Les agents de sécurité de nos aéroports ont décidé de mettre fin à leur grève. S’ils n’ont pas obtenu les 200 € d’augmentation mensuelle qu’ils exigeaient, ils ont tout de même réussi à avoir une prime de 1.000 € par an. Ils ont fait perdre des heures à des dizaines de milliers de braves gens qui partaient en vacances, mais ils n’ont pas, eux, tout à fait perdu leur temps.
Cela dit, cette grève a soulevé un vrai problème que personne n’a osé évoquer. La sécurité des aéroports n’a rien à voir avec la sécurité des grandes surfaces. Dans les grandes surfaces, les vigiles sont là pour éviter les chapardages. Dans les aéroports, les agents de sécurité sont là pour éviter les attentats terroristes. Ce n’est pas la même chose.
La sécurité dans les aéroports est apparue dans les années 70 quand les Palestiniens se sont mis à détourner des avions de ligne. Depuis les attentats du 11 septembre, ces contrôles ont, évidemment, été renforcés. Et cette grève a appris à tous les passagers de tous nos aéroports que l’Etat avait confié cette mission essentielle à des sociétés privées qui, comme toutes les sociétés de ce genre, emploient des salariés recrutés à la va-vite, sans réelle formation et bien souvent intérimaires.
La sécurité aérienne fait, évidemment, partie des devoirs régaliens de l’Etat puisqu’il s’agit d’empêcher des terroristes de s’emparer d’un avion de passagers en vol pour le détourner, le faire exploser ou le jeter sur des gratte-ciel. Comment un Etat qui a plus de 300.000 gendarmes et policiers peut-il avoir sous-traité cette sécurité à des boites privées ?
Les Français –du moins ceux qui ne sont pas fonctionnaires- se plaignent, à juste titre, du trop grand nombre de salariés du public de notre pays. Si l’on compte les fonctionnaires d’Etat, les fonctionnaires territoriaux et les fonctionnaires hospitaliers nous avons plus de 6 millions de fonctionnaires. Un Français sur 10 (bébés et vieillards compris) est un salarié de la collectivité. C’est, bien sûr, délirant.
Mais les Français n’ont jamais trouvé que nous avions trop de policiers ou trop d’infirmières. Or c’est dans ces domaines que l’Etat privatise.
La maternité de l’hôpital Saint Antoine, l’une des plus importantes de France, va être vendue à une entreprise privée (qui va la transformer en clinique de luxe pour personnes du 4ème âge). On voudrait privatiser nos prisons. L’école publique perd chaque année du terrain en face de l’école privée. Les magistrats sont remplacés par des « médiateurs ». Les policiers municipaux remplacent de plus en plus souvent la police nationale, etc.
Certes, on peut dire que les hôpitaux privés sont aussi bons que les hôpitaux publics, que les « matons publics » ne sont pas toujours à la hauteur de leurs tâches, que les établissements scolaires privés ont de meilleurs résultats que l’Ecole de la République, que nos juges et que nos policiers sont débordés.
Mais alors on va finir par se demander à quoi sert l’Etat s’il est incapable d’assumer lui-même ses missions essentielles. Un pays où la sécurité est assurée par des milices privées, la santé par des médecins roumains recrutés à bas prix, l’école par des jeunes filles de bonne famille et la justice par de petits vieux à la retraite n’a plus guère de raison d’être.
On a déjà vendu un certain nombre de palais de la République, quand va-t-on privatiser l’Elysée ?

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