Archives par moisjanvier 2012



Une droite orpheline, une gauche sans illusion

Comme toujours en période électorale, le clivage entre « le peuple de droite » et « le peuple de gauche » se réveille. Chacun rejoint son camp et campe sur ses positions. C’est le principe même de cette élection présidentielle à deux tours qui le veut. On sait que, sauf accident de parcours, il va falloir, in fine, choisir entre celui que les uns appellent « le conservateur réactionnaire » et celui que les autres qualifient volontiers de « bolchévique social-démocrate ». Tous les excès de langage revenant à la mode.
D’habitude, ce genre de duel provoque un certain enthousiasme chez les uns comme chez les autres. D’un côté, on rêve de retrouver la France qu’on a toujours idéalisée, de l’autre côté, on s’imagine qu’on va pouvoir connaitre un monde meilleur. Les uns évoquent les Trente glorieuses, de Gaulle, l’époque où la France ne connaissait pas le chômage, lançait le France et construisait le Concorde et où chacun voyait son niveau de vie augmenter. Les autres sont nostalgiques des années Mitterrand (quand ce n’est pas du Front populaire) avec le peuple dans la rue, une rose à la main.
Giscard, Mitterrand, Chirac avaient su susciter l’espoir et donc l’enthousiasme de leur camp. En 2007 aussi d’ailleurs, « le peuple de droite » avait cru en Sarkozy et celui de gauche en Ségolène Royal.
Cette fois, il faut bien dire que l’enthousiasme n’est plus là. La droite est orpheline. Son candidat naturel l’a déçue. Il a tout raté pendant son quinquennat et s’est, bien souvent, montré insupportable avec son bling-bling, ses fanfaronnades, son zigzag et ses contradictions. La gauche est convaincue qu’elle va l’emporter mais le coeur n’y est guère. Elle sait que cette victoire qu’elle attend depuis si longtemps ne sera due qu’au rejet et qu’à la défaite de l’autre et que « la grande revanche » ne sera ni « une aube prometteuse » ni « des lendemains qui chanteront ». Les uns se lamentent, les autres ne se font guère d’illusions. Les premiers savent désormais que Sarkozy sera battu, les seconds que Hollande ne fera pas de miracles.
Est-ce la faute des candidats ? Sarkozy se démène comme un homme qui se noie, s’agite dans tous les sens, se contredit, promet n’importe quoi. Mais, hélas pour lui, il a déjà fait ses preuves. Hollande engrange les déçus, avance sur son petit bonhomme de chemin de petit bonhomme, de gauche mais pas trop, du centre mais pas du tout.
Les autres font de la figuration. Marine Le Pen et Mélenchon dans leur rôle d’épouvantails sans faire peur à grand monde. Bayrou joue les utilités pour ratisser plus large sans qu’on sache très bien à qui iront ses feuilles mortes. Les derniers n’existent déjà plus et y seront de leur poche pour leurs frais de campagne.
On peut d’ailleurs s‘étonner que la candidate des écologistes ait ainsi si vite disparu. Mais, en choisissant Eva Joly, les Verts voulaient peut-être se faire oublier. Etonnants aussi les 1 ou 2% de Villepin. Ce gaulliste social flamboyant aurait pu être, pour les déçus de droite, l’homme de la situation, d’un réveil si ce n’est d’un sursaut. Les Français ne l’écoutent même pas.
Est-ce alors la faute des Français ? On n’a jamais que les élus qu’on mérite. Les Français ne croient plus en rien. Ni au retour des Trente glorieuses quand la France pouvait parler d’une voix forte et se faire entendre, ni à un monde fraternel couvert de roses où les riches feraient la fortune des pauvres. Trop déçus par toutes les expériences passées, tétanisés par la crise, Ils sont devenus les spectateurs résignés de leur agonie programmée et sérieusement entamée. A croire que nous ne sommes plus qu’une province appauvrie, rabougrie d’une Europe désormais à l’heure allemande mais incapable de marcher au pas de l’oie.
Sans avoir à marquer des points, Hollande en gagne tranquillement de semaine en semaine et Sarkozy en perd inexorablement, de séances de vœux en voyages en province et en émissions spéciales.
58% des Français (selon le sondage d’aujourd’hui) s’apprêtent à voter Hollande parce qu’on leur dit que « Le changement, c’est maintenant ». Ils veulent changer. On les comprend. Mais ils n’y croient plus. La dernière fois, on leur avait déjà promis « la rupture » et ils n’ont rien vu d’autre que la dégringolade.
Jamais des élections n’avaient paru aussi jouées d’avance et n’avaient été aussi désespérantes.

