Le Hamas a donc libéré le soldat franco-israélien Gilad Shalit qu’il détendait depuis plus de cinq ans dans une cache à Gaza. On ne peut, bien sûr, que se réjouir de la fin du calvaire de ce jeune homme. Ce qui est surprenant ce sont les commentaires qu’on a entendus toute la journée.
Tout le monde s’étonne évidemment de la disproportion de l’échange : un Israélien dont le seul tort était d’être un appelé dans l’armée de son pays contre plus d’un millier de Palestiniens dont certains ont commis des attentats meurtriers.
Le Hamas considérait Shalit comme un « prisonnier de guerre » (sans pour autant le faire bénéficier de toutes les conventions internationales qui garantissent un certain nombre de choses essentielles aux prisonniers de guerre, mais le Hamas que personne ne reconnait n’a pas signé ces conventions). Israël considérait Shalit comme un « otage ». Or, on le sait, pour les otages, c’est la loi de l’offre et de la demande. Israël a sûrement eu tort de faire, pendant cinq ans, de son otage un héros national. Les prix ont considérablement augmenté.
Mais ce sont surtout les commentaires politiques qui sont déroutants. Pour ces pseudo-spécialistes du Proche-Orient, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, en « capitulant » ainsi, pour des raisons purement électorales, devant les extrémistes du Hamas a considérablement renforcé ces extrémistes de Gaza qui souhaitent la disparition d’Israël et donc, du même coup, affaibli Mahmoud Abbas, le patron modéré de l’Autorité palestinienne qui règne sur la Cis-Jordanie depuis Ramallah et qui vient, en plus, de subir un échec cuisant en ne réussissant pas à faire admettre la Palestine à l’ONU.
Il est évident que le Hamas en obtenant la libération de plus d’un millier de prisonniers palestiniens triomphe et va voir son prestige encore renforcé aussi bien à Gaza qu’en Cis-Jordanie. Nétanyahou le savait parfaitement.
Mais le Premier ministre israélien connaît l’histoire de sa région. Il sait qu’au Proche-Orient, comme d’ailleurs tout autour de la planète, seuls, les plus bellicistes, les plus durs, les plus extrémistes font avancer la paix. Les pacifistes, les modérés, les raisonnables ne peuvent jamais rien faire car, s’ils font le moindre pas vers l’ennemi, ils sont immédiatement accusés de trahison par leurs opposants. Yasser Arafat et Yitzhak Rabin n’ont jamais pu faire avancer les négociations, leurs durs, d’un côté comme de l’autre, leur ayant toujours interdit la plus modeste des concessions.
Il ne faut jamais oublier que les deux seuls responsables politiques à avoir pu débloquer la situation et à avoir fait faire à la paix un pas gigantesque, en s’embrassant à Jérusalem un jour de 1978, étaient deux anciens terroristes fanatiques, Anouar el Sadate, ancien frère musulman, et Menahem Begin, ancien commandant en chef de l’Irgoun, que personne, en raison de leur passé et des politiques qu’ils menaient, ne pouvait accuser de trahison.
Nétanyahou est un dur. Il a compris depuis longtemps qu’il ne pouvait pas compter sur Abbas le modéré et qu’il ne pourrait avancer vers une solution qu’en ayant en face de lui des durs. Les gens du Hamas peuvent faire l’affaire. Il a tout intérêt à les valoriser.  Avec cet échange étonnant, il vient de les reconnaître ipso facto. Il ne lui reste plus qu’à en faire des interlocuteurs.
Les pacifistes n’ont jamais fait la paix, nulle part. On ne peut d’ailleurs faire la paix qu’avec ceux contre lesquels on fait la guerre. C’est une évidence biblique.

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