Archives par moisoctobre 2011



Les Palestiniens à l’UNESCO

Les Palestiniens sont désormais membres « à part entière » de l’UNESCO. C’est une très bonne nouvelle.
D’abord, parce qu’il serait grand temps que ces organisations internationales qui ne servent déjà pas à grand-chose ouvrent les yeux et reconnaissent les réalités les plus évidentes. Qu’on le veuille ou non, qu’on considère qu’ils aient droit à un Etat ou qu’ils doivent se contenter d’une simple « autorité », les Palestiniens existent, forment un peuple, une nation, avec sa culture, son histoire et tous ses malheurs. Ils ont donc droit à un siège à l’UNESCO, au moins autant que certains des 193 pays qui en sont déjà membres et dont, parfois, on ignore jusqu’au nom de la capitale.
Il faudra d’ailleurs qu’un jour la communauté internationale reconnaisse d’autres peuples que les aléas de l’Histoire ont aussi tenté d’effacer des cartes du monde et qui, pourtant, ont survécu. On pense aux Kurdes auxquels on avait promis un Etat (en 1919 !) et dont le territoire a été dépecé par l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie, aux Saharaouis dont les déserts ont été purement et simplement annexés par le Maroc, sans parler des Tchétchènes, des Tibétains et de quelques autres.
Mais, ensuite, cette reconnaissance de la Palestine par l’UNESCO est évidemment une bonne nouvelle pour la paix. Les Palestiniens vivent depuis plus d’un demi-siècle en exil, pour les plus heureux, dans des camps de réfugiés épouvantables pour la grande majorité. Ce n’est pas seulement une honte scandaleuse pour la communauté internationale qui l’accepte et s’en lave les mains, c’est aussi et surtout un baril de poudre.
C’est parce qu’on a voulu les ignorer, espérant sans doute qu’ils finiraient tous par crever dans leurs bidonvilles misérables, que certains d’entre eux sont devenus, avec Choukeiry puis Arafat, des terroristes. C’est parce qu’on a continué à ne pas les entendre que certains d’entre eux sont devenus, avec Habache et Hawatmey, encore plus violents. C’est parce qu’on a essayé de les duper en leur faisant croire qu’on leur donnerait un os à ronger que les habitants de Gaza ont fait un triomphe aux Islamistes fanatiques du Hamas. A chaque fois, au fil des décennies, ces exclus, ces bannis, ces maudits se sont radicalisés davantage encore.
Les torts sont évidemment partagés, mais en ne tendant pas la main à leurs vaincus, les Israéliens se retrouvent maintenant face à de redoutables extrémistes qui en reviennent à contester l’existence même d’Israël.
En les faisant entrer à l’UNESCO, c’est-à-dire en reconnaissant enfin qu’ils existent et en leur donnant une petite place dans le concert des Nations, on fait de ces Palestiniens sans terre, sans papiers, sans Etat, des citoyens, en principe, responsables et respectables au sein de la communauté internationale. Ils ne pourront plus, en principe, lancer des bombes et nier l’existence d’un pays auprès duquel ils siègeront dans la même assemblée.
107 pays dont –excusez du peu- la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, tous les pays arabes, tous les pays africains et tous les pays latino-américains, ont voté pour l’admission de la Palestine. La France aussi et elle a eu évidemment raison. La Grande-Bretagne et l’Italie se sont abstenues. Elles ont eu grand tort.
14 pays ont voté contre cette admission. Dont les Etats-Unis qui se veulent toujours les alliés indéfectibles d’Israël sans comprendre qu’Israël ne connaitra pas la paix tant qu’il n’y aura pas un accord avec les Palestiniens, le Canada habitué de plus en plus à emboiter systématiquement le pas des Américains et l’Allemagne, toujours mal à l’aise avec Israël.
Washington menace, en raison de ce vote, de ne plus participer au financement de l’UNESCO. Les Etats-Unis versaient jusqu’à présent 70 millions de $ par an à l’UNESCO soit 22% du budget de l’organisation. Si, pensant plus au poids de l’électorat juif américain qu’au nouvel équilibre de la planète et qu’aux espoirs de paix au Proche-Orient, Obama persistait dans cette attitude qui consiste à nier l’existence des Palestiniens, il est évident que les pays « émergeants », ceux du « printemps arabe » et ceux du Tiers-monde ne le lui pardonneraient pas. Il a d’ailleurs déjà annoncé que, le 11 novembre, les Etats-Unis feraient jouer leur droit de veto, cette fois à l’ONU, pour empêcher les Palestiniens d’y avoir un siège. Comme si Washington voulait toujours interdire aux Palestiniens le moindre espoir et faire ainsi le jeu des extrémistes des deux camps.
On dira que les Israéliens ont peur des Palestiniens. Ils ont, bien sûr, raison. Mais cette peur ne pourra se dissiper que le jour où les Palestiniens auront, eux aussi, un Etat et n’auront donc plus aucune raison de lancer des obus contre les kibboutzim.
Les sionistes avaient voulu « donner une terre sans peuple à un peuple sans terre ». L’idée était séduisante. Malheureusement, il y avait déjà un peuple sur cette terre. Et tant qu’il y aura « un peuple de trop » sur ce petit lopin de terre, on n’en sortira pas.
Il serait grand temps maintenant de partager cette terre, chère à trois monothéismes, entre ces deux peuples. C’est le moment où jamais. Nous sommes à un tournant de l’Histoire. L’Islamiste le plus radical triomphe un peu partout et même en Egypte, le pays de Sadate qui était allé, à Jérusalem, tendre la main à Begin et à Golda Meir. Or le sort des Palestiniens sert d’alibi à tous les extrémistes musulmans. Si on continue à bloquer tout processus de paix, demain, il sera évidemment trop tard.

