Finalement, mis à part Jean-François Copé et Xavier Bertrand –mais sont-ils vraiment des « phares de la pensée » dans notre océan politique ? Rien n’est moins sûr- tout le monde est d’accord pour reconnaitre que ces primaires de la gauche ont été, jusqu’à présent du moins, un vrai succès.
Elles ont passionné, au-delà de ce qui était prévisible, l’opinion ; elles ont mobilisé une bonne part de l’électorat de gauche ; chacun des compétiteurs a pu s’exprimer ; et ils ne se sont même pas étripés.
Ajoutons que ces primaires ont aussi permis à des « petits jeunes », Montebourg et Valls, de se faire mieux connaître et même à l’un des deux, Montebourg, d’entrer, si ce n’est avec fracas du moins avec 17% des suffrages, dans « la cour des grands ». Les primaires sont sûrement le meilleur des moyens pour rajeunir notre personnel politique qui en a bien besoin.
Le principe des primaires, vieille idée lancée jadis par Pasqua et qu’on nous ressassait depuis des années, va donc, évidemment, être adopté par toutes les grandes formations politiques, de droite comme de gauche.
Fillon l’évoque déjà pour la désignation du candidat UMP aux prochaines municipales de Paris. On sait qu’il est plus ou moins candidat à la succession de Bertrand Delanoë et qu’il a compris que tous les apparatchiks UMP de la capitale étaient bien décidés à tout faire pour lui barrer la route. Avec des primaires, il peut espérer être légitimé.
Les primaires semblent donc une bonne idée puisqu’elles permettent au « peuple », de gauche ou de droite, de désigner son candidat préféré au-dessus de toutes les magouilles internes aux partis. Mais la question est de savoir si elles ne seraient pas une… fausse bonne idée.
L’expérience que tente actuellement le PS est particulièrement révélatrice et… inquiétante.
D’accord, ils ne se sont pas étripés. Mais qu’a-t-on vu au-delà des sourires de façade et des embrassades hypocrites ? Un François Hollande raisonnable et modéré, jouant, mine de rien, la social-démocratie, une Martine Aubry pure et dure, fidèle au programme (totalement dépassé par les événements) du PS, un Valls, réaliste et provocateur, reprenant à son compte la plupart des thèmes de l’UMP, un Montebourg, arrogant et, lui aussi, provocateur, faisant avec sa dé-mondialisation et son protectionnisme, le grand écart entre Mélenchon et… Marine Le Pen.
Oublions, par charité, Ségolène Royal et Baylet qui visiblement s’étaient trompés de spectacle.
Certes, le quatuor de ce curieux jeu télévisé, Hollande, Aubry, Montebourg et Valls, n’a pas voulu, devant quelques millions de téléspectateurs, laver son linge sale en famille. Mais il a tout de même étalé au grand jour et avec délectation, toutes les contradictions, toutes les oppositions, toutes les querelles qui divisent le PS depuis la nuit des temps.
Maintenant il va falloir aux mêmes électeurs choisir un candidat unique puis se mettre tous en ligne derrière lui et ce candidat unique va devoir présenter un programme cohérent aux Français pour la compétition finale.
Ca n’a pas été la foire d’empoigne mais ça va être la foire à la brocante, l’auberge espagnole, la caverne l’Ali Baba. Que ce soit Hollande ou Martine Aubry qui l’emporte dimanche prochain, le vainqueur de ce second tour n’aura triomphé que grâce à des arrangements, des compromis, voire des compromissions avec certains de ceux contre lesquels il a plus ou moins guerroyé pendant toute la campagne des primaires.
Quelle couleuvre Hollande avale-t-il en ce moment pour récupérer les voix de Valls ? Quel cadeau Martine Aubry fait-elle miroiter, depuis hier, à Montebourg pour avoir ses 17% qui lui sont indispensables ?
Certes, les deuxièmes tours de toutes les élections sont toujours l’occasion obligée de tous les marchandages, de toutes les promesses, de toutes les trahisons. Mais ça ne se faisait jamais, jusqu’à présent, entre candidats d’un même parti, d’une même famille.
Imaginons, ce qui n’a rien d’invraisemblable, qu’Hollande ait promis à Valls le ministère de l’Intérieur et à Baylet celui de la Justice. Et que Martine Aubry ait juré à Montebourg qu’elle lui donnerait le ministère de la Justice et à Ségolène Royale celui des Affaire sociales. Comment, après avoir affiché toutes leurs contradictions pendant les primaires, Hollande, président, pourrait-il gouverner avec Valls-le-réac et Baylet-le-rad-soc ? Comment Martine Aubry, présidente, pourrait-elle régner avec Montebourg-le-révolutionnaire et Ségolène Royale-la folle-dingue ?
On s’aperçoit aujourd’hui que les primaires qui devaient permettre au PS de présenter le meilleur des siens à la présidentielle lui ont surtout permis d’offrir à l’opinion le spectacle d’un parti morcelé et incohérent.
La même chose se serait d’ailleurs produite à l’UMP si le parti présidentiel avait organisé des primaires. On aurait vu la droite populaire, la droite modérée et les centristes de service s’affronter, avec sans doute plus de violence encore.
Heureusement pour la gauche, la présidentielle de 2012 ne se jouera ni sur la mondialisation ou la dé-mondialisation, ni sur la rigueur ou la croissance, ni même sur le contrat de génération mais uniquement sur le rejet de Sarkozy. C’est le seul point sur lequel ils sont tous d’accord.
Mais avant de s’emballer sur cette idée des primaires, les responsables des grands partis politiques devraient se demander s’il est cohérent de demander à des candidats de mener un premier combat (fratricide) devant des sympathisants avant d’avoir à affronter le combat décisif contre le véritable adversaire. Ce sont-là deux compétitions qui n’ont rien à voir et qui sont même contradictoires puisque, dans la première, pour l’emporter, il faut en rajouter dans un sens et que, pour gagner la seconde, il faut, au contraire, ne plus apparaitre comme le héros de son propre camp. Hollande s’est trompé de compétition. Il a joué les présidentielles avant de jouer les primaires. Cela risque de lui coûter cher. Montebourg, lui, a joué les primaires, il savait qu’il n’avait aucune chance pour les présidentielles. Ca lui a plutôt réussi.
Les primaires ont leur revers.

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