La police a-t-elle fait une enquête sur Valérie Trierweller, la compagne de François Hollande ? L’Express de Christophe Barbier (qui ne milite pourtant pas dans l’anti-sarkozisme le plus véhément) l’affirme. Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, le dément farouchement, annonçant même qu’il va poursuivre l’Express en justice.
Naturellement, les Français vont donner raison à l’Express. Ils ne croient jamais sur parole un ministre de l’Intérieur et il faut bien dire que Guéant n’a rien qui puisse inspirer le plus totale des confiances. Les Français vont se dire qu’il ne s’agit là que d’un (petit) scandale… de plus. Insignifiant d’ailleurs à coté de l’argent liquide que Mme Bettencourt aurait remis à Nicolas Sarkozy, des mallettes africaines bourrées de billets de banque qui seraient arrivées à l’Elysée ou de l’affaire de Karachi, plus dramatique encore puisqu’elle a provoqué la mort de onze de nos compatriotes.
Mais cette « affaire Trierweller » qui va pourrir encore davantage l’ambiance pendant quelques jours serait –si elle était confirmée- scandaleuse, classique et dérisoire.
Il serait scandaleux que les plus hautes autorités de l’Etat donnent ordre à des policiers d’enquêter sur des proches de personnalités politiques, fussent-elles des adversaires. On nous avait juré que les Renseignements généraux avec leurs fameuses « notes blanches » étaient supprimés, que les écoutes téléphoniques étaient désormais interdites, que le « fichage » n’existait plus et que la vie privée de tous les citoyens serait respectée. Notre République devenait « irréprochable ».
Cela dit, ne soyons pas trop dupes. Le « flicage » et donc le « fichage » du personnel politique est un grand classique dans notre pays qui, à cet égard, n’a rien à envier au FBI ou même à l’ancien KGB. Avant de pousser des cris d’orfraie, le PS devrait se souvenir de la célèbre affaire des « écoutes téléphoniques » et de l’obsession malsaine de François Mitterrand qui avait créé une cellule spéciale à l’Elysée pour mieux apprendre les vices plus ou moins cachés de la faune parisienne.
D’ailleurs, peut-on vraiment reprocher à des responsables de l’Etat d’essayer de savoir si telle ou telle personnalités ne serait pas compromise dans des affaires nuisibles au pays. On se souvient que c’est ce genre d’enquêtes qui avait permis de découvrir que Charles Hernu était un agent rétribué des pays de l’Est. Ce qui n’avait d’ailleurs pas empêché Mitterrand d’en faire son ministre de la Défense.
Mais peut-on imaginer une seule seconde que Valérie Trierweller qui pourrait, peut-être, devenir « la première compagne de France » travaille pour une puissance ennemie de la France ? Non. L’enquête, si enquête il y a eu, visait donc à savoir d’où venait la jeune femme, quel était son parcours, ses fréquentations et éventuellement ses points faibles qu’on aurait pu distiller avec complaisance à une presse tout aussi complaisante.
Or, en cliquant sur Google n’importe qui peut apprendre que Valérie Massonneau est née le 16 février à Angers, qu’elle a passé un DESS de sciences politiques à la Sorbonne, qu’elle est divorcée de Denis Trierweller, brillant universitaire germaniste qui lui a fait trois enfants, qu’elle a été journaliste, d’abord, à Profession politique, puis, à Paris Match avant de devenir une vedette de Direct 8 et qu’elle a officialisé sa liaison, sa « relation » dit Google, avec François Hollande en octobre 2010. Avec un peu d’imagination, on peut aussi penser qu’il lui arrive de fréquenter certaines personnalités de gauche. Elle n’est, somme toute, qu’une des innombrables journalistes de télévision vivant avec un de nos hommes politiques puisque, de DSK à Kouchner, en passant par Borloo et Montebourg, nos politiciens semblent désormais apprécier particulièrement les vedettes du petit écran. Aucune d’entre elles ne paraît être un danger pour la France.
Scandaleuse et classique cette enquête serait, en plus, dérisoire. On sait qu’une tradition veut que tout nouveau ministre de l’Intérieur entrant en fonction trouve sur son bureau de la place Beauvau le dossier des RG le concernant. Chirac a ainsi découvert, en 1974, que les RG l’avaient fiché comme… « agent du KGB » et Pasqua a appris, en 1993, que ces mêmes RG le disaient « homosexuel ». C’est dire la crédibilité qu’on peut apporter à ce genre d’enquête.
Mais cette historie tombe particulièrement mal. Vraie ou fausse, elle donne une image détestable d’un régime finissant et ayant recours aux basses besognes des basses polices pour tenter de refaire surface en noyant ses adversaires sous la calomnie.
On attend avec impatience le procès contre l’Express que nous promet bien imprudemment Guéant.

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