31 Jan 2012 | Comments (6)

Modeste, presque penaud et… sûr de lui

On nous avait annoncé que Nicolas Sarkozy allait, ce soir, faire une entrée en campagne en fanfare et que, même s’il n’annonçait pas sa candidature, il allait partir à la reconquête de son électorat la fleur au fusil « avec des idées neuves et fortes ».
Attendons les sondages de la semaine pour voir s’il a convaincu les Français. Il a actuellement sept points de retard sur François Hollande pour le premier tour des présidentielles. 30%-23%. C’est beaucoup.
En fait, on connaissait déjà « les idées neuves et fortes » que l’Elysée et l’UMP avaient fait « fuiter » depuis plusieurs jours. Pour l’essentiel, il n’a fait que confirmer les rumeurs.
Afin de redonner un peu de compétitivité à notre économie, il baisse les charges patronales (d’environ 13 milliards) et, pour compenser ce manque à gagner de l’Etat, il augmente la TVA de 1,6 point (elle passera de 19,6% à 21,2%), il augmente de 2 points la CGS sur les revenus financiers et il instaure une taxe sur les transactions financières de 0,1%.
Tous les experts sont unanimes pour affirmer que cette baisse des charges patronales ne suffira pas pour nous redonner la moindre compétitivité, que cette TVA qu’on n’ose plus qualifier de « sociale » fera augmenter tous les prix et donc sera un très mauvais coup pour les classes moyennes et défavorisées et qu’il est absurde d’instaurer une taxe sur les transactions financières tant que tous les pays européens ne seront pas d’accord pour l’instaurer aussi chez eux.
La seule surprise de la soirée c’est l’autorisation qui sera donnée aux propriétaires de construire 30% de plus. Dès ce soir, les spécialistes de l’immobilier semblaient très partagés sur cette idée.
Mais, au-delà de ces annonces, le spectacle avait surtout un côté surréaliste. A moins de trois mois de la fin de son mandat, Sarkozy, se refusant toujours à annoncer sa candidature pour un nouveau quinquennat, nous annonçait des mesures qui ne seront, au mieux, mises réellement en application que dans six mois.
On pouvait donc lui reprocher, à la fois, de n’avoir pas pensé à toutes ces idées plus tôt, puisqu’il est depuis quatre ans et neuf mois au pouvoir, et de nous faire des promesses de Gascon puisqu’il n’est toujours pas officiellement candidat.
Mais ce qui était le plus étonnant c’était son ton et sa mine. C’était sans doute la première fois qu’on le voyait modeste. Il reconnaissait presque qu’il n’avait, peut-être, pas toujours eu raison, que ses choix lui étaient imposés par les circonstances, qu’il allait écouter les autres. Modeste et penaud même. Comme le mauvais élève qui doit présenter son carnet de notes.
Il n’y a aucun doute que, comme l’avaient perçu quelques journalistes qui l’accompagnaient en Guyane, il a « le moral au fond des chaussettes » et qu’« il ne la ramène plus ». On est loin du Sarko triomphant d’il n’y a pas si longtemps encore.
Et pourtant, il est toujours sûr de lui, si ce n’est de sa victoire. Il est toujours convaincu qu’il est bien meilleur que François Hollande. Il va donc se battre comme un lion. Ca, il fait faire. Mais, roublard, il ne sera plus ni superbe ni généreux. Il ne rugira plus. Il va nous jouer le vieux lion, pelé, un peu fatigué, le corps couvert de blessures.
Il va essayer d’attendrir l’électorat de droite en répétant inlassablement qu’il a fait ce qu’il a pu, qu’il a eu à affronter des difficultés incroyables, que personne n’aurait pu mieux faire que lui. Ca peut payer. Mais ça manque cruellement de vision, d’élan, d’espoir. La France aurait aujourd’hui besoin d’un cap. Il ne l’a pas désigné, ce soir. Il est sûr de lui mais il est surtout sur la défensive.

29 Jan 2012 | Comments (8)

Pire que le bilan, il y a « le bonhomme »