31 Oct 2011 | Comments (4)

Le G20 de Cannes, le festival de la catastrophe

Cannes va nous offrir un festival inédit, celui du G20. Mis à part Sarkozy qui va le présider, les Français semblent n’y attacher aucune importance. Ils ont tort. Ce grand spectacle marquera, en fait, la fin d’un monde et le vrai début de notre 3ème millénaire. Ce sera, pour nous, le festival de la catastrophe. Les stars qui vont monter les marches seront à peu près les mêmes que d’habitude mais les rôles auront totalement changé.
Jusqu’à présent les scénarios présentés lors des réunions de ce club étaient à l’eau de rose. Les « Grands », les « puissants » de notre vaste monde se congratulaient, faisaient mine de palabrer, énonçaient un grand nombre de lieux communs, puis, ravis du tas d’or sur lequel ils étaient assis confortablement, se faisaient prendre en photo, sagement alignés comme les élèves d’une petite classe.
Que deux ou trois milliards d’êtres humains de la planète crèvent de faim et n’aient pas accès à l’eau courante, que les pôles se mettent à fondre, que les déserts avancent sur certains continents, que des maladies qu’on croyait éradiquées à tout jamais réapparaissent, les laissait parfaitement indifférents. Ils parlaient business, cours des changes, prix des matières premières. Les plus anciens, protecteurs et un brin narquois, donnaient des conseils aux nouveaux venus, les « nouveaux riches », qu’ils avaient bien voulu accueillir parmi eux.
Et brusquement on s’aperçoit que tout a changé. Les grands aînés, à force de se la couler douce et de jouer au casino, ont fait faillite. Ils sont totalement ruinés, smokings élimés et chaussures vernies trouées. Des clochards. Et les autres, les « petits jeunes » qui, hier encore, entraient en scène sur la pointe des pieds pour s’asseoir autour de la table, se mettent à parler fort et à rire à gorge déployée, en bousculant le protocole si bien établi.
On ne va plus se congratuler entre amis du même monde. On ne sera plus « entre riches ». Il y aura, d’un côté, les fondateurs du club, « les nouveaux pauvres » et, de l’autre côté, ceux qu’on avait bien voulu coopter par gentillesse et qui sont devenus les véritables patrons, les seuls, triomphants, arrogants, sans pitié, maîtres du monde.
Les premiers ne donneront plus des conseils aux autres, n’exigeront plus qu’ils se calment, qu’ils arrêtent de leur envoyer leur camelote à bas prix, qu’ils réévaluent leurs devises, qu’ils baissent le prix de leurs barils. Ils feront la quête et pitié, tendant en tremblotant leur sébile. Les autres souriront, se souvenant qu’il n’y a pas si longtemps encore on les considérait avec commisération comme des « sous-développés », au mieux des « émergeants ».
On imagine déjà le Chinois qui n’a plus sa natte dans le dos regardant l’Américain qui ne pourra plus jouer au cow-boy, l’Indien qui n’a plus rien d’un fakir famélique dévisageant le Français à la baguette de pain rassie, le Brésilien qui ne danse plus la samba face à l’Anglais qui a perdu son chapeau-melon.
On entend déjà le chœur des nouveaux pauvres entonnant sa supplique : « Soyez sympas, les gars, nous avons une mauvaise passe. Le sort s’est acharné contre nous. Mais nous allons nous refaire. Vous n’auriez pas cent balles ? Vous n’allez tout de même pas nous laisser crever comme çà ?»
Parfois, ceux qui ont gagné le banco, sortant du casino, jettent une piécette aux ivrognes affalés sur le trottoir et qui, eux, ont tout perdu. Mais pas toujours. La fourmi prend souvent plaisir à dire à la cigale : « Vous avez chanté tout l’été, eh bien, maintenant dansez ! ».
Là, les choses vont être un peu différentes. Pour une fois, les riches ont besoin des pauvres. Pour pouvoir continuer à s’enrichir. Tous les commerçants le savent, il faut parfois faire crédit à ses clients pour qu’ils continuent à acheter. Sinon, il n’y a plus qu’à fermer boutique. Mais ils savent aussi qu’à force de faire crédit, on fait faillite. Alors ils prennent des garanties, des hypothèques, voire ils envoient les huissiers saisir l’argenterie et ce qui reste de meubles.
Sarkozy s’imaginait qu’en présidant ce G20 cannois il apparaitrait aux yeux des électeurs de la prochaine présidentielle comme le maître du monde et de l’univers. Au premier rang d’une Europe en débandade et en haillons, avec un pays qui a 1.700 milliards de dettes, 4 millions de chômeurs et une croissance à moins de 1%, il va faire figure devant le Chinois, l’Indien, le Brésilien, le Russe, le Sud-Africain d’un mendigot qui fait la manche, au cours de ce sommet qui symbolisera ce que les historiens appelleront sans doute un jour la fin programmée, après quelques siècles de triomphe, de la suprématie de l’Occident.
Sarkozy n’y est, bien sûr, pas pour grand-chose mais ce n’est pas lui qui remportera la Palme d’or.

