Jean-Louis Borloo nous a annoncé, hier soir, qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle. On ne pensait pas qu’il se « dégonflerait » si tôt. Il prétendait offrir « un nouveau visage de la politique ». Il sort piteusement de la scène… avant même d’y être entré. Nous dire qu’il ne veut pas « ajouter de la confusion à la confusion » est un argument absurde. Sa candidature était-elle vraiment confuse ? Et ignore-t-il qu’une élection présidentielle est précisément l’occasion de clarifier les choses ?
Si l’annonce de son forfait a, sûrement, surpris les Français, elle ne les a, sans doute, pas désespérés. Borloo est un « zozo mal léché » (pour reprendre la fameuse formule de François Fillon) dont personne n’a jamais vraiment compris la politique. D’ailleurs, si on dresse aujourd’hui le bilan de son action, on est bien obligé de constater qu’à part à Valenciennes où il a, parait-il, fait de bonnes choses, ses grands projets plein d’ambition, annoncés à grands renforts de publicité, au ministère de la Ville, à celui de l’Emploi, à celui de la Cohésion sociale ou à celui de l’Ecologie n’ont été que des opérations médiatiques fumeuses se terminant, à tous les coups, en eau de boudin.
Les « quartiers » croupissent toujours dans la même misère malgré les milliards qu’il y a investis, le chômage n’a fait qu’augmenter, la cohésion sociale, n’en parlons pas, quant à son grand « succès » du Grenelle de l’Environnement il a –heureusement et depuis longtemps- été relégué dans le magasin des fausses bonnes idées démagogiques.
Borloo n’est pas « un bon », si ce n’est, bien sûr, aux « Guignols de l’Info ». Mais son positionnement sur l’échiquier était diablement intéressant.
Aujourd’hui, les Français se supportent plus la droite telle que l’a incarnée (et déshonorée) Sarkozy et ne font pas confiance à la gauche qu’ils trouvent médiocre et dépassée par les événements depuis que DSK n’est plus son ténor. Ils rêvent d’un homme providentiel ou du moins d’un homme recours. Et comme ils rejettent à la fois l’UMP et le PS, ils pourraient, du moins ceux qui hésitent à se lancer vers les extrêmes, regarder vers le centre, histoire de renvoyer dos-à-dos ceux qui nous gouvernent depuis tant d’années.
Il est évident qu’il y a en ce moment une place à prendre entre Sarkozy-le sortant qui perd encore des points dans les sondages et le candidat que vont nous offrir les primaires de la gauche.
On le disait depuis quelque temps, les Borloo, Bayrou, Morin et autres Villepin avaient leurs chances non seulement de faire battre Sarkozy au premier tour mais aussi, pour peu qu’ils aient réussi à former une alliance plus ou moins crédible, de faire bonne figure au second.
Borloo, effrayé par le ring, raccroche les gants. Deux questions se posent alors : Quel plat de lentilles lui a-t-on promis à l’Elysée pour qu’il ne fasse pas perdre 7 à 8 points (fatidiques) à Sarkozy en avril prochain ? A qui vont aller les voix qui se préparaient, faute de mieux, à se porter pour lui ?
On aura rapidement la réponse à la première question. Mais il faudrait que Borloo soit bien naïf pour s’imaginer que Sarkozy réélu le nomme à Matignon.
La seconde question est plus intéressante. Bayrou doit évidemment se lécher les babines depuis hier soir. Borloo risquait de lui prendre une bonne partie des 18% qu’il lorgne depuis qu’il a réussi à s’en emparer en 2007. Le pauvre Morin doit, de son coté, se mettre à rêver. Il va, peut-être, pouvoir dépasser les 1% que lui accordent généreusement les sondages. Mais le grand vainqueur du jour pourrait bien être Villepin.
Tout au cours de l’été, l’ancien premier ministre et le président des radicaux ont palabré, envisagé des alliances, se sont (un peu, déjà) réparti les rôles, convaincus qu’ils étaient qu’à eux deux ils pourraient en faire venir d’autres et présenter un front uni anti-Sarkozy en mélangeant les valeurs du radicalisme et celle du gaullisme social.
Villepin se retrouve seul face à Bayrou et même si les deux hommes ne tarissent plus d’éloges l’un envers l’autre depuis quelques semaines, le dialogue est plus difficile.
Mais une chose est sûre : Sarkozy aurait tort de s’imaginer que l’abandon de Borloo va lui rapporter quelques voix. Depuis l’élimination inespérée pour lui de Strauss-Kahn, il a perdu 4 points dans tous les sondages. Ce n’est pas celle de Borloo qui va redorer son blason.
On ne se fait d’ailleurs aucune illusion à l’Elysée où on en est réduit aujourd’hui à déclarer que… « La naissance de l’enfant de Carla pourrait peut-être provoquer un petit sursaut ».

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