On attend avec curiosité si ce n’est impatience la prestation que va nous faire, demain soir, en stéréo, sur presque toutes nos chaines de télévision, Nicolas Sarkozy.
Il y a quelque chose d’un peu sadique, d’ailleurs, dans cette attente. Le public veut voir comment le boxeur chancelant, le visage tuméfié, au coin du ring, va bien pouvoir essayer de se relever pour tenter de conserver son titre au cours du dernier round. Tous les sondeurs-bookmakers le donnent vaincu. Mais le sera-t-il aux points ou par KO ? Etant d’ailleurs bien entendu que, dans ce genre de sport, tout est toujours possible jusqu’au coup de gong final.
Les experts nous disent qu’il va d’abord nous présenter un bilan positif de son quinquennat en évoquant l’autonomie des universités, les crédits-recherche et la réforme (indispensable) des retraites, puis, qu’il va, ensuite, nous démontrer que, face à la crise, épouvantable, mondiale, européenne, comme on n’en avait pas connue depuis plus d’un demi-siècle, sa politique et ses initiatives nous ont permis de nous en sortir « moins mal que les autres ».
Il va, sans doute, alors ironiser sur les programmes, les promesses, le manque de lucidité, voire de sérieux de ceux qui, inconscients de la crise ou prétendant y faire face, annoncent des embauches de fonctionnaires, des contrats aidés pour les jeunes, des allègements fiscaux pour certains et des matraquages pour d’autres. Nous ayant lui-même toujours promis un retour de la croissance qu’il irait « chercher avec les dents », il ne pourra guère démontrer que le programme de François Hollande est totalement irréaliste sous prétexte qu’il table sur une renaissance de cette fameuse croissance qui semble disparue pour un certain temps.
C’est alors qu’oubliant qu’il est au pouvoir depuis presque cinq ans, il nous sortira de son chapeau ses nouvelles trouvailles comme un novice débarquant en politique avec des idées neuves. Le plat de résistance devrait ici être sa fameuse TVA sociale que l’Elysée nous présente comme l’arme décisive si ce n’est pour résoudre la crise du moins pour plaire à l’opinion.
Ce que l’Elysée ne semble pas avoir encore compris c’est qu’un président sortant n’est pas jugé sur ses promesses, contrairement à ses adversaires, mais sur son bilan. C’est évidemment ennuyeux pour Nicolas Sarkozy. Les promesses de Hollande sont peut-être totalement irréalistes mais le bilan de Sarkozy est épouvantable.
Et il y a pire encore. Au-delà des programmes et des bilans, les Français choisissent d’abord et avant « un bonhomme ». Or, s’ils ne sont, sans doute, pas tous emballés par « le bonhomme Hollande », ils rejettent, à une très grande majorité, « le bonhomme Sarkozy ». Jamais aucune élection présidentielle ne se sera faite à ce point « à la gueule du client », même en 1981 quand les électeurs ont rejeté Giscard qu’ils ne supportaient plus.
Sarkozy va-t-il, comme certains nous l’annoncent, nous affirmer, en mélangeant « mea culpa » et psychanalyse de bistrot, qu’il a changé, qu’il n’est plus le même, que les épreuves, la crise, l’expérience l’ont métamorphosé ? Va-t-il nous jurer ses grands dieux qu’il n’est plus ni « bling-bling » ni « zigzag » ? Depuis ses débuts en politique, Sarkozy a passé son temps à nous répéter qu’il avait changé, il changeait ou qu’il allait changer. Les Français n’y croient plus.
Oui, pire que le bilan, il y a « le bonhomme ». Et même si, demain soir, Sarkozy remet ses Ray-Ban et s’affuble d’un faux nez et d’une fausse barbe, les Français le reconnaitront.

28 Jan 2012 | Comments (13)

Arrogant ?