31 Oct 2011 | Comments (7)

Christianophobie et islamophobie

Plusieurs centaines de « fondamentalistes catholiques » se sont réunies, ce soir, devant la statue de Jeanne d’Arc, rue de Rivoli, là même où le Front National a l’habitude de se retrouver tous les 1er mai. Ils protestaient bruyamment contre ce qu’ils appellent « la Christianophobie ambiante » et plus particulièrement contre une pièce, « Sur le concept du visage du fils de Dieu », de l’écrivain italien Roméo Castellucci, qui se joue actuellement au Théâtre de la Ville et que certains de leurs copains perturbent chaque soir depuis huit jours.
Ces adeptes de Mgr Lefebvre réclamaient que cette pièce (qui a déjà été jouée à travers toute l’Europe sans le moindre incident) soit interdite, certaines scènes de la pièce étant, à leurs yeux, particulièrement offensantes pour le Christ.
Que ces ultras s’indignent d’un spectacle qui choque leurs croyances est leur droit le plus strict. Qu’ils fassent remarquer qu’il y a aujourd’hui, dans notre pays, « laïc » et qui n’est plus depuis longtemps « la fille aînée de l’Eglise », une certaine « christianophobie » n’est pas totalement absurde.
Ce qui est scandaleux, bien sûr, est qu’ils veuillent faire interdire la pièce. Nous sommes, en principe, dans un pays de liberté où chacun peut penser, dire, écrire et même applaudir ce qu’il veut et personne n’est obligé d’aller voir un spectacle qui lui déplait.
Cela dit, ces incidents un peu dérisoires rappellent tout de même que, dans ce même pays « de toutes les libertés », on a poursuivi en justice, il n’y a pas longtemps, des journalistes qui avaient osé publier des caricatures du Prophète Mahomet.
Certes, ces journalistes ont fini par être relaxés –et heureusement- mais, au cours de leur procès, un certain nombre de nos « bons esprits » étaient montés sur leurs grands chevaux pour affirmer haut et fort que la liberté d’expression avait ses limites, qu’on ne pouvait pas offenser une religion, qu’il fallait respecter les croyances de chacun et que l’Islamophobie devait être sanctionnée sans pitié.
Aujourd’hui, tout le monde condamne, à juste titre, ces fondamentalistes catholiques qui s’insurgent parce que, sur une scène parisienne, les acteurs jettent des excréments sur le visage du Christ. Il est bien dommage qu’on n’ait pas condamné avec la même énergie ces autres fondamentalistes qui hurlaient et menaçaient du pire parce que deux journaux avaient publié des caricatures du Prophète.
Si on ne peut que condamner l’attitude de ces nostalgiques de l’Inquisition et de la messe en latin, on ne peut que leur donner raison quand ils affirment qu’aujourd’hui en France… il est plus facile de cracher à la gueule du Christ qu’à la gueule du Prophète.
Quand donc le pays de Voltaire retrouvera-t-il un peu de bon sens ? La christianophobie ne vaut pas mieux que l’islamophobie mais ce sont surtout les extrémistes, les fondamentalistes, d’un côté comme de l’autre, qui sont dangereux. Ne serait-ce que pour nos libertés.

