On va donc (peut-être) demander aux Grecs s’ils veulent rester dans l’euro et donc crever de faim en voyant leurs revenus, leurs salaires, leurs retraites, le nombre de leurs fonctionnaires s’effondrer et en devenant une sorte de protectorat sous l’étroite surveillance de Bruxelles et du FMI ou s’ils préfèrent reprendre leur indépendance et donc crever, aussi, de faim en se déclarant officiellement en faillite, en retrouvant une devise nationale qui ne vaudra plus rien et faisant fuir tous les investisseurs. Il n’est pas difficile d’imaginer le choix que pourraient faire les Grecs.
Depuis deux jours, tous nos « experts » nous racontent que George Papandréou a été pris d’un coup de folie avec son coup de théâtre et qu’en soumettant ainsi l’accord (qu’on pourrait plutôt appeler le diktat) de Bruxelles au résultat d’un référendum improvisé et perdu d’avance, il précipite son pays dans le gouffre.
Ces experts ne lisent pas les journaux. Ils ne veulent pas savoir que si le Premier ministre grec a bien fait et refait indéfiniment ses comptes, il s’est surtout aperçu que son pays était au bord de l’explosion, avec des manifestations de plus en plus violentes un peu partout et une grève pratiquement générale qui s’éternise et paralyse le pays.
Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont beau le tancer, lui faire les gros yeux, l’engueuler, le convoquer et lui répéter qu’il n’a pas le choix, George Papandréou sait parfaitement que s’il capitule devant le couple infernal qui le menace des pires sanctions il sera balayé à Athènes par sa majorité (qu’il n’a plus), par l’opposition et surtout par la rue.
Jusqu’à présent, la Grèce avait le choix entre la faillite et un régime sec que les Grecs considèrent –sans doute avec raison- comme totalement insupportable. Maintenant, la Grèce a le choix entre la banqueroute et l’insurrection.
Ce n’est pas une simple coïncidence si, alors que ses ministres commençaient à l’abandonner, Papandréou a brusquement remplacé tout l’Etat-major de l’armée grecque par de nouvelles têtes. Il n’a jamais oublié qu’en avril 1967, alors qu’il était député et surtout proche collaborateur de son père, ancien Premier ministre et grande figure de la gauche, il avait dû fuir précipitamment Athènes devant les colonels qui venaient de s’emparer du pouvoir. Quarante-cinq ans plus tard, Papandréou et un certain nombre de Grecs ont encore peur des militaires. Et il est vrai que la situation actuelle pourrait bien les inciter à sortir de leurs casernes.
Aujourd’hui, plus personne ne peut imaginer ce qui va se passer. Papandréou va-t-il démissionner, être renversé par le Parlement, une nouvelle majorité va-t-elle pouvoir se créer, acceptera-t-elle le diktat de Bruxelles, y aura-t-il un référendum le 4 décembre, l’Europe va-t-elle vraiment suspendre tout versement à la Grèce ?
Ce qui est sûr c’est qu’en voulant imposer aux peuples des châtiments sans pitié pour leur faire payer les erreurs de leurs dirigeants on les pousse à la révolte. Ce qui n’est jamais une bonne idée. Il aurait sans doute mieux valu prescrire un traitement plus modéré, à plus long terme, que le malade puisse accepter.
En voulant à tout prix pouvoir présenter au Chinois Hu Jintao une ordonnance « de choc » qu’ils imposaient à la Grèce, pour le séduire, lui prouver la bonne volonté du Vieux Continent et l’inciter à se monter généreux, Merkel et Sarkozy prenaient le risque évident de transformer ce G20 en un spectacle pitoyable où les émergents triomphants allaient assister à la débandade d’une Europe en déconfiture.
Sur un plan plus franco-français on peut s’étonner du silence assourdissant dont fait preuve ces jours-ci François Hollande. L’a-t-on seulement prévenu qu’il était désormais le candidat du PS pour la prochaine présidentielle, dans six mois, et donc qu’en principe il devait être celui qui a toutes les solutions pour nous permettre de sortir de la crise. On a presque l’impression qu’il commence à se demander si la place vaut vraiment le coup. Il n’y a aucun doute qu’entre deux galipettes, DSK, lui, aurait su prendre la parole…

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