Selon le dernier sondage du jour, 79% des Français estiment que, pour l’instant, les programmes et les discours de tous nos candidats à la présidentielle sont « éloignés » de leurs préoccupations. Autant dire que cette campagne électorale, pourtant plus essentielle que jamais, commence par un dialogue de sourds entre des prétendants qui se disent prêts à sauver le pays et des électeurs affolés par la situation et désespérés par la médiocrité de ceux qui cherchent à les séduire.
Une fois de plus, et peut-être plus que jamais, on a un monde politique totalement coupé des réalités et qui semble se refuser à entendre la rumeur populaire, pour ne pas dire les grondements de plus en plus forts qui viennent des quatre coins du pays.
Il n’est pourtant pas nécessaire d’avoir fait l’Ena ou d’être un sondeur professionnel pour comprendre qu’aujourd’hui, et depuis quelque temps déjà, les « préoccupations » (le mot est faible) des Français sont, dans l’ordre et comme le rappelle d’ailleurs ce même sondage : 1) le chômage, 2) la hausse des prix des produits de première nécessité, 3) le remboursement des soins, 4) la protection des retraites, 5) l’accès des jeunes au marché du travail.
Tout le reste, le vote des étrangers, le génocide arménien, le mariage des homosexuels, la libéralisation des drogues plus ou moins douces, le cumul des mandats, n’a strictement aucune importance pour une grande majorité des Français qui ont maintenant peur de se retrouver, du jour au lendemain, au chômage et qui, depuis des mois, voient leur niveau de vie s’effondrer et leur avenir s’obscurcir totalement.
Pour eux, la mort de l’euro, l’éclatement de l’Europe, les déficits, la dette, le triple A sont des problèmes lointains, abstraits et dont ils ne veulent même pas entendre parler quand ils voient que le prix du gaz, celui des billets de chemin de fer, celui des mutuels, celui du panier de la ménagère, celui de la vie simplement quotidienne augmentent chaque jour.
On dira que nos compatriotes sont inconscients. Non. Cela fait trop d’années qu’on leur raconte –sans leur demander leur avis et, en tous les cas, sans en tenir compte- que l’Europe est leur seule chance de salut, que la lutte contre les déficits est un impératif absolu et qu’il faut donc qu’ils fassent des sacrifices. Ils en ont assez de tous les discours de ces technocrates qui leur affirment savoir tout mieux que tout le monde et qui ont conduit la France (et l’Europe) à s’enfoncer dans le marasme d’aujourd’hui.
Ils veulent maintenant du concret. Pour eux, les palabres franco-allemands, les sommets de Bruxelles (tous « de la dernière chance »), les menaces des agences de notation, les perspectives de l’OCDE n’ont plus aucun sens. Ce qu’ils savent c’est qu’au cours des seules trois dernières années 900 usines ont fermé leurs portes en France et que 100.000 emplois industriels ont été supprimés. En trois ans !
Ils attendent donc non pas celui qui leur promettra de ramener le déficit à 3% du PIB ou de sauvegarder miraculeusement notre triple A mais celui qui s’engagera (en étant plausible) à réindustrialiser la France, à rouvrir des usines, à faire revivre des bassins d’emplois à l’abandon, à ressusciter les déserts agricoles, à donner du travail aux jeunes, aux vieux, à permettre aux PME d’innover et de trouver de nouveaux marchés. Et qu’importe pour eux les lois de l’économie gravées dans un bronze en fusion et les règles de la bienséance budgétaire violées par la terre entière.
L.es Français sont peut-être des inconscients, voire des incultes mais ils veulent avoir « un boulot », pouvoir acheter des produits de première nécessité, pouvoir se payer les soins indispensables, être à peu près sûrs d’avoir une retraite décente et que leurs gosses aient un avenir.
Il faut que nos candidats le comprennent et il faut donc qu’ils revoient leur copie. Ou alors il pourrait y avoir des surprises…

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