29 Oct 2011 | Comments (5)

Il est bel et bien candidat

Si tant est que certains pouvaient encore en douter, tous les Français ont compris ce soir que Nicolas Sarkozy était bel et bien candidat à sa propre réélection. Il l’est d’ailleurs, en fait, depuis le soir de son élection en mai 2007. Son quinquennat n’aura été qu’une longue campagne électorale au cours de laquelle, zigzagant et se contredisant, il aura tenté de séduire tantôt la gauche avec sa fausse « ouverture », tantôt les écologistes avec un Grenelle de l’Environnement bien vite oublié et un Borloo auquel il avait même fait miroiter Matignon, et tantôt l’extrême-droite avec un discours à Grenoble et une politique répressive affichée.
Ce soir, même s’il a refusé de répondre à la question de sa candidature, c’était très clair. Il nous a déclaré qu’il entendait mener une politique de redressement du pays sur plusieurs années. D’ailleurs, ce n’est pas d’ici au 22 avril prochain (date du premier tour de la présidentielle) qu’il pourrait rétablir l’équilibre budgétaire, modifier notre fiscalité ou imposer une gouvernance économique à l’Europe. Il veut donc un second mandat.
On ne peut, naturellement, pas reprocher à un président sortant de vouloir se représenter. De Gaulle, Giscard, Mitterrand et Chirac se sont tous représentés. Et il est parfaitement normal qu’un président qui a raté son mandat et qui –il faut le reconnaître- n’a pas eu de chance puisqu’il a été accablé par toute une série de crises internationales tente de se racheter au cours d’un deuxième quinquennat avec l’espoir de laisser à l’Histoire une image un peu moins déplorable.
Ce qui était plus surprenant, ce soir, c’était de voir que cet animal de campagne qui, la dernière fois, avait su mener tambour battant sa conquête du pouvoir avait perdu la main.
Que retiendront les Français de cette prestation ?
Certes qu’il nous a raconté qu’il avait sauvé la France, l’euro, l’Europe et l’économie mondiale. Mais il a surtout été obligé de nous avouer à demi-mots 1) qu’il s’était aligné comme un petit garçon derrière Angela Merkel après être passé sous ses fourches caudines, 2) qu’il était allé faire la manche devant le président chinois pour que Pékin devienne le banquier-sauveur de la vieille Europe, 3) que la croissance de la France ne serait pas, comme annoncée, de 1,75%, ni même de 1,50%, ni même de 1,25% mais, au mieux, de 1% et donc 4) qu’il allait falloir revoir à la baisse le budget de 2007 qui vient d’être présenté et surtout qu’il allait falloir un nouveau plan de rigueur encore plus draconien que celui que Fillon nous a présenté il y a quelques semaines. Comme discours électoral on a déjà vu mieux.
Bien sûr, et c’est de bonne guerre, il s’en est pris à ses adversaires. Avec une délicieuse hypocrisie, il nous a répété qu’il ne voulait attaquer personne et qu’il respectait tout le monde. Il n’est pas du genre à vouloir accrocher ses concurrents à un croc de boucher. Il a, tout au plus, ironisé sur les 60.000 enseignants que François Hollande voudrait embaucher. Sur ce point, il a eu tout à fait raison.
Ou il a sans doute eu tort c’est quand il a voulu nous expliquer que tous nos malheurs d’aujourd’hui venaient de la politique menée par François Mitterrand en 1981 (les nationalisations et l’abaissement à 60 ans de l’âge de la retraite) et de la politique menée par Lionel Jospin en 2000 (les 35 heures).
Les nationalisations, l’abaissement de l’âge de la retraite et les 35 heures ont évidemment été des erreurs considérables. Mais c’était il y a trente ans et onze ans. Depuis 1981, la droite a été au pouvoir à trois reprises et pendant quinze ans (86-88, 93-97, 2002-2011) Sarkozy lui-même étant bien souvent au coeur de ce pouvoir.
S’en prendre aujourd’hui à Mitterrand pour expliquer nos 4,5 millions de chômeurs, notre dette, notre désindustrialisation, le déficit abyssal de la balance de notre commerce extérieur, notre manque de compétitivité, l’inexistence de notre recherche et notre absence d’innovation est évidemment dérisoire, après dix années ininterrompues de pouvoir de la droite dont plus de quatre ans de sarkozisme.
Ce soir, on comprenait à quel point la campagne allait être difficile pour Sarkozy. Son bilan est désastreux (chômage, déficits, insécurité, immigration, Ecole en crise, système de protection sociale en faillite, etc.), les scandales en tous genres s’abattent sur lui (Karachi, Bettancourt, etc.), personne ne croit une seule seconde qu’il ait sauvé l’Europe (devenue hier totalement allemande) et son (petit) succès libyen risque de tourner au cauchemar avec le triomphe des Islamistes.
Certes, il pourra toujours tenter de s’en prendre au programme de François Hollande que celui-ci, vu les circonstances, va être obligé de réviser en totalité. Mais il ne pourra pas évoquer, comme il a tenté de le faire ce soir, la politique de la gauche. Il y a prescription. Elle n’est plus au pouvoir depuis 2002, une éternité.
Avec 66% des Français qui ne veulent plus de lui, il ne lui reste que six mois pour remonter la pente. Même si tout le monde sait que les sondages se sont toujours trompés à six mois des élections, on se demandait, ce soir, quel lapin, quelle promesse, quelle baliverne il pourrait bien nous sortir de son chapeau pour avoir une chance de prolonger son séjour rue du Faubourg Saint Honoré.
Nous faire le coup de « la rupture » ? Ce serait une bonne idée. C’est ce qu’une majorité de Français semble souhaiter. Hélas pour lui, il est le seul à ne pas pouvoir nous jouer ce numéro.

