Le sondage du jour –BVA pour l’Express- est sans doute celui qui reflète le mieux la réalité du moment. Il affirme que 30% des Français souhaitent une victoire de François Hollande et 23% celle de Nicolas Sarkozy. Il y a trois jours, un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche donnait déjà 32,5% à Hollande et 25,5% à Sarkozy.
Mais ce qui est le plus intéressant c’est que, selon BVA, 47% des Français ne souhaitent… ni l’un ni l’autre. On pourrait presque les comprendre.
Le bilan du président sortant est, évidemment, catastrophique et la vie quotidienne d’une très grande majorité des Français s’est considérablement détériorée au cours de son quinquennat. Et les premiers pas du candidat du PS sont désespérément décevants puisque, comme le lui avaient déjà reproché aussi bien Martine Aubry que Ségolène Royal au cours des primaires de la gauche, il a fait preuve d’un étonnant manque d’envergure pour ne pas dire d’autorité dans ses relations avec ses éventuels alliés écologistes et surtout qu’il n’a pas su adapter, remanier, chambouler le pseudo programme qu’il se traine face à la crise qui semble aujourd’hui tout emporter sur son passage.
Le bilan de l’un, les promesses de l’autre mais aussi la personnalité de l’un et de l’autre font que les Français sont encore, à moins à cinq mois du scrutin, à la recherche d’un candidat providentiel. Du jamais vu dans l’histoire de la République.
Bien sûr, en avril prochain, certains électeurs se diront qu’au milieu de la débâcle il vaut mieux conserver le général vaincu et d’autres penseront que, tout étant perdu, on peut toujours tenter le changement en essayant, sans conviction, le challenger officiel.
Mais on peut aussi imaginer qu’en cinq mois, ces Français qui ne veulent ni de l’un ni de l’autre se rallieront à des candidats qui, jusqu’à présent, ne faisaient que de la figuration.
Les amis de Marine Le Pen (qui obtient actuellement 19 ou 20% dans les sondages) se frottent les mains. Un Sarkozy à 23% leur permet de rêver à un 22 avril 2012 qui ressemblerait au 21 avril 2002. Mais ils ne peuvent guère se faire d’illusions, le second tour serait évidemment aussi fatal à la fille qu’il l’a été au père et Hollande serait élu avec un score comparable à celui qu’a réalisé Chirac.
Les amis de Mélenchon (6% actuellement dans les enquêtes d’opinion) sont aussi tout sourire. Un Hollande à 30% seulement alors que Sarkozy est rejeté par 77% des électeurs prouve que le candidat du PS qui multiplie les appels du pied vers les centristes n’est pas prêt de séduire les « indignés », les révoltés et tous les insurgés en puissance. Mais, eux non plus, ne peuvent pas caresser la moindre illusion. Un petit 10% au premier tour serait déjà un triomphe pour leur grand homme.
Les militants de la cause écologiste semblent avoir compris –un peu tard- qu’ils ont fait une grave erreur de « casting » en se choisissant comme porte-drapeau une pétroleuse à l’accent aussi ridicule que ses lunettes. Il est vrai que l’autre, la star du petit écran, Nicolas Hulot, n’aurait sans doute pas fait mieux.
Reste alors le centre que méprisent tous ceux qui ont oublié que, depuis les débuts de la 5ème République, cette curieuse famille a toujours recueilli entre 15 et 20% des suffrages. Or, jamais ce qu’on appelle « la conjoncture » ne leur a été aussi favorable.
Jusqu’à présent, avec leur « ni à adroite ni à gauche », on ne savait pas ce qu’ils voulaient. Mais aujourd’hui, 47% des Français rejetant ce candidat de l’UMP qui s’est radicalisé pour séduire l’électorat de l’extrême-droite et ce candidat du PS aux allures d’apparatchik de la SFIO d’antan, le ni-ni pourrait être, à leurs yeux, la seule chance d’échapper à l’éternel dilemme qui nous a coûté si cher.
Borloo a jeté l’éponge et semble le regretter. Bayrou est à 6%, Villepin qui ne s’est pas encore déclaré à 2%, Morin à 1%. C’est évidemment dérisoire, même si on se souvient que Bayrou avait fini par dépasser les 18% en 2007.
Mais la campagne et, plus encore, la crise qui s’aggrave de jour en jour peuvent tout changer.
Ces 47% de Français qui ne veulent ni de Sarkozy ni de Hollande ne vont pas, tous, se réfugier dans l’abstentionnisme ni dans un vote simplement protestataire. Si la situation catastrophique du pays, de la zone euro, de l’Europe et même de la planète peut donner envie de pousser un cri de gueule, elle devrait aussi en inciter d’autres, devant les deux culs-de-sac qu’on leur propose, à choisir une troisième voie.
Certes, le centre n’a jamais fait rêver mais, quand les autres donnent la nausée, tout devient possible. Il y a aujourd’hui 47% des voix à prendre. Avis aux amateurs…

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