Plusieurs centaines de « fondamentalistes catholiques » se sont réunies, ce soir, devant la statue de Jeanne d’Arc, rue de Rivoli, là même où le Front National a l’habitude de se retrouver tous les 1er mai. Ils protestaient bruyamment contre ce qu’ils appellent « la Christianophobie ambiante » et plus particulièrement contre une pièce, « Sur le concept du visage du fils de Dieu », de l’écrivain italien Roméo Castellucci, qui se joue actuellement au Théâtre de la Ville et que certains de leurs copains perturbent chaque soir depuis huit jours.
Ces adeptes de Mgr Lefebvre réclamaient que cette pièce (qui a déjà été jouée à travers toute l’Europe sans le moindre incident) soit interdite, certaines scènes de la pièce étant, à leurs yeux, particulièrement offensantes pour le Christ.
Que ces ultras s’indignent d’un spectacle qui choque leurs croyances est leur droit le plus strict. Qu’ils fassent remarquer qu’il y a aujourd’hui, dans notre pays, « laïc » et qui n’est plus depuis longtemps « la fille aînée de l’Eglise », une certaine « christianophobie » n’est pas totalement absurde.
Ce qui est scandaleux, bien sûr, est qu’ils veuillent faire interdire la pièce. Nous sommes, en principe, dans un pays de liberté où chacun peut penser, dire, écrire et même applaudir ce qu’il veut et personne n’est obligé d’aller voir un spectacle qui lui déplait.
Cela dit, ces incidents un peu dérisoires rappellent tout de même que, dans ce même pays « de toutes les libertés », on a poursuivi en justice, il n’y a pas longtemps, des journalistes qui avaient osé publier des caricatures du Prophète Mahomet.
Certes, ces journalistes ont fini par être relaxés –et heureusement- mais, au cours de leur procès, un certain nombre de nos « bons esprits » étaient montés sur leurs grands chevaux pour affirmer haut et fort que la liberté d’expression avait ses limites, qu’on ne pouvait pas offenser une religion, qu’il fallait respecter les croyances de chacun et que l’Islamophobie devait être sanctionnée sans pitié.
Aujourd’hui, tout le monde condamne, à juste titre, ces fondamentalistes catholiques qui s’insurgent parce que, sur une scène parisienne, les acteurs jettent des excréments sur le visage du Christ. Il est bien dommage qu’on n’ait pas condamné avec la même énergie ces autres fondamentalistes qui hurlaient et menaçaient du pire parce que deux journaux avaient publié des caricatures du Prophète.
Si on ne peut que condamner l’attitude de ces nostalgiques de l’Inquisition et de la messe en latin, on ne peut que leur donner raison quand ils affirment qu’aujourd’hui en France… il est plus facile de cracher à la gueule du Christ qu’à la gueule du Prophète.
Quand donc le pays de Voltaire retrouvera-t-il un peu de bon sens ? La christianophobie ne vaut pas mieux que l’islamophobie mais ce sont surtout les extrémistes, les fondamentalistes, d’un côté comme de l’autre, qui sont dangereux. Ne serait-ce que pour nos libertés.

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