Nos braves dirigeants ont parfois une sorte de génie inventif. Non pas pour trouver des solutions à tous nos problèmes et sortir le pays de la crise mais pour nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
Nous avions déjà eu droit à la « croissance négative », comme si on pouvait avancer en reculant, et au « développement durable », comme si un développement pouvait être éphémère. Voici qu’ils nous parlent maintenant de « souveraineté partagée ».
Si on prend le Petit Robert, on peut lire, en page 1.683 : « Souveraineté : caractère d’un Etat ou d’un organe qui n’est soumis à aucun autre Etat ou organe. Voir Indépendance » Et le Petit Robert nous rappelle la phrase de Jean-Jacques Rousseau : « La souveraineté est inaliénable, elle est individuelle ». Mais nos braves dirigeants n’ont sans doute jamais lu ni le Petit Robert ni Rousseau.
A la différence d’un gâteau, d’un gueuleton ou de sentiments qu’on peut éventuellement partager, on ne peut pas, par définition, partager la souveraineté.
En fait, ceux qui nous gouvernent sont arrivés au bout de leur imposture qui consistait à nous raconter, depuis des années, que si l’Europe était évidemment indispensable pour que nous puissions continuer à exister au milieu de la planète devant les super grandes puissances, cette Europe ne mettait absolument pas en cause nos nations. A les en croire, nous continuions à façonner ce que de Gaulle avait appelé « l’Europe des nations ». Tous ensemble mais chacun chez soi.
Entre temps, ils nous ont supprimé nos frontières, notre devise, notre pouvoir législatif (puisque ce sont les technocrates de Bruxelles qui nous dictent nos lois), notre pouvoir judiciaire (puisque c’est la Cour européenne qui prononce les verdicts ultimes).
Il devait forcément arriver un moment où notre drapeau bleu, blanc, rouge, à force d’être accolé au drapeau bleu à étoiles de l’Union européenne, perdrait toute sa signification et où on s’apercevrait que des pays qui n’ont plus de frontières, plus de monnaie, plus de pouvoirs législatif ou judiciaire, ne sont plus des nations libres, indépendantes et souveraines mais un simple ramassis de provinces, soumises au bon vouloir d’un pouvoir mystérieux, lointain et intraitable.
Il était évident que le jour où nous avons supprimé nos frontières nous laissions le pays ouvert à tous les vents et que le jour où nous avons aboli notre franc nous allions, à court terme, devoir nous soumettre à une gouvernance étrangère de notre économie et de nos finances.
Pourquoi pas ? Sauf que… on nous a bien rarement demandé notre avis et qu’en nous laissant couler dans un magma incohérent et difforme avec des « provinces » aussi différentes que l’Allemagne et la Bulgarie, la Hollande et la Grèce, nous ne pouvions que courir à notre perte. La solidarité est, bien sûr, un joli mot mais quand elle est suicidaire on pourrait peut-être la remettre en cause. Aujourd’hui, les eurolâtres « sautent comme des cabris sur leurs tabourets » (comme disait déjà de Gaulle) en nous affirmant qu’il faut davantage d’Europe alors que les eurosceptiques n’osent plus faire remarquer que le virage vers le fédéralisme absolu nous a fait complètement déraper.Les premiers nous affirment -sans rire- que sans l’Europe nous ne pèserions plus rien et nous ne pourrions plus parler haut et fort à la tribune des nations, que notre chômage aurait explosé, que notre balance du commerce extérieur serait déficitaire et que la vie quotidienne des Français se serait considérablement dégradée. Les seconds font remarquer que, sans l’Europe, nous ne serions, peut-être, pas entraînés dans la dégringolade générale et qu’en tous les cas sous n’aurions pas à payer les aberrations commises par les Grecs, les Portugais, les Espagnols et les Italiens.

Quoiqu’il en soit, il serait, en tous les cas, grand temps que nos dirigeants nous disent la vérité, qu’ils nous avouent que c’en est fini de la France et de sa souveraineté que l’on ne partage pas mais que l’on relègue purement et simplement dans le magasin des accessoires devenus obsolètes.
Il aurait été bien que l’on nous consulte. Mais de nos jours, quand nous disons « non » à un référendum, le pouvoir s’assoie dessus. Nous allons partager non pas notre souveraineté mais notre impuissance avec les Lithuaniens, des Maltais et des Moldavolaques.
Nous sommes tombés par terre, le nez dans le ruisseau, mais ce n’est pas la faute à Rousseau qui disait que la souveraineté était inaliénable et individuelle.
Que nos dirigeants, reconnaissant leur incompétence, abdiquent et, pieds nus et le corde au cou, remettent leurs pouvoirs entre les mains d’un minotaure sanguinaire est une chose mais qu’ils nous entraînent dans cette capitulation est beaucoup plus déplaisant

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