Plus de cinq millions de Français ont regardé, hier soir, le débat qui opposait François Hollande à Alain Juppé. Le combat était évidemment déséquilibré puisqu’on avait, d’un côté, un candidat officiel qui caracole en tête de tous les sondages et, de l’autre côté, un avocat du président (lequel ne s’est toujours pas déclaré) envoyé à l’abattoir et dont on sait que s’il est « loyal » il n’est pas pour autant un sarkoziste « pur jus ».
Ce qui frappait d’emblée c’était la cruelle différence de générations. Si les deux anciens énarques n’ont que neuf ans de différence, Juppé avait l’air d’un « vieux » en face de Hollande qui a gardé, malgré son régime amaigrissant, un côté poupin presque rafraîchissant. Pour reprendre des mots historiques d’une campagne précédente, Juppé était à la fois « l’homme du passé » et « l’homme du passif » ce qui ne l’avantageait pas dans cette joute oratoire.
Le ministre des Affaire Etrangères a, évidemment, attaqué le candidat socialiste sur son programme et son « manque de lucidité ». Les batailles de chiffres ne convainquent jamais les téléspectateurs qui savent qu’on leur raconte toujours n’importe quoi et qui, aujourd’hui, ont tous compris que, quel que soit le futur président de la République, les prélèvements obligatoires augmenteront sans pitié. D’ailleurs, pas un Français ne croit que, si Hollande est élu, il pourra créer 150.000 « emplois d’avenir » (le programme du PS en prévoyait 300.000), embaucher 60.000 enseignants et instaurer ses « contrats de génération », même en matraquant les plus riches, les riches et les moins riches.
Sans s’en rendre compte, Juppé a commis l’erreur qu’il ne fallait surtout pas faire. Tout au cours de l’émission, il a semblé considérer que son interlocuteur était déjà élu. Il parlait du programme de son adversaire non pas au conditionnel dubitatif mais au futur, comme si l’affaire était déjà entendue.
Du coup, il n’avait plus qu’un reproche à faire à Hollande : son « arrogance ». Ce sera là le seul mot qu’auront sans doute retenu les téléspectateurs. Sauf que… Juppé est sans doute le plus mal placé de tous nos hommes politiques pour reprocher à quiconque d’être arrogant, lui l’homme du « droit dans mes bottes » et que Hollande passait son temps à répéter très modestement « si les Français me font confiance », « si les Français me choisissent ». D’ailleurs, peut-on vraiment reprocher à un candidat qui possède pour l’heure 7 points d’avance dans les sondages de s’y croire déjà un peu ?
Hier soir, Juppé n’a pas dû faire gagner une seule voix à Sarkozy. Il s’est simplement placé en favori pour Matignon au cas où Sarkozy serait réélu. On attend maintenant de voir comment Sarkozy, lui-même, va se lancer dans l’arène, dimanche soir. Et il ne faudrait surtout pas qu’il soit par trop arrogant…

27 Jan 2012 | Comments (4)

Pourquoi Juppé ?

On attend avec gourmandise le face-à-face qui va opposer, ce soir, sur France 2, François Hollande et Alain Juppé. En principe, le duel devrait être d’un bon niveau.
Juppé va décortiquer les dernières propositions du candidat du PS, ironiser sur les dépenses prévues (l’embauche de nouveaux fonctionnaires, les contrats aidés, etc.) et les recettes annoncées (les suppressions de niches fiscales, l’augmentation des prélèvements). Il va surtout reprocher à Hollande d’avoir choisi comme adversaire « le monde de la finance » plutôt que le chômage ou la crise. Faire du « monde de la finance » le diable responsable de tous nos maux relève évidemment de la démagogie la plus absolue.
Hollande aura sans doute des difficultés à reprocher à Juppé tous les échecs et toutes les erreurs du quinquennat. Juppé n’est monté dans le bateau que bien tardivement et chacun sait qu’il lui est souvent arrivé d’émettre des réserves sur le sarkozisme. Le socialiste pourrait d’ailleurs s’amuser à mettre en contradiction le maire chiraquien de Bordeaux et le ministre des Affaires Etrangères.
Mais ce qui est étonnant c’est que l’UMP (en fait Sarkozy lui-même) ait choisi d’envoyer Juppé à la bataille. Pour ce premier vrai face-à-face de la campagne on aurait plutôt attendu comme porte-parole-avocat du président, Fillon qui, on l’aurait presque oublié, est le Premier ministre, voire Baroin, puisque le débat sera sans guère de doute très économique, ou même Copé, patron du parti présidentiel.
Juppé a 66 ans, il est devenu ministre en 1986, Premier ministre en 1995, autant dire qu’il est « un vieux monsieur » qu’on croyait parti à la retraite au Canada (ou à Venise qui le tentait) et qui avait juré ses grands dieux qu’il ne s’occuperait plus que de Bordeaux. Son retour sur le devant de la scène a surpris tout le monde. C’était un peu le « come-back d’un has been » appelé au secours par un président qui commençait à s’affoler.
Et puis, au fil des mois, il est devenu une sorte de vice-Premier ministre pour ne pas dire de vice-président tout en laissant percer parfois sa (petite) différence que ce soit à propos de la politique menée (par Bernard-Henri Lévy) en Libye, certains excès de la droite « populaire » ou l’affaire arménienne.
Il faut bien dire que les troupes de Sarkozy ont fondu comme neige au soleil. Sans parler des « ténors-gadgets » du début du quinquennat, les Kouchner, Rachida Dati, Fadela Amara, Rama Yade, Martin Hirsch qui ont sombré dans l’oubli, ni des portes-flingues de service, les Hortefeux ou les Woerth, dont il a bien fallu se débarrasser, ni des alliés de circonstance, les Borloo ou Alliot-Marie qui s’en sont allés, on constate que les « survivants » sont dans un bien piètre état. Fillon, Copé, Baroin, Bertrand, Valérie Pécresse, Lefebvre sont au bout du rouleau, sur les genoux, aphones ou inaudibles. Ne restent que… Nadine Morano et, accessoirement, Estrosi puisqu’on ne peut guère dire que Guéant suscite vraiment l’enthousiasme. Jamais sans doute un président n’aura usé autant de fidèles.
Alors, bien sûr, au milieu de la débandade, Juppé fait figure d’homme providentiel. Et d’autant plus qu’il est, à sa façon, une sorte d’anti-Sarkozy. Il est sérieux, pondéré, clame, cultivé et n’aime ni les effets de manche ni la démagogie. Il est donc celui qu’il faut « envoyer au créneau ».
Delà à ce que certains se disent qu’il ferait sans aucun doute un meilleur candidat que Sarkozy, il n’y a qu’un pas. Que personne n’osera franchir…

