Si tant est que certains pouvaient encore en douter, tous les Français ont compris ce soir que Nicolas Sarkozy était bel et bien candidat à sa propre réélection. Il l’est d’ailleurs, en fait, depuis le soir de son élection en mai 2007. Son quinquennat n’aura été qu’une longue campagne électorale au cours de laquelle, zigzagant et se contredisant, il aura tenté de séduire tantôt la gauche avec sa fausse « ouverture », tantôt les écologistes avec un Grenelle de l’Environnement bien vite oublié et un Borloo auquel il avait même fait miroiter Matignon, et tantôt l’extrême-droite avec un discours à Grenoble et une politique répressive affichée.
Ce soir, même s’il a refusé de répondre à la question de sa candidature, c’était très clair. Il nous a déclaré qu’il entendait mener une politique de redressement du pays sur plusieurs années. D’ailleurs, ce n’est pas d’ici au 22 avril prochain (date du premier tour de la présidentielle) qu’il pourrait rétablir l’équilibre budgétaire, modifier notre fiscalité ou imposer une gouvernance économique à l’Europe. Il veut donc un second mandat.
On ne peut, naturellement, pas reprocher à un président sortant de vouloir se représenter. De Gaulle, Giscard, Mitterrand et Chirac se sont tous représentés. Et il est parfaitement normal qu’un président qui a raté son mandat et qui –il faut le reconnaître- n’a pas eu de chance puisqu’il a été accablé par toute une série de crises internationales tente de se racheter au cours d’un deuxième quinquennat avec l’espoir de laisser à l’Histoire une image un peu moins déplorable.
Ce qui était plus surprenant, ce soir, c’était de voir que cet animal de campagne qui, la dernière fois, avait su mener tambour battant sa conquête du pouvoir avait perdu la main.
Que retiendront les Français de cette prestation ?
Certes qu’il nous a raconté qu’il avait sauvé la France, l’euro, l’Europe et l’économie mondiale. Mais il a surtout été obligé de nous avouer à demi-mots 1) qu’il s’était aligné comme un petit garçon derrière Angela Merkel après être passé sous ses fourches caudines, 2) qu’il était allé faire la manche devant le président chinois pour que Pékin devienne le banquier-sauveur de la vieille Europe, 3) que la croissance de la France ne serait pas, comme annoncée, de 1,75%, ni même de 1,50%, ni même de 1,25% mais, au mieux, de 1% et donc 4) qu’il allait falloir revoir à la baisse le budget de 2007 qui vient d’être présenté et surtout qu’il allait falloir un nouveau plan de rigueur encore plus draconien que celui que Fillon nous a présenté il y a quelques semaines. Comme discours électoral on a déjà vu mieux.
Bien sûr, et c’est de bonne guerre, il s’en est pris à ses adversaires. Avec une délicieuse hypocrisie, il nous a répété qu’il ne voulait attaquer personne et qu’il respectait tout le monde. Il n’est pas du genre à vouloir accrocher ses concurrents à un croc de boucher. Il a, tout au plus, ironisé sur les 60.000 enseignants que François Hollande voudrait embaucher. Sur ce point, il a eu tout à fait raison.
Ou il a sans doute eu tort c’est quand il a voulu nous expliquer que tous nos malheurs d’aujourd’hui venaient de la politique menée par François Mitterrand en 1981 (les nationalisations et l’abaissement à 60 ans de l’âge de la retraite) et de la politique menée par Lionel Jospin en 2000 (les 35 heures).
Les nationalisations, l’abaissement de l’âge de la retraite et les 35 heures ont évidemment été des erreurs considérables. Mais c’était il y a trente ans et onze ans. Depuis 1981, la droite a été au pouvoir à trois reprises et pendant quinze ans (86-88, 93-97, 2002-2011) Sarkozy lui-même étant bien souvent au coeur de ce pouvoir.
S’en prendre aujourd’hui à Mitterrand pour expliquer nos 4,5 millions de chômeurs, notre dette, notre désindustrialisation, le déficit abyssal de la balance de notre commerce extérieur, notre manque de compétitivité, l’inexistence de notre recherche et notre absence d’innovation est évidemment dérisoire, après dix années ininterrompues de pouvoir de la droite dont plus de quatre ans de sarkozisme.
Ce soir, on comprenait à quel point la campagne allait être difficile pour Sarkozy. Son bilan est désastreux (chômage, déficits, insécurité, immigration, Ecole en crise, système de protection sociale en faillite, etc.), les scandales en tous genres s’abattent sur lui (Karachi, Bettancourt, etc.), personne ne croit une seule seconde qu’il ait sauvé l’Europe (devenue hier totalement allemande) et son (petit) succès libyen risque de tourner au cauchemar avec le triomphe des Islamistes.
Certes, il pourra toujours tenter de s’en prendre au programme de François Hollande que celui-ci, vu les circonstances, va être obligé de réviser en totalité. Mais il ne pourra pas évoquer, comme il a tenté de le faire ce soir, la politique de la gauche. Il y a prescription. Elle n’est plus au pouvoir depuis 2002, une éternité.
Avec 66% des Français qui ne veulent plus de lui, il ne lui reste que six mois pour remonter la pente. Même si tout le monde sait que les sondages se sont toujours trompés à six mois des élections, on se demandait, ce soir, quel lapin, quelle promesse, quelle baliverne il pourrait bien nous sortir de son chapeau pour avoir une chance de prolonger son séjour rue du Faubourg Saint Honoré.
Nous faire le coup de « la rupture » ? Ce serait une bonne idée. C’est ce qu’une majorité de Français semble souhaiter. Hélas pour lui, il est le seul à ne pas pouvoir nous jouer ce numéro.

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