Hier soir, lors de l’émission « On n’est pas couché », Audrey Pulvar qui tente vainement de remplacer Eric Zemmour (ou plutôt Eric Naulleau) s’en est prise au pauvre Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, en ironisant sur les divergences qui règnent au sein du parti présidentiel.
Sur le fond, elle a parfaitement raison. « La droite populaire » (pour ne pas dire « populiste ») s’éloigne chaque jour davantage de « la droite humaniste », sans parler des centristes de toutes les couleurs qui siègent à l’UMP. Les sarkozistes, de plus en plus inquiets des sondages (Sarkozy a encore perdu un point dans le sondage du JDD d’aujourd’hui, à 69% d’opinions défavorables) hésitent visiblement. Leur faut-il jouer à fond la droite en tentant de récupérer les voix de l’extrême-droite, comme cela avait si bien réussi à Sarkozy en 2007, ou leur faut-il au contraire se souvenir de ce que disait Pompidou : « La présidentielle se gagne au centre » ?
Cela dit, tous les partis politiques ont toujours eu leur aile droite et leur aile gauche avec l’espoir de ratisser plus large. Même du temps du Général, il y avait des gaullistes « de droite » et des gaullistes « de gauche » et le PS de Mitterrand et de Rocard présentait lui aussi en son sein plus que des nuances.
Mais ce qui était stupéfiant, hier soir, c’était que ce soit la compagne officielle d’Arnaud Montebourg qui « flingue » l’UMP sur ce thème, elle qui s’était affichée sans pudeur auprès de « son homme » le soir de son « triomphe » à l’issue du premier tour des primaires de la gauche. Plus stupéfiant encore le fait que personne sur le plateau, ni Jacob, ni Ruquier, ni aucun des autres invités n’ose lui faire remarquer qu’elle était plus mal placée que quiconque pour évoquer ce sujet des divergences au sein d’une famille politique puisqu’elle était la compagne de celui qui avait incarné la pire des divisions au cœur du PS.
Tout au cours de cette campagne de primaires, Montebourg et Valls ont prouvé à la France entière qu’au sein du PS il y avait des fractures fondamentales pour ne pas dire des haines absolues entre les partisans de la révolution et de la dé-mondialisation et ceux du réalisme le plus assumé. C’était d’ailleurs en cela que ces primaires avaient été intéressantes… et inquiétantes pour l’avenir.
Aujourd’hui, bien sûr, tout le monde s’embrasse rue Solferino et l’appât des maroquins a déjà converti chacun à la sauce hollandaise. Mais en cas de victoire (annoncée) de François Hollande, on peut imaginer aisément qu’autour de la table du Conseil des ministres, les échanges seront pour le moins un peu vifs entre le Président « mollasson », un Premier ministre « dur » qui pourrait bien être Martine Aubry, son ministre de la Justice « démondialisateur », Montebourg par exemple, et son ministre de l’Intérieur « réaliste » qui pourrait s’appeler Manuel Valls.
Les élections présidentielles n’auront lieu que dans six mois. Une éternité ! Pendant ces six mois, Sarkozy va osciller entre ses « populaires » et ses « humanistes ». Mais Hollande qui va, sans doute, s’essouffler aura à gérer, lui aussi, ses deux ailes.
Certes, au PS, les fumets de la victoire espérée et prévisible calmeront vraisemblablement les velléités des uns et des autres de jouer « perso » alors qu’à l’UMP les angoisses des uns et des autres les pousseront, dans un sauve-qui-peut général, à jouer le chacun-pour-soi pour mieux préparer l’avenir, c’est-à-dire déjà pour certains le revanche de 2017.
Il n’empêche qu’avant la bataille, les deux camps sont tout aussi divisés l’un que l’autre.
Ce qui est sûr, en tous les cas, c’est qu’il est parfaitement scandaleux que la compagne d’un des ténors de la campagne puisse encore, sur une chaîne publique, jouer les journalistes politiques et distiller tous les samedis soir les arguments généralement hargneux de son type.
Mais Rémy Pflimlin, pourtant nommé par Sarkozy lui-même à la tête de notre audiovisuel public et qui n’a pas hésité à virer un bon nombre de commentateurs qui déplaisaient au Palais a sans doute déjà retourné sa veste et prépare benoitement son avenir.
Non seulement bien des rats ont déjà quitté le rafiot en perdition mais un certain nombre d’entre eux ont déjà embarqué à bord d’une embarcation plus prometteuse.

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