26 Jan 2012 | Comments (8)

Sarkozy veut se mettre à nu. Mais il est déjà à poil…

Nicolas Sarkozy s’adressera aux Français dimanche soir. Sur cinq chaînes de télévision : TF1, Antenne 2, LCI, Itélé et BFMTV. Il a sans doute peur du zapping. Comme ça, il fera difficile de lui échapper.
Naturellement, son temps d’antenne (multiplié ainsi par 5) ne sera pas décompté. Il n’est pas candidat. On peut d’ailleurs, ici, se demander s’il ne serait pas plus juste de considérer tout président en fonction comme un candidat, du moins jusqu’au jour où il annoncerait qu’il refuse de solliciter un second mandat. Cela fait cinq ans que Sarkozy est candidat.
On peut aussi s’étonner –toujours quand on est un peu de mauvaise foi- que ce président qui a fait interdire la publicité sur les chaînes publiques après 20 heures n’hésite pas à s’offrir une heure de propagande sur Antenne 2 après l’heure fatidique.
Mais ce qui est surtout intriguant c’est de savoir ce que Sarkozy va bien pouvoir nous raconter au cours de cette énième émission spéciale annoncée par l’Elysée comme « très importante ». On ne compte plus depuis quelques mois les interventions « essentielles », « capitales », voire « historiques » du président sortant au cours desquelles il devait nous annoncer, « dans un langage de vérité », des mesures « fortes et courageuses pour faire face à la crise ».
Certains idéalistes s’imaginent bien naïvement qu’il va nous déclarer que, finalement, devant tous ses échecs et le peu d’enthousiasme qu’il suscite dans le pays, il abandonne la partie et qu’il va aller « faire du fric », voire travailler avec un gros salaire, dans une agence de notation. Une fois de plus, Sarkozy risque de les décevoir. Mais reconnaissons que ça aurait une certaine gueule.
D’autres pensent que devant la panique qui s’est emparé de ses amis, la lecture des derniers sondages et le succès indiscutable qu’a remporté François Hollande lors de son grand meeting de dimanche dernier au Bourget, Sarkozy ne peut qu’annoncer sa candidature pour, comme l’affirment certains de ses conseillers, « provoquer un électrochoc à travers tout le pays ». On veut croire que Sarkozy n’est pas assez benêt pour s’imaginer que l’annonce de sa candidature provoquerait quoi que ce soit dans le pays. Tout le monde sait depuis cinq ans qu’il va se représenter.
Non, Nicolas Sarkozy ne va pas annoncer qu’il s’en va pour faire fortune ailleurs ni qu’il souhaite rester pour en profiter encore un peu. Il va simplement, et comme il le fait depuis des mois de dégringolade, essayer de remonter sur sa vieille carne en nous faisant miroiter ses dernières trouvailles pour lutter contre le chômage, contre la désindustrialisation, contre notre manque de compétitivité, contre les déficits, contre la dette, bref, contre toutes les catastrophes qu’il n’a fait qu’aggraver tout au cours de son mandat.
Il va nous vanter son récent Sommet social qui a été un bide, sa TVA elle aussi sociale dont personne ne veut et surtout pas ceux qui ont compris qu’elle provoquerait une hausse très sensible de tous les produits. Il aura peut-être même le culot de nous annoncer une augmentation de la CSG.
A trois mois des présidentielles, un président qui vient de passer quatre ans et neuf mois à l’Elysée, en ne tenant pratiquement aucune de ses promesses, en ratant à peu près tout n’est plus audible. Il peut difficilement, cette fois, nous promettre qu’il sera « l’homme de la rupture », ce qui lui avait si bien réussi la dernière fois. Car cette fois, la rupture que souhaite une majorité de Français c’est la rupture avec le sarkozisme.
Certains de ses amis nous disent qu’il a compris que sa seule chance était de reconnaitre ses erreurs et de « se mettre à nu devant les Français ». Mais l’un d’entre eux a eu l’honnêteté de reconnaitre qu’il était « difficile de se mettre à nu quand on est déjà à poil ».

