Bien sûr, tout est toujours possible. Hollande peut encore parfaitement se faire battre par Martine Aubry dimanche prochain. Et rien –si ce n’est l’évidence- ne dit que Sarkozy sera candidat l’année prochaine. Ils peuvent d’ailleurs l’un et/ou l’autre ne pas être présents au second tour de la présidentielle. On ne sait jamais et nous sommes encore bien loin de ce combat ultime, le seul qui compte vraiment. Il n’empêche que tout le monde commence déjà à imaginer ce que sera/serait une finale Sarkozy-Hollande.
Première évidence: ce ne sera pas le plus brillant des seconds tours de présidentielles que nous ayons eu jusqu’à présent. On regrettera, évidemment, les deux face-à-face Giscard-Mitterrand, de 1974 et de 1981, et même le Mitterrand-Chirac, de 1988. C’était d’un autre niveau. Qu’on les ait aimés ou pas, on avait là, grâce à eux, des duels de ténors, des luttes à mort de grands fauves. Avec Hollande et Sarkozy ce sera un combat de coqs déplumés, peut-être même de chiffonniers.
Deuxième évidence: il est certain que ce qu’on appelle pudiquement « le contexte international » va jouer un rôle infiniment plus important que par le passé. Si, comme beaucoup l’affirment, d’ici à avril, la Grèce a fait faillite, que le Portugal, l’Espagne et l’Italie sont au bord de cette même faillite, que l’euro a explosé et que l’Europe s’est en partie désintégrée, les deux protagonistes, avec leurs rustines et leurs bouts de ficelle, seront évidemment ridicules et bien obligés, l’un et l’autre, de reconnaître qu’ils n’ont pas de solutions miracles.
Européens et plus ou moins mondialistes, l’un et l’autre, ils auront d’ailleurs « bonne mine » devant des électeurs qui pourront facilement leur reprocher, à l’un tout autant qu’à l’autre, de nous avoir embarqués dans une aventure qui nous a mis à la merci des folies des Grecs et du bon vouloir des Slovaques. L’opinion leur rappellera qu’ils nous ont, l’un et l’autre, appelés à voter « oui » au référendum sur la Constitution européenne, que le peuple « souverain » leur a dit « non » et qu’ils n’en ont tenu aucun compte.
Ce sera la première fois dans l’histoire de nos élections présidentielles que « l’étranger » aura sans doute une telle place car désormais tous nos problèmes intérieurs –en clair le chômage et les déficits- dépendent essentiellement de la conjoncture internationale.
En face du cataclysme mondial, un Sarkozy répétant : « Nous sommes sur la bonne voie et il n’y a pas d’autre politique que celle que je mène depuis des années » et un Hollande brandissant son contrat de génération, ses embauches d’enseignants et ses idées de justice sociale sembleront totalement d’une autre planète.
Les programmes de l’un et de l’autre paraissant dérisoires, tout se fera, comme toujours, « à la gueule du client » : un Sarkozy volontariste, voulant prendre le taureau par les cornes, prônant, une fois de plus, la rupture en face d’un Hollande sûr de lui, évoquant le consensus, le rassemblement et l’équité ; un Sarkozy les deux pieds dans le béton de son bilan désastreux mais jurant ses grands dieux que l’expérience l’a fait changer en face d’un Hollande trainant sa réputation de mollasson hésitant, d’apparatchik mais s’affichant en ennemi des riches et en défenseur des jeunes, des pauvres, des exclus.
Sarkozy « dézinguera » le programme irréaliste d’Hollande, Hollande « flinguera » les résultats du quinquennat. Dans leurs attaques, ils auront, l’un et l’autre, raison mais seront, l’un et l’autre, indéfendables.
Ils ont six mois, l’un et l’autre, pour nous faire croire qu’ils ne sont plus les mêmes, qu’ils ont ouvert les yeux, qu’ils ont lu les journaux et qu’ils ont appris que la France, l’Europe et notre vieille civilisation étaient condamnées. Six mois pendant lesquels une grande majorité de Français va espérer que quelque chose se produise, un miracle, et qu’un homme providentiel va apparaître soudain. Autant dire que ces présidentielles seront sans doute celles de toutes les désillusions.

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