Après lui avoir donné quatre enfants et sans doute beaucoup de fil à retordre, Ségolène Royal donne ses voix à François Hollande. La presse du cœur va sans doute épiloguer longtemps sur ce geste d’amour inattendu.
A travers ses larmes de dimanche dernier, au soir de sa débâcle, on avait cru comprendre que la malheureuse ne se prononcerait ni pour l’homme qui avait trahi son couple ni pour la femme qui lui avait volé le PS lors du congrès de Reims. Finalement, la femme trompée est moins rancunière que la femme flouée.
En réalité, Ségolène Royal est surtout un animal politique, c’est-à-dire une bestiole prête à tout, à tout pardonner, à tout oublier, à toutes les contorsions pour retrouver un semblant de pouvoir, un morceau de maroquin, un peu de notoriété et une voiture avec cocarde.
Elle ne s’en cache d’ailleurs pas. Elle explique son ralliement surprenant en affirmant qu’elle souhaite renforcer la victoire de François. En clair, elle courre rejoindre le camp du vainqueur, quitte à oublier toutes les différences qui l’opposaient à lui et qu’elle avait développées tout au cours de la campagne de ces primaires. Elle sera payée de retour. Dès hier soir, Hollande, au cours de son duel avec Martine Aubry, a déclaré qu’elle aurait sa place autour de la table du festin. On sait donc déjà que si Hollande devient président de la République, Jean-François Baylet, Manuel Valls et Ségolène Royal feront partie du gouvernement. Avec ce système des primaires, il vaut mieux être un rallié qu’un allié.
Le tout est, bien sûr, de savoir si les petits 7% qui se sont portés sur Ségolène dimanche dernier rallieront comme un seul homme Hollande dimanche prochain. Rien n’est moins sûr. Pour une fois, Ségolène Royal semble ne pas avoir entendu ses voix. Ceux qui ont voté pour elle sont évidemment plus proches de Martine Aubry que de François Hollande. Et ce n’est pas le débat d’hier soir qui les aura fait changer d’avis.
Ce débat a été comme prévu. Le ton est monté d’un cran. Les deux « impétrants » (Montebourg aurait mieux fait de parler de « protagonistes ») se sont moins affrontés sur leur programme respectif que sur leur personnalité. La dure contre le mou. Le gentil contre la sectaire. Des deux enfants de Mitterrand, l’une joue la force, l’autre la tranquillité.
Les « indignés » qui avaient choisi Montebourg et qui peuvent faire basculer dans un sens ou l’autre le scrutin, vont sans doute préférer la force, même si leur homme finit, lui aussi, contre toute logique par rejoindre le camp du vainqueur annoncé, appâté par l’espoir d’un maroquin. Rien n’est donc encore tout à fait joué.
Cela dit, les Français qui ont regardé ce quatrième débat des primaires de la gauche ont-ils découvert le président auquel ils aspirent, celui qui saura les réunir, leur redonner espoir, terrasser tous les maux qui nous ruinent, tracer l’avenir de la France, dessiner ses contours au milieu de l’Europe et du monde ?
Certes, ni la dure ni le mou ne manquent de talent. Mais ils manquent cruellement de vision, de souffle, d’envergure. On ne fait pas rêver un peuple en plein désarroi en annonçant qu’on va recruter des enseignants à tours de bras ou s’en prendre sans pitié aux banques.
Dimanche, l’un des deux deviendra le challenger officiel de Sarkozy. Il aura six mois –ce qui est très long- pour abattre le sortant déjà plus ou moins à terre. L’anti-sarkozisme lui sera sans doute suffisant. Mais l’anti-sarkozisme ne sera pas suffisant pour ressusciter la France à l’agonie.

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