L’assassinat, après le viol, d’une gamine de 13 ans par un adolescent de 16 ans, tous deux élèves du Collège Cévenole du Chambon-sur-Lignon, est évidemment un fait divers épouvantable, comme on en apprend, semble-t-il, de plus en plus souvent depuis quelque temps.
Le fait que l’adolescent ait déjà violé une autre de ses camarades, l’année dernière, dans le Gard, rend ce drame encore plus insupportable et prouve, évidemment, qu’il y a eu, quelque part, des « dysfonctionnements », comme on dit maintenant pudiquement.
Comment a-t-on pu libérer ce jeune violeur après seulement quatre mois de prison ? Comment ses parents ont-ils pu le faire admettre dans un internat mixte sans avoir à préciser à la direction du collège les raisons de ses démêlés avec la justice ? Comment la justice n’a-t-elle pas prévenu le collège qu’il s’agissait d’un violeur ? Comment l’expert a-t-il pu affirmer que ce garçon ne présentait « aucune dangerosité » ?
Les responsables officiels nous disent, aujourd’hui, que ce garçon n’est pas un récidiviste au sens exact du terme puisqu’étant encore en attente de son jugement, il n’a pas encore été condamné pour son premier viol (qu’il a totalement reconnu). Qu’il a été libéré de prison parce que ses parents lui avaient trouvé un collège. Que ses parents n’avaient pas à préciser au directeur du collège les raisons de son incarcération. Que la justice, tenue par le secret de l’instruction, n’avait pas, elle non plus, à informer le collège de ces raisons. Et que l’expert n’a fait que son travail, même s’il s’est, peut-être, trompé.
Bref, à entendre tous ces officiels, il n’y avait rien d’anormal à mettre dans un internat mixte un violeur « présumé innocent » et déclaré « sans danger ».
Les problèmes de la criminalité sexuelle, de la récidive et de la justice des mineurs sont particulièrement difficiles puisqu’on nous dit –ce qui est, peut-être vrai- que les criminels sexuels sont des « malades », que les cas de récidive sont « rarissimes » et que les mineurs ne sont pas des justiciables « comme les autres ». Or, dans ce cas précis, nous sommes confrontés à ces trois problèmes en même temps.
Mais, au-delà de l’aspect particulièrement atroce de ce fait divers, ce qui choque aujourd’hui c’est que le pouvoir politique s’en soit emparé.
Le Premier ministre, en personne, a réuni d’urgence ses ministres à Matignon, puis le Garde des Sceaux a annoncé solennellement de « nouvelles dispositions » (davantage d’informations entre la justice et les collèges, la construction de nouveaux centres fermés pour mineurs).
Que « les plus hautes autorités de l’Etat » aient tenu à faire part de leur émotion à la famille de la petite victime et au Collège Cévenol est parfaitement normal. Qu’il y ait, sans doute, des dispositions légales ou réglementaires à modifier en tenant compte des dysfonctionnements qui ont eu lieu est incontestable.
Mais tenter de « faire de l’audience » sur un tel drame est inadmissible et décider à la va vite de nouvelles mesures est irresponsable. C’est le silence et la pudeur qui s’imposent en de telles circonstances et, pour ce qui est des nouvelles dispositions à prendre éventuellement, c’est le travail de la Chancellerie, pas celui d’une réunion interministérielle annoncée avec tambours et trompettes. On ne modifie pas nos textes en fonction d’un drame, dans la précipitation, le lendemain même de ce drame.
C’est une manie de la Sarkozie que de réagir à chaud à chaque fait divers particulièrement dramatique, de réunir les caméras et d’annoncer de nouveaux textes et de nouvelles lois. On s’étonne d’ailleurs que Sarkozy, lui-même, ne se soit pas déjà précipité au Chambon-sur-Lignon.
Ce « cinéma médiatique » à propos de tous les drames qui font la une de tous les journaux populaires est évidemment détestable. Il serait d’ailleurs cruel de faire le décompte exact de toutes les décisions que le Président de la République a annoncées, en personne, chaque fois qu’il a accouru sur les lieux d’un tel fait divers, en s’en prenant tantôt au laxisme de nos juges, tantôt à l’incompétence de nos services psychiatriques. Est-il besoin de préciser que toutes ces mesures ont été oubliées depuis bien longtemps ?
Mais il est vrai que nous sommes entrés en campagne électorale…

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