Depuis le début de la campagne, la seule nouveauté plus ou moins inattendue est la montée dans tous les sondages de François Bayrou qui est passé, en un mois, de 7/8% des intentions de vote à 13/14%.
Le « capital » de François Hollande s’érode régulièrement, mais c’était prévisible au vu de l’engouement excessif qu’il suscitait au lendemain de sa victoire des primaires et Nicolas Sarkozy ne parvient pas à remonter la pente en dépit de toutes ses initiatives récentes, mais c’était tout aussi prévisible car il est, lui, toujours plombé par son bilan.
Ceux qui se disent aujourd’hui prêts à voter pour le patron du MoDem sont-ils brusquement séduits par le charme désuet et le programme bien flou de l’ancien (médiocre) ministre de l’Education nationale ou, ne voulant ni de Hollande ni de Sarkozy, se résignent-ils à choisir l’homme du « ni-ni », ni Sarkozy, ni Hollande ?
Les centristes ont toujours fait des scores honorables lors de nos présidentielles, de Lecanuet en 1965 à Bayrou lui-même en 20O7, en passant par Poher en 1969, Barre en 1988 ou Balladur en 1995. C’est là une vieille famille politique française, héritière à la fois des radicaux modérés et des démocrates-chrétiens d’antan, ce que les uns appellent « le marais » et les autres « les petits notables de province ».
Ce qui est nouveau c’est qu’à ces bataillons un peu clairsemés d’éternels hésitants semblent s’ajouter aujourd’hui des régiments de mécontents, les uns fous furieux contre Sarkozy, les autres déjà déçus par Hollande.
Quand on est de droite, qu’on ne veut plus de Sarkozy et qu’on se refuse à voter Marine Le Pen ou quand on est de gauche, qu’on ne pense pas que Hollande pourra sauver la France et qu’on se refuse à essayer Mélenchon, on en vient à se dire qu’il n’y a plus de Bayrou, sur le thème du « faute de grives on mange des merles ». Jamais au cours de toutes nos présidentielles, les deux candidats « vedettes » n’avaient suscité aussi peu d’enthousiasme dans leurs propres électorats. C’est évidemment une chance inespérée pour tout troisième larron.
On comprend d’ailleurs mal pourquoi les autres « petits » candidats n’arrivent pas à récupérer davantage de ces mécontents. Pourquoi les « gens de droite » qui ne veulent plus de Sarkozy ne sont-ils pas plus attirés par un Villepin, voire un Dupont-Aignan ou une Christine Boutin que par un Bayrou ? Pourquoi ceux de gauche qui refusent Hollande ne veulent-ils pas d’Eva Joly ou de Chevènement ?
Parce que Bayrou est modéré, tiède, pour ne pas dire fadasse. Il ne fait peur à personne et rassure tout le monde. Et c’est bien cela qui est inquiétant. La France est dans un état catastrophique. Tout le monde le sait, le reconnait, le dit. Il va falloir de toute urgence avoir une audace à toute épreuve pour s’attaquer au chômage, prendre des mesures drastiques contre tous les déficits et, plus encore, avant tout, redonner aux Français l’envie de vivre ensemble, « fraternellement » (même si le mot oublié fait sourire certains), en traçant un cap au cœur de la tempête.
Bayrou, lui, se vante d’avoir eu raison en s’alarmant le premier (ou presque) de l’abime de la dette. La dégringolade s’accélérant a confirmé les prévisions pessimistes du petit comptable en manches de lustrine.
Mais le problème d’aujourd’hui n’est pas (ou pas seulement) de réduire la dette aussi colossale soit-elle. Il est, avant tout, de redonner du travail aux chômeurs, de relancer l’économie, l’innovation, la consommation pour sortir de la récession et retrouver un minimum de croissance.
Ce n’est pas avec des économies d’apothicaire et de bouts de chandelle qu’on sort du marasme. Ce n’est pas quand il y a des masses de plus en plus importantes de chômeurs qu’on réduit les aides aux défavorisés, aux malades, aux associations. Entre creuser encore un peu les déficits pour tenter de s’en sortir en réanimant le cadavre ou enfoncer encore davantage les victimes de la crise pour complaire aux Dieux lointains qui de leur Olympe de Bruxelles ou des agences de notation jouent aux arbitres de toutes les élégances de l’économie, il y a d’un côté ce qu’on appelle le courage et de l’autre ce qui n’est que la lâche facilité.
Celui dont nous aurions besoin aujourd’hui n’est pas celui qui nous répète que nous vivons depuis trop longtemps au-dessus de nos moyens, il serait celui qui oserait nous dire quels seraient les moyens de vivre autrement qu’en agonisant.
Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? Pour l’instant, je ne vois que Bayrou sur son baudet…

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