A Cannes, les « Grands » sont se réunir pour un énième sommet avec, une fois de plus, l’espoir de sauver l’économie mondiale si ce n’est la planète. A Nice, les « insurgés » de tous poils sont déjà réunis pour crier leur fureur et leur rage devant un système qui semble conduire tous les peuples à la catastrophe.
Aucun dialogue n’est, bien sûr, possible entre « les fumeurs de gros cigares » descendant à Cannes de leurs limousines et « les voyous en espadrilles », arrivés à Nice en auto-stop. D’ailleurs ni les uns ni les autres n’ont la moindre solution à proposer.
Les premiers vont continuer à jouer avec les chiffres et à nous raconter qu’en nous serrant un peu plus la ceinture nous nous en sortirons. Mais, contrairement à ce qu’ils prétendent, on n’efface pas des dettes (grecques ou autres) d’un coup de crayon magique, on ne peut pas prêter de l’argent aux autres (aux Grecs, aux Espagnols, aux Portugais, aux Italiens) quand on n’a plus un sou soi-même et qu’on a même 1.700 milliards de dettes et il y a bien un moment où la fameuse austérité, même si on l’appelle la rigueur, devient totalement insupportable pour les braves gens.
D’ailleurs ces princes qui nous gouvernent veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Ce n’est pas (seulement) parce que les Etats ont mal géré leurs finances et que les peuples se sont trop souvent vautrés dans l’assistanat généralisé qu’on en est arrivé là où nous en sommes.
Si l’Occident est en train de crever c’est tout simplement parce que, depuis des années, il ne produit plus rien qui vaille et qu’il continue à se goinfrer de tout ce que les autres –ceux qui sont de l’autre côté de la planète- produisent maintenant à tours de bras.
Le drame d’aujourd’hui n’est pas une affaire de financiers, il est une affaire d’économistes, de commerciaux, d’industriels. A force de ne plus rien produire et de consommer toujours davantage nous en sommes venus à nous ruiner en achetant à crédit tout et n’importe quoi à des gens qui, eux, ne consommaient rien, travaillaient comme des bêtes et s’enrichissaient au point, aujourd’hui, de pouvoir nous racheter nos derniers bijoux de famille.
On nous raconte que, si les Chinois veulent continuer à nous vendre leurs camelotes, il va bien falloir qu’ils nous prêtent de l’argent. L’argument ne tient pas. Pourquoi les Chinois nous prêteraient-ils des milliers de milliards qu’ils savent parfaitement que nous ne pourrons jamais leur rembourser ? Pour faire tourner leurs usines ? Mais ils peuvent parfaitement décider de produire désormais pour leur consommation intérieure. Pendant quelques siècles, l’Occident a produit et consommer sans se préoccuper du reste de la planète.
La Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie ont des marchés intérieurs assez grands pour se passer de nous comme clientèle. Et d’ailleurs il est évident que ces pays émergents vont vouloir maintenant faire bénéficier leurs peuples des progrès qu’ils ont réussis. Les Chinois ne se contentent déjà plus d’un bol de riz par semaine.
On peut parfaitement imaginer que le Chinois va débarquer à Cannes avec sous le bras une pancarte sur laquelle on pourra lire « La maison ne fait plus crédit ». Ils auront bonne mine, les « nôtres », avec leurs petits écriteaux : « A votre bon cœur, Grand Maître céleste de l’Empire du milieu ».
Cela dit, « les échevelés de Nice » n’ont pas, non plus, « la » solution. Ce ne sont pas eux qui vont demander qu’on se remette à travailler, qu’on rouvre nos mines de charbon et nos hauts fourneaux et qu’on trime de nouveau 50 heures par semaine dans nos filatures.
Ils veulent tout casser, faire table rase du passé, du présent et de l’avenir de malheur qu’on leur prépare. Pourquoi pas, mais après ?
Certains évoquent aujourd’hui l’ambiance qui régnait en France dans les années 1787, 88, 89. (Voir absolument le blog d’Arthur Goldhammer qui reprend celui de Jean-Clément Martin) Et il est vrai qu’il y a un certain nombre de similitudes : un monarque contesté, à bout de souffle qui ne sait plus où donner de la tête, une cour totalement discréditée, une noblesse qui s’enrichit et se goberge sans pudeur, un Tiers-Etat qui n’en peut plus, qui « n’est rien » mais qui doit payer toujours davantage d’impôts, de taxes, de gabelle, d’aides, de tailles et un peuple qui commence à avoir faim, tout simplement, et qui en a assez qu’on lui fasse miroiter de la « brioche », faute de pain.
Nos indignés-insurgés qui conspuent le système ressemblent un peu, déjà, à des « sans-culottes ». Vont-ils, après avoir renversé le souverain en mai prochain, se contenter d’un comte d’Artois, d’un comte de Provence ou même d’un Duc d’Orléans ? Ou vont-ils vraiment vouloir balancer le système agonisant ?
En France, si on met les périodes de guerre à part, on s’aperçoit que tous les vingt ou trente ans « ça finit par péter ». 1789, 1830, 1848, 1870, 1936, 1968. Ca commence à faire longtemps que le couvercle de la marmite n’a pas sauté…

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