne choisissent ni le candidat officiel (non encore déclaré) de la droite, ni le candidat officiel du PS. Ce qui n’empêche pas, bien sûr, Hollande de l’emporter encore très largement au second tour (dans les sondages) avec 57% contre Sarkozy à 43%.
Le Monde d’hier a publié une étude tout à fait intéressante qui devrait faire réfléchir les candidats et rendre un peu plus modestes nos commentateurs.
A cent jours des élections, en 1981, Giscard devançait largement Mitterrand (il sera battu), en1988, Barre était le futur adversaire de Mitterrand pour le second tour (il n’y aura pas accès), en 1995, Balladur était déjà élu (il sera éliminé pour le second tour), en 2002, Jospin était menaçant pour Chirac et Le Pen se trainait à 10% (c’est Le Pen qui eut à affronter Chirac au second tour), en 2007, si Sarkozy était déjà nettement favori devant Ségolène Royal, personne n’attachait la moindre importance à Bayrou qui dépassait à peine les 10% (il finira à 18,5%).
Tout est donc encore possible.
En observant les cinq dernières élections, on s’aperçoit que le favori perd des voix tout au long de la campagne. En 1981, Giscard est passé de 35% à 28%, en 1988, Mitterrand est passé de 38% à 34%, en 1995, Balladur est passé de 30% à 18%, en 2002, Chirac est passé de 27% à 19%, en 2007, Sarkozy est passé de 34% à 28%. La position de favori épuise quand elle ne tue pas.
La position de numéro 2 au départ n’est pas toujours la bonne non plus. Barre en 1988 et Jospin en 2002 n’ont pas été en finale.
On s’aperçoit aussi qu’il peut y avoir des surprises de taille : Chirac a gagné 7 points pendant la campagne de 1981, 9 points pendant celle de 1995, Le Pen 8 points pendant celle de 2002, Bayrou 11,5 points pendant celle de 2007.
On s’aperçoit enfin que les sondages se sont bien souvent trompés à propos de Jean-Marie Le Pen. En début de campagne, ils lui accordaient, en 1988, 10% (il a eu 14,4%), en 1995, 9% (il a eu 15%), en 2002, 9% (il a eu 16,9%). Du coup, en 2007, ils lui donnèrent 13% et il n’a eu que 10%.
Prudence donc. Et d’autant plus que jamais nous n’avons eu un candidat de droite rejeté avec une telle violence par une majorité des électeurs, un candidat de gauche choisi par défaut et aussi peu enthousiasmant et surtout une situation générale du pays aussi préoccupante. Tout le monde dit que le problème du chômage sera, évidemment, au cœur de cette campagne. Il semble, en fait, que ce sera « la désespérance » des Français qui guidera leur choix (cf. le blog précédent). Et alors là tout devient, en effet, possible.

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