C’est une vieille tradition. A l’approche de toute élection, on assiste à des volte-face, des trahisons, des coups de théâtre, des brouilles et des réconciliations qui font le délice des commentateurs et provoquent bien souvent le dégoût des électeurs.
Ca a commencé. Et l’accord (qui, parait-il, n’en est pas un) entre le PS et les écologistes est l’exemple parfait de cette politique politicienne qui incite les électeurs à aller voir ailleurs.
Martine Aubry, première secrétaire du PS, et Cécile Duflot, secrétaire nationale d’Europe-Ecologie Les Verts, se sont mises d’accord sur une sorte de programme de gouvernement. La presse d’aujourd’hui en fait des pages entières.
Première interrogation : comment peut-on parler d’un programme plus ou moins commun entre deux partis qui ont chacun leur candidat à la présidence de la République ? S’ils sont d’accord, on ne voit vraiment pas pourquoi ils iraient chacun de leur côté à la bataille. De quels arguments vont-ils pouvoir se servir pour s’affronter ? Et, hypothèse d’école, s’ils se retrouvaient face-à-face lors du second tour, de quoi pourraient-ils bien débattre ?
Deuxième interrogation : ni Martine Aubry ni Cécile Duflot ne sont candidates à la présidence de la République et donc leurs signatures n’engagent en rien ni François Hollande ni Eva Joly. Pourquoi les « vrais » candidats n’ont-ils pas voulu se rencontrer pour mettre cet accord au point ? Et d’autant plus qu’on sait parfaitement que le candidat officiel du PS n’est pas d’accord avec la première secrétaire du même PS sur la plupart des thèmes de l’écologie et que la candidate officielle d’EELV est beaucoup plus intransigeante que la secrétaire nationale de ces mêmes écologistes sur la plupart des sujets.
Troisième interrogation : comment peut-on parler d’un accord tout en précisant que, pour des points essentiels, il n’y a aucun accord et qu’on en reparlera éventuellement plus tard ? De qui se moque-t-on ?
Tout cela est totalement incohérent. En voulant amuser –ou épater- la galerie, les uns et les autres se sont pris les pieds dans le tapis.
La vérité est toute simple. François Hollande qui commence à dégringoler dans les sondages et qui sait que Martine Aubry lui a porté un coup redoutable en ironisant sur son manque d’autorité, voulait faire preuve d’autorité. Cécile Duflot qui sait parfaitement qu’Eva Joly n’a guère de chances de faire un beau score en 2012 et qui pense déjà à 2017 pour elle-même veut pouvoir régner sur un groupe parlementaire après les législatives de juin prochain.
Du coup, Cécile Duflot a accepté d’oublier l’EPR de Flamanville pour permettre à Hollande d’avoir l’air de dire « non » et Martine Aubry a promis à Cécile Duflot des sièges pour la prochaine assemblée pour faire croire à un semblant d’union de la gauche. On a échangé des centrales nucléaires contre des circonscriptions. Ce genre de marchandage est un peu classique. « J’abandonne mes convictions mais tu me donnes des députés ».
On est, bien sûr, content dans les états-majors où on croit avoir ainsi préparé non seulement le second tour des présidentielles (les écolos voteront Hollande comme un seul homme) mais aussi celui des législatives (les socialistes offriront trente sièges aux écolos).
Le tout est de savoir ce qu’en penseront les électeurs eux-mêmes. Surtout dans le camp écologiste. Quand on est un militant de base de la protection de la nature, on aime les petits oiseaux et les moutons du Larzac mais on est surtout obsédé par le danger nucléaire. Ces militants de base ont d’ailleurs choisi Eva Joly comme porte drapeau si ce n’est comme porte-parole précisément parce qu’elle exigeait l’abandon total du nucléaire et la fermeture du chantier de Flamanville.
Pour eux qui ne font jamais dans la modération, Cécile Duflot vient d’accepter de prendre les risques d’un nouveau Fukushima en échange de trente cocardes tricolores. C’est ce qui s’appelle de la haute trahison. Et qu’on leur raconte que rien n’est encore décidé, que Duflot a déjà obtenu la fermeture, à terme, d’une trentaine de vieilles centrales et la réduction de la part du nucléaire dans nos énergies ne change rien à l’affaire.
Il va d’ailleurs être intéressant de voir la réaction de ces militants de base dans quelques jours quand on va leur demander d’entériner l’accord et plus intéressant encore d’écouter Eva Joly qui n’en démord toujours pas sur l’EPR.
Jusqu’à présent les états-majors ne se mettaient à magouiller qu’entre les deux tours. Là, cela semble bien prématuré. Hollande aurait pu se trouver une autre occasion d’affirmer son autorité et les écologistes pourraient attendre le soir du premier tour avant de réclamer leur part du gâteau.

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