Richard Prasquier est président du Conseil Représentatif des Institutions juives de France. A ce titre, il prend souvent la parole, tantôt pour s’indigner devant ce qu’il considère comme « une recrudescence de l’antisémitisme en France », tantôt pour se faire l’avocat de la politique d’Israël, accusant toujours ceux qui émettent la moindre réserve sur la politique du gouvernement de Netanyahou d’être non seulement des antisionistes mais aussi des antisémites, les deux étant à ses yeux la même chose.
Richard Prasquier est souvent maladroit. Si tout le monde condamne, bien sûr, les quelques incidents antisémites qu’on peut déplorer de temps en temps, personne en France –et heureusement- ne peut constater la moindre « recrudescence » de l’antisémitisme. Et critiquer la politique du gouvernement de Netanyahou n’a rien à voir avec l’antisémitisme. Les critiques les plus sévères contre Netanyahou sont d’ailleurs émises en Israël même par des Israéliens que Prasquier peut difficilement accuser d’être antisionistes et encore moins antisémites.
Les excès de Prasquier servent, évidemment, la cause de ceux qu’il prétend combattre. Bien des Français en ont assez d’entendre le président du CRIF affirmer que les Juifs ne sont plus en sécurité en France et plus nombreux encore sont ceux qui estiment qu’on peut critiquer Netanyahou, les nouvelles colonisations, « le mur de la honte » sans être antisémite pour autant.
Mais cette fois, Prasquier a dépassé les bornes. Epluchant l’accord que viennent de signer, laborieusement, le PS et Europe-Ecologie les Verts, le président du CRIF a remarqué que quatre des circonscriptions que Martine Aubry a « offertes » à Cécile Duflot dans la région parisienne étaient jusqu’à présent détenues par des socialistes… juifs : Tony Dreyfus, 5ème circonscription de Paris, Danièle Hoffman-Rispal, 6ème circonscription de Paris, Serge Blisko, 10ème circonscription de Paris, et Daniel Goldberg, 3ème circonscription de la Seine-Saint-Denis.
Et Prasquier d’écrire : « L’effet d’affichage des noms est désastreux. Ces « évincés » sont les garants, dans leur histoire assumée, personnelle et familiale, d’une mémoire de persécutions et des luttes communes et sont des ponts avec la tradition socialiste ».
Tout cela est absolument scandaleux.
D’abord, on veut espérer que personne, ni au PS, ni chez les Ecolo, ni ailleurs, n’avait recherché les origines ethniques ou religieuses des quatre « évincés ». Il semble bien que Prasquier soit le seul à s’être souvenu qu’ils étaient juifs. Ils ont d’ailleurs eux-mêmes, après cette sortie stupéfiante de Prasquier, tenu à affirmer qu’ils ne se sentaient en rien victimes d’un quelconque antisémitisme de la part de leurs camarades de parti.
Ensuite, il est aberrant de dire que ces quatre élus du peuple étaient « les garants d’une mémoire de persécutions », comme si les autres élus du peuple pourraient oublier la Shoah sous prétexte qu’ils ne seraient pas juifs.
Enfin, prendre, parce qu’ils sont juifs, la défense de quatre élus, sortants et non reconduits, en agitant le spectre de l’antisémitisme est, évidemment, donner raison aux rares antisémites du pays qui, reprenant les pires slogans de l’extrême-droite de jadis, parlent d’un « lobby juif » qui serait tout puissant dans le monde des médias, des finances ou de la politique. Par cette stupide déclaration, le CRIF s’affiche ostensiblement comme l’incarnation d’un lobby juif.
Avec des gens comme Prasquier, il ne faudra pas que le CRIF s’étonne qu’une certaine forme d’antisémitisme réapparaisse. S’il veut vraiment lutter contre une éventuelle menace de recrudescence de l’antisémitisme, le CRIF doit, d’abord et avant tout, se débarrasser de Prasquier. Ses dérapages deviennent dangereux.

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