Il est tout de même étonnant de voir la stupéfaction avec laquelle nos chers dirigeants ont accueilli la décision de George Papandréou d’organiser un référendum pour demander aux Grecs s’ils étaient d’accord pour approuver l’accord décidé à Bruxelles par les 17 et qui va non seulement (peut-être, rien n’est moins sûr) sauver la Grèce mais (à coup sûr) leur imposer de nouvelles et effroyables restrictions.
A les entendre s’indigner depuis vingt-quatre heures, on a l’impression que, pour ces chefs d’Etat, le Premier ministre grec vient, avec son idée de référendum, de leur faire « un mauvais coup », simplement pour pouvoir trouver une échappatoire et trahir sa parole.
Il y a peut-être un peu de ça. Mais comment peut-on officiellement reprocher à un responsable politique, dans une démocratie, de vouloir donner la parole à son peuple, a fortiori quand il s’agit d’une question capitale qui risque de déterminer la vie quotidienne du peuple en question pour toutes les années à venir.
La Grèce n’est plus –heureusement- celle des colonels et nos dirigeants ont évidemment oublié que c’est à Athènes qu’on a, il y a un bon nombre de siècles, inventé la démocratie. Papandréou joue donc sur du velours.
L’indignation de Nicolas Sarkozy est d’ailleurs particulièrement révélatrice. Lui, il n’a rien demandé à personne –pas même à l’Assemblée nationale où il a pourtant une majorité aux ordres- pour effacer la moitié de la dette grecque (aux frais de qui ?), pour s’engager à emprunter quelques milliards de plus (aux frais de qui ?) pour un fonds de stabilité qui ne stabilisera rien du tout.
Il s‘est contenté de palabrer avec quelques banquiers de ses amis et avec Angela Merkel laquelle avait, elle, tout de même éprouvé le besoin de présenter son plan au Bundestag.
On va finir par croire que, contrairement à Papandréou, Sarkozy n’est pas un vrai démocrate. Car ce n’est pas la première fois qu’il nous fait le coup. On pourrait même dire que c’est une fâcheuse habitude chez lui de n’en faire qu’à sa tête et de mépriser superbement l’opinion des Français. Pour nous en tenir aux seules affaires européennes, personne n’a oublié qu’il s’était purement et simplement « assis » sur les résultats du référendum qui avait permis aux Français de refuser, à une très large majorité, la Constitution européenne (dite « de Giscard ») et qu’il nous en avait imposé un « remake » par le traité de Lisbonne, sans nous demander notre avis.
On comprend donc qu’il soit sidéré que le petit Grec demande l’avis de sa piétaille.
Aucun des autres chefs d’Etat des 17 ni des 27 n’a d’ailleurs eu l’idée, devant la crise fabuleuse qui fait tout vaciller, d’en référer à son peuple. Il aurait pourtant été intéressant, voire normal, que, dans chaque pays de la zone euro si ce n’est de l’Union européenne, on demande aux citoyens s’ils souhaitaient rester dans ce système qu’on leur a imposé par petites touches successives au fil des décennies.
Après leur avoir supprimé leurs frontières, leur devise, les pouvoirs de leur parlement et de leur justice, on leur dit maintenant qu’il faut, pour nous sauver, instaurer une « gouvernance économique européenne ». Autant dire qu’on en est arrivé à l’ultime dernière étape avant une fédération européenne qui détruira les pays, les Etats et les nations. Pourquoi pas ? Mais il aurait été plus « convenable » de nous faire savoir qu’on était passé d’une « confédération », d’une « Europe des Nations », comme l’avaient imaginée les pères de l’Europe, à une « fédération » gommant les nations et entre les mains d’une bureaucratie tenant à la fois de Courteline et d’Orwell.
Il aurait d’ailleurs été « gentil » de nous demander aussi notre accord. Gentil et surtout prudent. Car il était évident qu’un jour nous finirions par découvrir le pot aux roses. C’est ce qu’on appelle « le réveil des peuples ». Nous sommes en plein dedans.
Et les peuples ont ceci de commun avec les fauves c’est qu’ils se réveillent souvent de mauvaise humeur. Surtout quand ils s’aperçoivent qu’on a tenté de profiter de leur sommeil pour les mettre en cage.
A l’Elysée, hier soir, on nous a fait comprendre que Sarkozy avait « convoqué » Papandréou à Cannes « pour lui passer un savon » aujourd’hui et le faire revenir sur sa décision d’organiser un référendum.
On aimerait être dans le salon feutré, avec sans doute vue sur la mer, quand le Premier ministre grec donnera une leçon de savoir-vivre et de démocratie puérile et honnête au Président français.

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