Jacques Chirac a été condamné, ce matin, à deux ans de prison (avec sursis) pour l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris.
Certains regretteront ce verdict qui intervient plus de vingt ans après les faits, qui punit un ancien chef de l’Etat, vieux et malade qui est aujourd’hui « l’homme politique le plus populaire de France ». Ils ajouteront que la Ville de Paris, victime dans l’affaire, s’était retirée du procès, que le procureur avait demandé la relaxe et qu’Alain Juppé avait déjà plus ou moins payé pour cette histoire.
D’autres se réjouiront que la justice ait été rendue. Il n’y a aucun doute qu’une dizaine de ces emplois étaient bel et bien « fictifs » pour ne pas dire « de complaisance ». On peut d’ailleurs se demander, quand on traverse certains bureaux de notre administration parisienne, si les 40.000 salariés de la Ville de Paris ( !!!) remplissent bien, tous, des emplois utiles et efficaces. La même question pourrait aussi se poser à propos de quelques-uns des 6 millions de salariés du public de notre pays. Mais c’est un autre sujet.
Ce verdict rappelle, évidemment, un certain nombre de souvenirs encore récents. Roland Dumas, mouillé jusqu’aux yeux dans l’affaire ELF et dans celle des vedettes de Taïwan, n’a jamais été inquiété même s’il a dû démissionner de la présidence du Conseil Constitutionnel et même si sa maitresse, « la putain de la République », a passé quelques semaines en prison. Pierre Mauroy qui employait tout aussi fictivement à la mairie de Lille une conseillère municipale de Paris n’a pas été ennuyé, etc., etc.
Mais tout cela appartient déjà à la (petite) histoire et certains, parmi ceux qui se réjouissent de la condamnation de Chirac, ont eu, ce matin, le culot de nous affirmer : « Ce verdict prouve que les mœurs ont changé et que la justice est désormais la même pour tous ».
Or, cette semaine –excusez du peu- Renaud Donnedieu de Vabres a été entendu pendant des heures par un juge d’instruction à Paris et trois anciens proches de Liliane Bettencourt par un juge d’instruction à Bordeaux. En clair, la justice soupçonne fort les amis d’Edouard Balladur d’avoir organisé en 1994-1995 tout un système de rétro-commissions pour financer la campagne présidentielle de leur candidat et… Nicolas Sarkozy était au cœur du dispositif. En clair aussi, ils soupçonnent l’héritière de l’Oréal d’avoir, sous l’influence de certains de ses conseillers, distribuer des liasses de billets à des personnalités politiques et notamment si l’on en croit certains témoignages, à… Nicolas Sarkozy en personne.
Bien sûr, le Président de la République bénéficie comme tout citoyen de la présomption d’innocence. Mais on attend tout de même avec impatience que la justice de notre pays se montre aussi intransigeante avec le pouvoir d’aujourd’hui qu’avec celui d’hier.
On espère aussi qu’elle n’aura pas la moindre indulgence pour ceux qui sont « de l’autre côté ». Où en sont les affaires de malversation des responsables socialistes des Bouches-du-Rhône et du Nord ? Les Français ont la désagréable impression que, si Arnaud Montebourg ne jouait pas les chevaliers blancs pour refaire parler de lui et régler quelques comptes personnels avec François Hollande ou Martine Aubry, personne n’aurait jamais entendu parler de ces magouilles qui relèvent évidemment du code pénal.
Que la justice s’acharne sur un vieux président, c’est peut-être bien mais c’est facile. Il faudrait surtout qu’elle se mette à nettoyer les écuries d’Augias de notre monde politique. Hercule, au secours !

Mots-clefs : ,