On nous parle aujourd’hui de toutes les « addictions » (nouveau grand mot à la mode) dont nous serions souvent victimes. Mais la plus récente de ces addictions est sans doute l’addiction aux sondages dont nous sommes particulièrement victimes sur ce petit blog. Et, comme pour le cigare ou l’Armagnac, nous assumons parfaitement notre vice.
A la manière des turfistes invétérés, nous sommes des « sondovores » (ou des « sondaphages ») invétérés, le nez plongé dans les journaux spécialisés, cochant les pronostics des meilleurs instituts spécialisés et pariant (des haricots) sur les cracks en déroute ou les tocards prometteurs.
Dans cette interminable course d’obstacles qui ne fait que commencer, ce qui est passionnant aujourd’hui, ce ne sont pas les deux supposés favoris qui sont encore en tête, Hollande et Sarkozy. On sait déjà que le premier ne peut que perdre du terrain et que le deuxième a bien peu de chance d’en regagner même en cravachant sa monture.
Ceux qu’il faut observer à la jumelle ce sont les deux suivants qui grignotent du terrain, Bayrou, l’éternel centriste de service, et celle que les bookmakers ont sans doute le tort de sous-estimer, Marine Le Pen.
Aujourd’hui, l’IFOP donne 21,5% à Marine Le Pen (derrière Hollande, 27%, et Sarkozy, 23,5%), 13% à Bayrou, et CSA accorde 19% à Marine Le Pen (29% à Hollande, 26% à Sarkozy), 13% à Bayrou.
On ne le dira jamais assez, ces présidentielles vont être marquées par une fabuleuse volonté de rejet. La majorité des Français ne supporte plus Sarkozy qui a trop déçu mais ne veut pas non plus d’une nouvelle expérience socialiste. Ils pensent avoir « déjà donné » aussi bien avec l’UMP qu’avec le PS.
Les électeurs en ont assez du petit jeu de l’alternance qui a fait se succéder à Matignon, depuis trente ans, des Barre, Mauroy, Fabius, Chirac, Rocard, Edith Cresson, Bérégovoy, Balladur, Juppé, Jospin, Raffarin, Villepin, Fillon, un coup à droite, un coup à gauche, un coup à droite et qui nous annonce aujourd’hui Martine Aubry.
Dans cette descente (aux enfers) en slalom, la France a raté tous les virages et le chômage, la dette, la précarité et tous les malheurs n’ont fait qu’exploser. Du coup, ce n’est plus de l’alternance dont rêvent les électeurs mais d’un grand coup de balai. Ils ont envie de se débarrasser au « Karcher » de toutes les « racailles » et de nettoyer les écuries d’Augias du pouvoir, car ils ont tendance à mettre tout ce petit monde dans le même sac pour le balancer par-dessus le bastingage du rafiot en perdition. Et le score actuel d’un Mélenchon (6,5% pour l’Ifop, 7% pour CSA) prouve que cette volonté de faire table-rase du passé, comme du présent, existe tout autant à gauche qu’à droite.
Sur le thème du « Sortez les sortants » (et du « Tous pourris ») Marine Le Pen a, évidemment, quelques longueurs d’avance. C’était déjà ce slogan qu’utilisait son père en… 1956 quand il était candidat poujadiste. Mais l’extrême-droite sait qu’elle ne dépassera jamais les 20/22% ce qui pourrait lui permettre, comme en 2002, d’accéder au second tour mais lui interdit d’espérer davantage.
Bayrou a, depuis trois semaines, le vent en poupe. Avec son « ni à droite ni à gauche », il met les responsables d’aujourd’hui et ceux d’hier dos à dos et comme il rappelle à qui veut l’entendre que, quand il prêchait dans le désert, il avait raison avant tout le monde, il pourrait bien réitérer son exploit de 2007, 18%, ce qui, avec un petit effort supplémentaire, le hisserait jusqu’au second tour. Il aurait alors toutes les chances de l’emporter en finale, aussi bien face à Sarkozy que face à Hollande puisque les voix qui se seraient portées sur celui arrivé en troisième position se reporteraient automatiquement sur lui. Bayrou en « sauveur du pays », ce serait tout de même une surprise !
En fait aujourd’hui, à moins de cent jours du premier tour, la question est de savoir qui, de Marine Le Pen ou de Bayrou, a une chance de dépasser Sarkozy pour être face à Hollande en finale. A croire l’Ifop, il ne manque que 2 points à la candidate du Front national et 10 points à celui du MoDem. Si Sarkozy continue à s’affoler avec des initiatives intempestives comme la TVA sociale, la taxe Tobin ou le mariage homosexuel (sa dernière trouvaille, selon Libération de ce matin), c’est jouable pour l’une comme pour l’autre.
Dans le premier cas de figure, Hollande serait élu triomphalement, dans le second cas, ce serait Bayrou le vainqueur. La France serait-elle sauvée pour autant ? Ce n’est pas sûr.
Mais tous les turfistes savent que, par terrain lourd, toutes les surprises sont possibles. On a déjà vu des outsiders auxquels personne ne croyait jaillir soudain du peloton dans la dernière ligne droite et gagner des grands prix. Pas souvent, à dire vrai.

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