Tout le monde –et notamment à l’UMP- s’amuse des malheurs des écologistes. Rien ne va plus entre la candidate officielle d’Europe-Ecologie-Les Verts, Eva Joly, et la patronne officielle du parti, Cécile Duflot. Bien des gens sont, maintenant, convaincus que la candidate à l’accent épouvantable et aux lunettes ridicules va abandonner la partie avant longtemps. L’idole du mouvement, Daniel Cohen-Bandit, vient d’ailleurs de lui porter ce qui pourrait bien ressembler à un coup de grâce.
Le conflit entre Eva Joly et Cécile Duflot ne fait, en réalité, que révéler au grand jour l’habituel « problème de conscience » des écologistes. Sont-ils d’éternels militants intraitables d’une grande cause ou sont-ils une force politique d’appoint qui pourrait éventuellement modifier le cours des choses ? Veulent-ils se contenter d’hurler (dans le désert) leur opposition à notre société, à l’énergie nucléaire, à la consommation à tout va, à la déforestation, aux OGN, etc. ou espèrent-ils se faufiler au sein du pouvoir pour limiter, par petites touches, les dégâts qu’ils annoncent ?
Eva Joly a réussi, lors des primaires d’EELV et à la surprise générale, à se faire élire face à Nicolas Hulot en s’affichant en militante intraitable. Et il était donc normal qu’en face d’un PS incarné désormais par un François Hollande qui se veut « raisonnable » en tout point elle se refuse à négocier sur le nucléaire.
Cécile Duflot, elle, est une politique plus qu’une militante. Si elle souhaite sans doute en son for intérieur que la France abandonne au plus tôt le nucléaire, elle a surtout envie d’avoir un siège de député à Paris, d’entrer au gouvernement puis d’y défendre ses idées et une sortie programmée de ce nucléaire.
Si Eva Joly persiste, elle fera 3 ou 4% des voix (les « gauchos qui n’auront pas voulu voter Mélenchon) et, même si elle appelle à voter Hollande pour le second tour, EELV n’existera plus. Si Cécile Duflot l’emporte, il n’y aura pas de candidat écologiste à la présidentielle, les écologistes joueront les porteurs de bidons d’Hollande pendant la campagne et ils auront leur (petite) part de gâteau à l’arrivée pour peu, bien sûr, que le candidat du PS soit élu. L’utopie ne sert à rien qu’à rester digne, droit dans ses sabots. Le réalisme, avec tous ses compromis et même ses compromissions, donne des miettes.
Ce qu’Eva Joly n’a pas compris c’est qu’aujourd’hui, en France, l’écologie n’a plus la cote et fait figure d’un luxe que nous ne pouvons plus nous offrir. Les Français –et toutes les enquêtes d’opinion le prouvent- se préoccupent infiniment moins de l’avenir lointain de la planète, de la fonte des pôles, de la couche d’ozone que du chômage, de la dette, de leur pouvoir d’achat qui s’effondre et des mesures d’austérité qui vont encore faire augmenter tous les prélèvements et baisser toutes les aides.
Ils ont sûrement tort mais comment le leur reprocher ? L’Europe et l’euro vont, sans guère de doute, exploser avant nos centrales nucléaires. Fukushima, c’est très loin et quand on leur dit que la fermeture de nos centrales augmenterait dans des proportions considérables le prix de l’énergie, ils ne pensent pas que la France puisse être réellement menacée par des tremblements de terre ou par des tsunamis.
Eva Joly a peut-être raison mais elle devient ridicule. Cécile Duflot, en avalant son chapeau, entrera sans doute à l’Assemblée et pourra, peut-être, jouer les Alain Bombard, les Huguette Bouchardeau, les Brice Lalonde, les Dominique Voynet ou les Yves Cochet au ministère de l’Ecologie. C’est-à-dire les plantes vertes sur la cheminée du Conseil des ministres.

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