Comme tous les ans fin décembre, chacun, à la télévision ou dans la presse écrite, y va de son petit bilan de l’année écoulée. Et il faut bien reconnaître que jamais sans doute, depuis très longtemps, aucune année n’avait été aussi « mouvementée » que 2011.
Nous avons assisté à une véritable hécatombe : le Tunisien Ben Ali, l’Egyptien Moubarak, le Yéménite Salé ont été chassés du pouvoir par les foules, comme le Libyen Kadhafi qui y a trouvé la mort, mais pour lui les foules ont eu besoin de nos Rafales. C’est ce qu’on a appelé « le Printemps arabe » qui pourrait bien se prolonger, cet hiver, en Syrie.
Après l’euphorie des premiers jours, l’Occident qui n’avait rien vu venir et qui avait, jusqu’alors, entretenu les meilleures relations avec ces « amis » devenus soudain d’« atroces dictateurs », a commencé à se demander si ces révolutions de jasmin, d’aubépines ou de cactus allaient vraiment faire connaitre à ces peuples malheureux tous les bonheurs de la démocratie. Partout, ces tyrans à la sauce occidentale étaient remplacés par des islamistes brandissant le Coran et annonçant l’instauration de la Charia.
Ben Laden, lui, a été exécuté par un commando américain. Personne, bien sûr, ne l’a pleuré et certains ont même remarqué que, depuis sa mort, Al Qaïda semblait avoir disparu, si ce n’est sa filiale magrébine.
Cela dit, on est bien obligé de constater qu’en Afghanistan que les troupes alliées s’apprêtent –enfin- à abandonner un peu piteusement, les Talibans contrôlent de nouveau l’essentiel du pays et qu’en Irak que les Américains viennent –enfin- de laisser à son triste sort la guerre de religion entre Sunnites et Chiites a repris de plus belle.
En clair, le monde islamique s’est débarrassé de ses dictateurs et de ses corps expéditionnaires occidentaux mais a, évidemment, préféré se tourner vers la fanatisme islamiste plutôt que vers la démocratie.
Pour l’anecdote, on peut aussi rappeler au milieu de cette hécatombe l’Ivoirien Gbagbo, capturé dans son palais en ruines par nos services plus ou moins secrets.
Mais c’est loin d’être tout. Sans évoquer Dominique Strauss-Kahn, le grandissime favori de notre présidentielle de 2012, disparu dans des circonstances plus croquignolesques, nous avons aussi « perdu » le Grec Papandréou, l’Italien Berlusconi et l’Espagnol Zapatero, massacrés, eux, par la crise.
Certains diront donc que 2011 aura été à la fois l’année du Printemps arabe (c’est-à-dire celle du réveil brutal de l’Islam) et celle de la crise de l’euro, voire de l’Europe (c’est-à-dire celle des vieux pays qui ne produisant plus rien et continuant à consommer au-delà du raisonnable ont fini, à coups de dettes abyssales, par perdre toute souveraineté). Ils ne veulent pas comprendre que ces deux cataclysmes ont une seule et même cause. Le Printemps arabe n’a pas été provoqué par un brusque retour de la foi mais parce que des millions de Tunisiens, l’Egyptiens, de Libyens, de Yéménites et de Syriens n’en pouvaient plus de crever de faim. La crise européenne n’a pas été déclenchée par les agences de notation mais par le chômage de masse qui ravage toutes nos sociétés.
De Tunis à Sanaa et Damas, d’Athènes à Madrid et peut-être bientôt à Moscou, ce n’est ni Allah ni les cotations de la Bourse qui ont fait et qui font encore descendre les peuples indignés, révoltés, insurgés, dans la rue mais bien la faim, la misère, la peur du chômage.
Dans le monde arabe, « les barbus » sont en train de remplacer Ben Ali, Moubarak, Kadhafi, Salé, chez nous ce sont des technocrates, autre malédiction, qui ont pris la place de Papandréou ou de Berlusconi. Les premiers prônent un retour à l’austérité du désert du Prophète, les seconds brandissent des plans de rigueur implacables.
D’un côté comme de l’autre, on rejette donc les idées de croissance, de progrès, d’innovation pour se recroqueviller dans les mosquées et les comptes d’apothicaires. Et pendant ce temps-là, la Chine, l’Inde, le Brésil et quelques autres produisent, créent, inventent et rachètent nos ruines à bas prix.
Valéry disait : « Les grandes civilisations savent maintenant qu’elles sont mortelles ». Non seulement nous faisons mine de ne pas vouloir le savoir mais nous ne faisons rien pour tenter de survivre.
On a souvent dit que le XXème siècle n’avait commencé qu’en 1914. Le XXIème siècle a sans doute commencé en 2011. Le monde a changé de face, officiellement, cette année. L’Occident a sombré après quelques siècles de domination sans partage. Ceux qu’on appelait « les sous-développés », puis « les pays en voie de développement », puis « les émergeants » ont émergé et triomphent et nous n’avons plus que nos yeux pour pleurer sur notre radeau qui sombre dans la tempête.
Pour nous, 2012 va être un ultime espoir. Mais, quand on observe les débuts de cette campagne électorale, on ne voit rien ni personne qui pourrait inciter à l’optimisme.

Mots-clefs : ,