25 Jan 2012 | Comments (3)

Sarkozy résigné? Non, menaçant.

« En cas d’échec, j’arrête la politique » a déclaré sous le sceau du secret Nicolas Sarkozy à quelques journalistes dans l’avion qui le ramenait de Guyane. Le secret ayant, naturellement, été trahi -comme Sarkozy le souhaitait, évidemment- tout le Landerneau politique a commenté dans tous les sens cette phrase, toute la journée.
Que ceux qui rêvent déjà de le voir abandonner ses habits présidentiels pour endosser sa robe d’avocat, disparaitre à tout jamais de la scène politique et aller « faire du fric » chez tous ses copains du CAC40 ne se réjouissent pas trop vite.
Cette phrase ne veut pas dire grand-chose. Il a, d’ailleurs, bien précisé qu’il était convaincu de gagner les prochaines élections. Il a lâché cette fausse confidence « comme ça », comme une évidence sans aucune conséquence.
Il est vrai qu’on ne voit pas ce qu’un président battu pourrait bien faire d’autre que de raccrocher les gants. Giscard a bien essayé de surnager un peu en tentant de se recaser en Auvergne, en rêvant de la mairie de Clermont-Ferrand et en se mettant à écrire des romans à l’eau de rose, mais même son élection plus ou moins triomphale et tout à fait ridicule à l’Académie française n’a pas effacé son image de président sévèrement battu après un piètre septennat.
Il faut reconnaitre à Sarkozy qu’il nous a toujours affirmé que son vrai rêve à lui ce n’était pas de sauver la France mais bien, précisément, de « faire du fric » et de « connaitre tous les plaisirs de la dolce vita ». Ce sont ses propres expressions et il y avait sûrement quelque chose de vrai dans ces confidences-là.
Au fond, à l’en croire, il fait de la politique (depuis plus de trente ans) par pur dévouement. Il attend donc avec impatience d’être libéré de ses obligations pour pouvoir se payer du bon temps, même s’il est assez altruiste pour, éventuellement, à la demande pressante des électeurs, prolonger de cinq nouvelles années son sacerdoce.
Mais en réalité, en l’écoutant avec attention, on peut se demander si Sarkozy ne nous ferait pas plutôt le coup, célèbre, du « Retenez-moi ou je m’en vais », le coup, encore plus célèbre, du « Moi ou le chaos ».
Sa phrase « En cas d’échec, j’arrête la politique » n’est pas celle d’un homme raisonnable et déjà résigné, deux adjectifs qui lui correspondent bien mal. Il ne veut pas nous attendrir, nous apitoyer. Il nous menace. Et on peut déjà comprendre quelle va être sa stratégie tout au cours des trois mois qui nous séparent du premier tour des présidentielles.
Il va nous jouer le rôle si ce n’est de l’homme providentiel (nous avons déjà donné) celui du capitaine qui a jeté son navire sur les récifs et qui est prêt à quitter l’épave si les passagers ne le supplient pas de rester à bord. Gérard Longuet a récemment eu la maladresse de comparer François Hollande au capitaine du Costa Concordia échoué au large de la Toscane. En vérité, c’est beaucoup plus Sarkozy qui ressemble au dit-capitaine puisque c’est lui qui est à la barre et donc lui qui est responsable de la catastrophe.
Sarkozy va nous répéter qu’on ne change pas de capitaine pendant la tempête. C’est un argument auquel un certain nombre d’électeurs peuvent être sensibles. Surtout quand le chef des « mutins » annonce déjà qu’il a l’intention, dès qu’il aura pris les commandes, de balancer par-dessus bord le carburant de la finance.
Sarkozy veut nous faire croire qu’il n’a pas l’intention de s’accrocher à son trône mais c’est pour mieux nous annoncer qu’il va se représenter (ce dont personne n’a jamais douté) et nous menacer de nous abandonner au triste sort qu’il nous a préparé. Mais le trône vacille dangereusement et le peuple veut, semble-t-il changer de souverain. La menace à peine voilée a peu de chance de faire trembler les 70% de Français qui ne veulent plus de lui.

24 Jan 2012 | Comments (8)

Hervé Morin est entré dans l’histoire !

