Les Palestiniens sont désormais membres « à part entière » de l’UNESCO. C’est une très bonne nouvelle.
D’abord, parce qu’il serait grand temps que ces organisations internationales qui ne servent déjà pas à grand-chose ouvrent les yeux et reconnaissent les réalités les plus évidentes. Qu’on le veuille ou non, qu’on considère qu’ils aient droit à un Etat ou qu’ils doivent se contenter d’une simple « autorité », les Palestiniens existent, forment un peuple, une nation, avec sa culture, son histoire et tous ses malheurs. Ils ont donc droit à un siège à l’UNESCO, au moins autant que certains des 193 pays qui en sont déjà membres et dont, parfois, on ignore jusqu’au nom de la capitale.
Il faudra d’ailleurs qu’un jour la communauté internationale reconnaisse d’autres peuples que les aléas de l’Histoire ont aussi tenté d’effacer des cartes du monde et qui, pourtant, ont survécu. On pense aux Kurdes auxquels on avait promis un Etat (en 1919 !) et dont le territoire a été dépecé par l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie, aux Saharaouis dont les déserts ont été purement et simplement annexés par le Maroc, sans parler des Tchétchènes, des Tibétains et de quelques autres.
Mais, ensuite, cette reconnaissance de la Palestine par l’UNESCO est évidemment une bonne nouvelle pour la paix. Les Palestiniens vivent depuis plus d’un demi-siècle en exil, pour les plus heureux, dans des camps de réfugiés épouvantables pour la grande majorité. Ce n’est pas seulement une honte scandaleuse pour la communauté internationale qui l’accepte et s’en lave les mains, c’est aussi et surtout un baril de poudre.
C’est parce qu’on a voulu les ignorer, espérant sans doute qu’ils finiraient tous par crever dans leurs bidonvilles misérables, que certains d’entre eux sont devenus, avec Choukeiry puis Arafat, des terroristes. C’est parce qu’on a continué à ne pas les entendre que certains d’entre eux sont devenus, avec Habache et Hawatmey, encore plus violents. C’est parce qu’on a essayé de les duper en leur faisant croire qu’on leur donnerait un os à ronger que les habitants de Gaza ont fait un triomphe aux Islamistes fanatiques du Hamas. A chaque fois, au fil des décennies, ces exclus, ces bannis, ces maudits se sont radicalisés davantage encore.
Les torts sont évidemment partagés, mais en ne tendant pas la main à leurs vaincus, les Israéliens se retrouvent maintenant face à de redoutables extrémistes qui en reviennent à contester l’existence même d’Israël.
En les faisant entrer à l’UNESCO, c’est-à-dire en reconnaissant enfin qu’ils existent et en leur donnant une petite place dans le concert des Nations, on fait de ces Palestiniens sans terre, sans papiers, sans Etat, des citoyens, en principe, responsables et respectables au sein de la communauté internationale. Ils ne pourront plus, en principe, lancer des bombes et nier l’existence d’un pays auprès duquel ils siègeront dans la même assemblée.
107 pays dont –excusez du peu- la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, tous les pays arabes, tous les pays africains et tous les pays latino-américains, ont voté pour l’admission de la Palestine. La France aussi et elle a eu évidemment raison. La Grande-Bretagne et l’Italie se sont abstenues. Elles ont eu grand tort.
14 pays ont voté contre cette admission. Dont les Etats-Unis qui se veulent toujours les alliés indéfectibles d’Israël sans comprendre qu’Israël ne connaitra pas la paix tant qu’il n’y aura pas un accord avec les Palestiniens, le Canada habitué de plus en plus à emboiter systématiquement le pas des Américains et l’Allemagne, toujours mal à l’aise avec Israël.
Washington menace, en raison de ce vote, de ne plus participer au financement de l’UNESCO. Les Etats-Unis versaient jusqu’à présent 70 millions de $ par an à l’UNESCO soit 22% du budget de l’organisation. Si, pensant plus au poids de l’électorat juif américain qu’au nouvel équilibre de la planète et qu’aux espoirs de paix au Proche-Orient, Obama persistait dans cette attitude qui consiste à nier l’existence des Palestiniens, il est évident que les pays « émergeants », ceux du « printemps arabe » et ceux du Tiers-monde ne le lui pardonneraient pas. Il a d’ailleurs déjà annoncé que, le 11 novembre, les Etats-Unis feraient jouer leur droit de veto, cette fois à l’ONU, pour empêcher les Palestiniens d’y avoir un siège. Comme si Washington voulait toujours interdire aux Palestiniens le moindre espoir et faire ainsi le jeu des extrémistes des deux camps.
On dira que les Israéliens ont peur des Palestiniens. Ils ont, bien sûr, raison. Mais cette peur ne pourra se dissiper que le jour où les Palestiniens auront, eux aussi, un Etat et n’auront donc plus aucune raison de lancer des obus contre les kibboutzim.
Les sionistes avaient voulu « donner une terre sans peuple à un peuple sans terre ». L’idée était séduisante. Malheureusement, il y avait déjà un peuple sur cette terre. Et tant qu’il y aura « un peuple de trop » sur ce petit lopin de terre, on n’en sortira pas.
Il serait grand temps maintenant de partager cette terre, chère à trois monothéismes, entre ces deux peuples. C’est le moment où jamais. Nous sommes à un tournant de l’Histoire. L’Islamiste le plus radical triomphe un peu partout et même en Egypte, le pays de Sadate qui était allé, à Jérusalem, tendre la main à Begin et à Golda Meir. Or le sort des Palestiniens sert d’alibi à tous les extrémistes musulmans. Si on continue à bloquer tout processus de paix, demain, il sera évidemment trop tard.

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