Personne ne conteste que l’Allemagne d’Angela Merkel fasse désormais la loi en Europe, que Nicolas Sarkozy soit obligé de s’incliner devant ses diktats et que, dans le couple franco-allemand, ce soit désormais, et depuis longtemps, la chancelière qui porte la culotte.
Personne ne s’en étonne d’ailleurs puisqu’il faut bien constater qu’au milieu de l’Europe en déconfiture, l’Allemagne tient beaucoup mieux debout que tous les autres et que, du coup, tout le monde lui demande de payer pour tout le monde. Or, l’Allemagne qui a fait des efforts considérables de rigueur, tout en réussissant sa réunification, ne voit pas pourquoi elle devrait être « la vache à lait de l’Europe » et payer pour les pays « club Med » et autres qui se sont offert du bon temps et faisant n’importe quoi. C’est l’éternelle histoire de la cigale et de la fourmi.
Reprochant à Sarkozy de s’incliner en permanence devant l’Allemande, l’opposition a évoqué « Munich », « Bismarck » et « la schlague ». C’est de bonne guerre. En France, tous les débats politiques s’agrémentent de références historiques, parfois osées. Nous sommes toujours un peuple de vieux « Gaulois », la droite est toujours « bonapartiste » ou « louis-philipparde » et la gauche « bolchévique ». Quant à l’Angleterre, pour peu que « l’Entente cordiale » connaisse des moments difficiles, elle redevient « la perfide Albion » et on ressort Jeanne d’Arc, Trafalgar et Waterloo.
Ne sachant trop comment répliquer aux attaques du PS, de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite, les petits soldats du Président les accusent de réveiller la « germanophobie » qui sommeillerait en nous. C’est aussi de bonne guerre mais peut-être un peu dangereux.
Passons sur le fait que les deux ténors de cette joute, Bruno Le Maire et Jean-Marc Ayrault soient deux germanistes de formation (le ministre de l’Agriculture était notre diplomate qui maitrisait le mieux la langue de Goethe et le président du groupe socialiste à l’Assemblée était professeur d’allemand) pour nous demander si ce ne sont pas ceux qui parlent de « germanophobie » qui risquent le plus de réveiller en nous une antipathie qu’on croyait oubliée.
Les mots de « Bismarck » et de « Munich » avaient fait comprendre aux Français que l’opposition comparait Sarkozy à Napoléon III (à Sedan) et à Daladier en 1938. De la très vieille histoire. Le mot de « germanophobie » leur fait se demander si, après tout, l’Allemagne ne serait, aujourd’hui, en train de vouloir s’imposer sur tout le continent en refusant notamment toute idée de mutualisation de nos dettes.
La « perfide Albion » qui ne fait même pas partie de l’Euroland veut nous donner des conseils, les « Boches » veulent nous faire marcher au pas de l’oie, les « Ritals » vont nous coûter une fortune, les Grecs n’ont qu’à aller se faire voir…
L’Europe devait rapprocher les peuples et nous permettre d’affronter ensemble, au coude-à-coude, toutes les crises. La crise a fait éclater l’Europe.

Mots-clefs : ,