Les élections présidentielles sont une chose sérieuse puisqu’il y va tout de même de l’avenir de notre pays. Il n’empêche qu’un éclat de rire, de temps en temps, permet de détendre un peu l’atmosphère
Nous savons tous que nos candidats nous racontent d’importe quoi et l’histoire a souvent prouvé que plus c’était gros et mieux ça passait.
Personne n’a jamais fait la moindre attention à ce que pouvait dire Hervé Morin qui se débat un peu pitoyablement entre 0 et 1% dans les sondages, entre ses ambitions personnelles et ses visites clandestines à l’Elysée et au milieu de ses amis du Nouveau Centre qui le trouvent, à juste titre, un brin ridicule avec ses rêves présidentielles.
Eh bien on a tort de ne pas écouter davantage notre ancien ministre de la Défense.
En déplacement à Nice où il venait assister aux vœux de son copain Rudy Salles, député des Alpes-Maritimes, voulant à tout prix prendre la parole et voyant que l’auditoire était surtout composé d’anciens combattants, Morin s’est- lancé dans une audacieuse évocation du débarquement de Provence : « Vous qui avez les cheveux blancs, vous avez vu tout près d’ici le débarquement de Provence… etc., etc. »
Puis, un peu à bout d’arguments et désirant sans doute réveiller ces vieux messieurs qui commençaient sérieusement à s’endormir, il s’est carrément lancé : « Oui, vous qui avez vu le débarquement en Provence et moi qui ai vu le débarquement des Alliés en Normandie, nous avons vécu des épreuves drôlement plus difficiles que celles que nous avons à vivre aujourd’hui ». Les petits vieux se sont réveillés en sursaut !
Hervé Morin est né le 17 août 1961. Au mieux il a donc pu, éventuellement, assister, à l’âge de dix mois, aux manifestations célébrant le 18ème anniversaire du débarquement en Normandie.
Ce qui est amusant dans cette anecdote c’est de voir à quel point nos élus nous prennent pour des imbéciles. Cela dit, Morin est enfin entré dans la petite histoire et aura sûrement, grâce à cette petite vantardise, une place honorable dans l’anthologie de nos campagnes présidentielles.
Et quand on pense que pendant trois ans, en tant que ministre de la Défense, Morin a eu la haute main sur le secrétariat chargé des Anciens combattants.

23 Jan 2012 | Comments (8)

Hollande n’aime pas le nerf de la guerre

Tous les commentateurs de ce matin (ou presque) nous disent que François Hollande a parfaitement réussi le « décollage » de sa campagne, hier, au Bourget. Il aurait, selon eux, « revêtu le costume présidentiel » en « s’affirmant bien à gauche ».
Certains prétendent même qu’il a apporté des précisions « importantes » à son programme. Il a, par exemple, annoncé qu’il voulait inscrire la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 dans la Constitution. Il ignore sans doute que l’article premier de la dite Constitution affirme : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».
Il veut donner les terrains appartenant à l’Etat aux collectivités locales pour qu’elles construisent des logements. Pourquoi pas ? Il n’a cependant pas précisé où ces collectivités trouveront l’argent nécessaire pour construire ces logements. Il a annoncé une tranche supplémentaire d’impôts, à 45%, pour ceux dont les revenus dépassent 150.000 € par an. Faire « payer les riches » n’est pas une idée bien nouvelle dans un pays où plus de 50% des citoyens ne sont pas assujettis à l’impôt sur le revenu.
On sait d’ailleurs depuis longtemps que François Hollande « n’aime pas les riches ». Il l’a dit et répété à maintes reprises. Le monde de l’argent lui soulève le cœur. Il écoeurait déjà Mitterrand ce qui n’a pas empêché la Bourse de connaître son âge d’or sous son règne.
Les Français ou du moins ceux qui font partie du « peuple de gauche » retiendront sans doute une seule phrase du discours « fondateur » d’hier : « Je serai le président de la fin des privilèges ». C’est ce qui s’appelle « une banalité électorale ». Tous les candidats l’ont plus ou moins proclamée depuis la nuit du 4 août. Il nous promet, lui aussi, une « République irréprochable ». C’est un air connu.
Ce qui a, peut-être, été plus étonnant ce fut son cri du cœur : « Mon adversaire, c’est le monde de la finance ». On savait que son adversaire était Sarkozy et on aurait aimé que ce soit aussi le chômage, la précarité, la désindustrialisation, la dette. Non, il préfère s’en prendre aux banquiers, c’est beaucoup plus facile.
Vouloir s’attaquer au « monde de la finance » et le désigner ainsi à la vindicte populaire est parfaitement irresponsable. Que ces financiers aient dérapé avec des produits toxiques, des paradis fiscaux, des stocks options, des bonus, chacun en convient. Qu’il faille réguler tout cela, même Sarkozy l’a dit. Mais comment imaginer que nous pourrions reconstruire le pays, recréer des emplois, redevenir compétitifs, mener une politique de solidarité sans « le monde de la finance ».
D’ailleurs, on le sait, la crise actuelle dans laquelle nous nous enfonçons n’est pas une crise financière mais bel et bien une crise économique. C’est parce que nous ne produisons plus rien et que nous continuons à nous goberger à crédit que l’Occident s’est effondré et que le système financier a sombré. Ce n’est pas le monde financier qui a coulé notre économie. C’est la mort de notre économie qui a fait vaciller nos finances.
Fustiger les banquiers cela peut plaire aux foules mais c’est évidemment renoncer à tout espoir de résurrection. D’ailleurs personne ne doute un seul instant que, si Hollande est élu président de la République, il fera immédiatement les yeux doux aux financiers en les suppliant de ne pas prendre leurs cliques et leurs claques pour passer la frontière suisse.
Il faut sûrement imposer certaines règles au monde de la finance mais il est absurde de lui déclarer la guerre. Hollande a tort de fustiger le nerf de la guerre.