27 Oct 2011 | Comments (15)

Quand Nicolas Sarkozy se félicite…

Monopolisant ce soir les chaînes de télévision, Nicolas Sarkozy va… se féliciter. Il fait ça très bien. Il faut dire d’ailleurs que, rares étant les Français qui le félicitent, il a bien été obligé de prendre l’habitude de le faire lui-même.
Il va se féliciter de l’accord obtenu cette nuit à Bruxelles, nous dire que c’est lui qui l’a arraché, qu’il a donc sauvé l’euro, l’Europe, l’économie mondiale et surtout notre avenir.
Il lui faudra tous ses talents de bonimenteur (mais il en a) pour nous vendre ce « succès ». En substance, pour faire face à la faillite des Etats européens, on a, d’un coup de baguette magique, effacé la moitié de la dette grecque et on va demander poliment aux Chinois d’approvisionner le fonds de sauvegarde censé éviter les banqueroutes annoncées ailleurs à travers notre vieux continent, en Espagne ou en Italie pour commencer.
Les Français, en butte aux pires difficultés, vont-ils réellement croire qu’en effaçant des dettes (quelques milliards que quelqu’un devra bien finir par rembourser) et qu’empruntant aux Chinois (auxquels il faudra bien un jour rembourser leurs milliards) on leur garantit un avenir enchanteur ?
Sarkozy a choisi les deux journalistes qui vont l’interroger ce soir. Vont-ils avoir le courage, après lui avoir laissé le temps de se glorifier de l’accord de Bruxelles, de lui poser des questions qui s’imposent, sur l’augmentation du chômage (+ 4,5% en un an pour atteindre 4.441.600 chômeurs toutes catégories confondues), sur les 6.000 licenciements annoncés par Peugeot, sur l’échec de la France qui vient de rater le contrat pour la construction d’un TGV en Arabie saoudite, sur l’augmentation de la TVA, sans parler du triomphe menaçant des Islamistes aussi bien en Tunisie qu’en Libye ?
Les Français ne comprennent plus rien, depuis longtemps, aux accords –tous « de la dernière chance »- de Bruxelles et ils ont pris en grippe cette Europe qui était censée leur apporter bonheur et prospérité et qui les conduit aujourd’hui à se ruiner davantage encore pour payer les incartades des Grecs.
Ils sont furieux quand on leur dit que, pour assurer l’avenir, il faut « davantage d’Europe » et instaurer une « gouvernance économique » des 27. Ils avaient rejeté la Constitution qu’on leur avait proposée par référendum. Sarkozy n’a tenu aucun compte de leur vote. Aujourd’hui, on leur dit carrément qu’il faut aller vers le fédéralisme et on ne leur demande pas leur avis.
A six mois de l’élection présidentielle, les Français ne veulent plus qu’on leur parle de l’Europe, du couple franco-allemand qui n’existe plus, des malheurs de Papandréou. Ils veulent qu’on leur parle de la France, c’est-à-dire du chômage, de notre balance du commerce extérieur, de l’augmentation des prélèvements obligatoires et éventuellement des menaces que l’Islamisme pourrait faire courir dans nos banlieues.
