Le débat entre les pro-nucléaires et les anti-nucléaires (qui a repris un peu de vigueur avec le psychodrame entre le PS et les Verts au lendemain de l’accord qu’avaient signé Martine Aubry et Cécile Duflot sans en avoir préalablement, parait-il, discuté avec leur candidat respectif, François Hollande et Eva Joly) laisse les Français, selon toutes les enquêtes d’opinion, hésitants si ce n’est indifférents.
Personne ne souhaite, bien sûr, que la France connaisse un Tchernobyl ou un Fukushima, mais personne ne veut surtout voir sa facture d’électricité exploser.
D’ailleurs, après nous avoir affirmé que le nuage de Tchernobyl avait gentiment épargné la France, on nous a raconté que nos centrales étaient parfaitement entretenues, qu’il n’y avait aucun risque que le pays soit dévasté par un tremblement de terre ou un tsunami et qu’en tous les cas toutes les mesures de sécurité étaient prises. Même un Boeing pouvait s’écraser sur une de nos centrales, ça n’aurait aucune incidence.
Une fois de plus on s’aperçoit que nos responsables sont des incapables et qu’ils nous prennent pour des imbéciles.
Ils avaient tout prévu, le tremblement de terre, le tsunami, le Boeing et sans doute même le météore mais –excusez du peu- ils avaient oublié le risque terroriste. Comme si les poseurs de bombes ne devaient pas être aujourd’hui, et depuis le 11 septembre et les attentats de Madrid ou de Londres, la première des préoccupations de ceux qui sont chargés de notre protection.
Une poignée de militants de Greenpeace a pu, ce matin à l’aube, pénétrer en toute tranquillité dans la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, s’y balader et escaler le dôme pour y installer une banderole. S’il s’était agi de terroristes, c’aurait été la même chose, à la différence près qu’à la place de la banderole ils auraient déposé des explosifs. Il semble que d’autres militants de Greenpeace aient tentéla même opération dans les centrales du Blayais, en Gironde, à Chinon, dans l’Indre-et-Loire, et à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône. Greenpeace l’affirme mais les gendarmes n’ont rien trouvé.
Aussi brillant qu’à son habitude, le ministre responsable, l’inénarrable Eric Besson, a déclaré : « Il s’agit d’un dysfonctionnement. Il faudra prendre des mesures pour que ce genre d’incidents ne se reproduise plus ». Ce serait en effet une bonne idée que le ministre de l’Industrie prenne « des dispositions » pour qu’un tel « dysfonctionnement » ne permette pas à des terroristes de faire exploser une centrale nucléaire.
Du temps du Général, les ministres « sautaient » pour moins que ça.
Mais le plus étonnant, même si on ne s’étonne plus de rien, est la déclaration que vient de faire à la radio le grand responsable de la sécurité d’Edf. D’après lui, il n’y a eu aucun disfonctionnement. Les agents de protection de la centrale ont parfaitement vu les intrus pénétrer dans le site. Ils les ont suivis à la trace. Ils ont tout de suite compris qu’il ne s’agissait pas de terroristes. Ils ont tenté de les rattraper. Mais, et je n’invente rien, comme les intrus étaient « des jeunes, sportifs et parfaitement entrainés » et que les agents de protection étaient « moins sportifs et chargés de leur lourd matériel », ils n’ont pas pu les rejoindre à temps…
On apprend donc que non seulement les services de protection de nos centrales nucléaires sont capables de distinguer, sur leurs écrans de vidéo-surveillance, un terroriste d’un gentil militant écologiste mais qu’en plus ces vigiles sont des vieux, ventripotents et encombrés de leur barda. On veut donc croire que si des terroristes décident de faire sauter une de nos centrales ils enverront des culs-de-jatte avançant péniblement grâce à leurs fers à repasser rouillés. Sinon…
Cécile Duflot a eu raison, ce soir, de remercier Greenpeace pour cet « audit gratuit » sur la sécurité de nos centrales.
Certes, depuis bien longtemps, depuis qu’ils s’indignaient de notre bombe et ne disaient jamais rien des bombes soviétiques ou chinoises, on aimerait avoir des détails sur Greenpeace, savoir qui est derrière et qui finance. Mais il faut reconnaitre que cette fois ils ont bien joué.
Et vous verrez qu’aucun des responsables de ce « dysfonctionnement » ne sera sanctionné. Quand le ministre de l’Intérieur nous dit que « la sécurité est au cœur de la politique du gouvernement », il veut dire qu’on va intensifier la chasse aux voleurs de poules, surtout s’ils sont basanés. Ils ne vont même pas convoquer le patron d’Edf. Il est vrai qu’il s’agit de l’ami Proglio.

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