23 Jan 2012 | Comments (12)

Monsieur Prudhomme a-t-il décollé au Bourget ?

C’était donc aujourd’hui le premier très grand meeting de campagne du candidat Hollande. 25.000 personnes se pressaient au Bourget pour l’entendre et l’acclamer. Des gens venus si ce n’est de tous les horizons du moins de toutes les fédérations socialistes de France et de Navarre.
Il n’y a aucun doute que l’artiste (qui succédait à Yannick Noah sur la scène) a remporté un franc succès. Les Français ne vont plus à l’église mais ils adorent les Grands messes électorales avec tam-tams, cornes de brume et calicots.
Visiblement, cet après-midi, « le peuple de gauche » était ravi de s’être retrouvé, enfin, un « Dieu » à honorer. Ca sentait un peu la nostalgie de 1981. D’ailleurs Mauroy, Fabius, Edith Cresson et quelques autres anciens combattants d’antan étaient au premier rang, histoire sans doute de rappeler que ce n’était pas parce que le PS avait perdu les trois dernières batailles qu’il n’avait jamais connu de victoires.
Il est évident que François Hollande a su convaincre les convaincus, passionner les passionnés, enthousiasmer les enthousiastes. Ces meetings ne sont pas faits pour recruter de nouveaux adeptes mais pour faire plaisir aux militants.
Certains s’imaginaient naïvement qu’Hollande profiterait de cette première grande occasion pour sortir du flou plus ou moins artistique derrière lequel il se terre prudemment depuis son triomphe aux primaires et qu’il dévoilerait, chiffres à l’appui, quelques précisions sur son programme. Ils en ont été, naturellement, pour leurs frais.
Hollande remonte dans les sondages (celui d’aujourd’hui lui accorde 30% d’intentions de vote au premier tour, contre 23% à Sarkozy, 18% à Marine Le Pen et 13 à Bayrou) parce qu’il continue à jouer, avec un brio incontestable, les Monsieur Prudhomme, les Bouvard et Pécuchet, voire les Raffarin, en maniant de main de maitre les lieux communs, les évidences et toutes les banalités du répertoire électoral.
Il nous a juré qu’il voulait « Une France de la justice, de la solidarité, du civisme, de la diversité ». Qui pourrait ne pas être d’accord ? C’est en nous disant le contraire, en prônant l’injustice et l’égoïsme, qu’il aurait surpris son monde et se serait affirmé.
Dès ce soir, certains se sont amusés à lui faire dire le contraire de ce qu’il nous promet. L’effet est garanti : « L’immobilisme, le naufrage, le désespoir, c’est maintenant », « Le quinquennat doit s’ouvrir sur une absence de réformes », « Ce qui manque à l’Europe c’est l’immobilisme, il faut une Europe de récession, d’égoïsme, ouverte à tous les vents », « Celui que vous voyez ici, ce n’est pas moi », « Je ne veux pas conquérir le pouvoir parce que je suis vorace », « Aujourd’hui, c’est moi qui porte votre désespoir » « Je suis totalement inconscient de la tâche qui est la mienne et je ne suis absolument pas prêt à assumer cette responsabilité », etc.
Ce petit jeu (de potache) n’est pas inutile. Il permet de voir à quel point François Hollande entend se présenter de candidat « normal », banal, insipide, sans saveurs ni couleurs. A voir les sondages, il a peut-être raison. C’est ce que les Français paraissent souhaiter. L’ennui c’est que la France, elle, a évidemment besoin d’autre chose. Mais les électeurs n’ont jamais que ce qu’ils méritent.

22 Jan 2012 | Comments (4)

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