On savait que Sarkozy avait tous les culots mais on le pensait plus malin. Furieux du succès remporté par les primaires de la gauche, le président de la République les a fustigés ce matin en affirmant qu’elles étaient contraires à l’esprit du général de Gaulle, fondateur de la Vème République.
Faut-il qu’il soit à court d’arguments pour évoquer soudain les mannes du Général, lui qui a été un farouche partisan du quinquennat, lui qui s’est « assis » sur le référendum par lequel les Français avaient très clairement exprimé leur opposition à la constitution européenne, lui qui n’a jamais osé recourir à un référendum, lui qui n’a jamais tenu le moindre compte de tous les désaveux que lui ont exprimés les Français d’élection en élection, lui qui s’est totalement et sans pudeur aligné derrière les Etats-Unis et qui a réintégré l’OTAN, etc., etc.. Sarkozy en défenseur de la pensée du Général, on aura tout vu !
Certes, de Gaulle n’appréciait pas les partis politiques et leur petite cuisine. Mais, justement, ces primaires « ouvertes » ont permis au PS de sortir des magouilles internes chères aux apparatchiks de la rue Solferino et de donner la parole au peuple (de gauche). De Gaulle aurait peut-être apprécié.
Sarkozy semble d’ailleurs avoir oublié que c’est le congrès de l’UMP qui, par un vote, l’avait désigné le 14 janvier 2007 pour être candidat à la présidentielle. C’est au cours de ce même congrès que Sarkozy avait affirmé à la France entière qu’il avait « changé » et qu’avec lui la France deviendrait « une République irréprochable ». On comprend qu’il ne se souvienne pas de cette journée. Il n’empêche qu’on voit mal la différence qu’il pourrait y avoir entre un candidat élu lors du congrès de son parti et un candidat choisi par les militants et les sympathisants de son parti. L’un et l’autre sont passés par une étape préliminaire.
Au lieu d’évoquer de Gaulle, le chef de l’Etat aurait, évidemment, mieux fait de se taire (ce n’est pas à lui de commenter les modalités adoptées par un parti d’opposition) et de se demander si ces deux millions et demi d’électeurs aux primaires ne sont pas le signe d’une exaspération contre lui qui ne fait que s’amplifier et si les 17% de Montebourg ne sont pas la preuve d’une radicalisation des électeurs de gauche.

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