Arrogant ?
Plus de cinq millions de Français ont regardé, hier soir, le débat qui opposait François Hollande à Alain Juppé. Le combat était évidemment déséquilibré puisqu’on avait, d’un côté, un candidat officiel qui caracole en tête de tous les sondages et, de l’autre côté, un avocat du président (lequel ne s’est toujours pas déclaré) envoyé à l’abattoir et dont on sait que s’il est « loyal » il n’est pas pour autant un sarkoziste « pur jus ».
Ce qui frappait d’emblée c’était la cruelle différence de générations. Si les deux anciens énarques n’ont que neuf ans de différence, Juppé avait l’air d’un « vieux » en face de Hollande qui a gardé, malgré son régime amaigrissant, un côté poupin presque rafraîchissant. Pour reprendre des mots historiques d’une campagne précédente, Juppé était à la fois « l’homme du passé » et « l’homme du passif » ce qui ne l’avantageait pas dans cette joute oratoire.
Le ministre des Affaire Etrangères a, évidemment, attaqué le candidat socialiste sur son programme et son « manque de lucidité ». Les batailles de chiffres ne convainquent jamais les téléspectateurs qui savent qu’on leur raconte toujours n’importe quoi et qui, aujourd’hui, ont tous compris que, quel que soit le futur président de la République, les prélèvements obligatoires augmenteront sans pitié. D’ailleurs, pas un Français ne croit que, si Hollande est élu, il pourra créer 150.000 « emplois d’avenir » (le programme du PS en prévoyait 300.000), embaucher 60.000 enseignants et instaurer ses « contrats de génération », même en matraquant les plus riches, les riches et les moins riches.
Sans s’en rendre compte, Juppé a commis l’erreur qu’il ne fallait surtout pas faire. Tout au cours de l’émission, il a semblé considérer que son interlocuteur était déjà élu. Il parlait du programme de son adversaire non pas au conditionnel dubitatif mais au futur, comme si l’affaire était déjà entendue.
Du coup, il n’avait plus qu’un reproche à faire à Hollande : son « arrogance ». Ce sera là le seul mot qu’auront sans doute retenu les téléspectateurs. Sauf que… Juppé est sans doute le plus mal placé de tous nos hommes politiques pour reprocher à quiconque d’être arrogant, lui l’homme du « droit dans mes bottes » et que Hollande passait son temps à répéter très modestement « si les Français me font confiance », « si les Français me choisissent ». D’ailleurs, peut-on vraiment reprocher à un candidat qui possède pour l’heure 7 points d’avance dans les sondages de s’y croire déjà un peu ?
Hier soir, Juppé n’a pas dû faire gagner une seule voix à Sarkozy. Il s’est simplement placé en favori pour Matignon au cas où Sarkozy serait réélu. On attend maintenant de voir comment Sarkozy, lui-même, va se lancer dans l’arène, dimanche soir. Et il ne faudrait surtout pas qu’il soit par trop arrogant…
Mots-clefs : Hollande, Juppé, Présidentielles
27 jan 2012 13:29 1. Houzi
Dans son édito de ce matin sur LCI,avec un petit montage video des principales déclarations des personnalités UMP à l’appui, Christophe BARBIER nous révèlait que les éléments de language que les spins doctors du Château leur avait demandé d’ânonner cette semaine, portaient sur l’arrogance ou la suffisance de HOLLANDE.
SARKOZY se cache derrière de vieux chevaux de retour.
Envoyer JUPPE débattre en 2012 de l’avenir, c’est tout aussi symptomatique que d’avoir invité sur l’estrade de la Concorde au soir du 6 mai 2007 Mireille Mathieu et Enrico Macias.
27 jan 2012 14:24 2. bentolila
Aujourd’hui c’est la saint Ongèle
Lulu mettre de l’antigel dans ta 4 L était une bonne idée à la base sauf que tu l’a mis dans le réservoir à liquide de frein.
27 jan 2012 17:04 3. Alain Bellemere
Décidément il y aura toujours un Président peu courageux pour se cacher derrière Juppé, une fois de plus dévoué le technicien de l’UMP devait donner de sa personne. Jetée dans l’arène du débat Nadine Morano aurait bien fait l’affaire avec sa logorrhée intempestive pour déchirer le cuir de Hollande. Le débat était tronqué d’avance, Sarkozy jouant la souris planquée, alors que le chat ne pouvait pas montré ses griffes face à un lapin comme Juppé qui n’avait plus rien à prétendre. Le plus arrogant des deux se lisait sur le visage froid et l’attitude peu respectueuse de Juppé, prêt à couper les réponses de Hollande calme et résistant à ses attaques. Hollande a réussi a troublé son contradicteur avec quelques rappels peu productifs et maudits du temps de Chirac. A quand le prochain débat où le choix du gladiateur envoyé par Sarkozy se fera mettre en pièces ou l’animal politique enfin terrassé lui laissera enfin la victoire.
27 jan 2012 17:18 4. georges
« Juppé a considéré que son interlocuteur était déjà élu… »
A mon avis, ce n’est pas une erreur, mais une appréciation personnelle de la part d’un vieux routard de la politique…
Quand Juppé est (re)rentré dans le gouvernement en 2010, il avait eu cette hésitation : « Dois-je monter dans le Titanic ? »… Ce ne sont pas les images du naufrage du Costa Concordia qui ont du effacer cela de son esprit…
On s’en prend alors à regretter amèrement que Juppé n’aie pas suivi la démarche de Villepin : à eux deux, ils auraient pu définitivement faire chavirer la chaloupe Sarko et prétendre raisonnablement à la victoire aux Présidentielles sur les bases d’une droite gaulliste et sociale… Mais hélas, Juppé a choisi le maroquin, pour quelques mois encore…