Pour les Français, l’Europe n’est plus qu’un minotaure monstrueux perdu dans le labyrinthe de Bruxelles. Sarkozy ne s’en sortira ni en nous affirmant que tous nos malheurs viennent de la crise mondiale ni en nous faisant croire que l’Europe nous sauvera de la déliquescence.

27 Oct 2011 | Comments (4)

Les cadavres ne se réveillent jamais

Nos dirigeants nous racontent vraiment n’importe quoi. Ils nous affirment depuis plusieurs jours que le sommet européen de ce soir est celui de « la dernière chance ». Cela fait des mois qu’ils nous font le coup de cette fameuse « dernière chance ». Comme si, selon le slogan de la Française des Jeux, la chance appartenait à tout le monde et qu’il suffisait de reprendre indéfiniment un billet pour avoir une chance de tirer le gros lot.
Mais la vérité est toute simple dans sa cruauté. Les pays de la zone euro, ceux de l’Union européenne et ceux de ce qu’on peut appeler l’Occident sont en faillite complète. Ils ont des milliers de milliards d’euros de dettes. Aujourd’hui, les maîtres du monde sont les pays qu’on qualifie encore d’émergeants alors qu’ils ont émergé depuis belle lurette, la Chine, l’Inde, le Brésil et quelques autres. Ce sont eux qui possèdent la planète et son avenir. Et ce ne sont pas les rustines trouées qu’on nous trouvera, peut-être, ce soir à Bruxelles qui y changeront quoi que ce soit.
Ils nous parlent d’un fonds de secours européen. Mais où trouveront-ils l’argent pour approvisionner ce fonds puisque nous sommes tous ruinés? Encore en Chine ? Ils nous annoncent, à mi-voix, qu’ils vont faire fonctionner la planche à billets. Mais ses rotatives n’impriment plus que de la monnaie de singe. Ils nous jurent que nous allons tous faire des efforts. Mais les insurrections grecques, les manifestations en Italie, en Espagne et ailleurs démontrent que les « indignés » du vieux continent ne peuvent pas tolérer la rigueur qu’on voudrait leur imposer. Ils nous disent surtout qu’il faut davantage d’Europe pour qu’un pilote puisse reprendre en main la barre du bateau qui coule. Mais les Européens (auxquels ils ne veulent pas demander leur avis) ne supportent plus cette Europe qui devait leur faire connaître le meilleur des mondes, le paradis sur terre, et qui, quoi qu’en disent encore les experts, les a conduits droit vers un suicide collectif.
Parmi tous les naufragés que nous sommes dans cette tempête épouvantable, l’Allemagne surnage encore un peu. Ils voudraient qu’elle nous lance, à nous tous, une bouée de sauvetage. Mais ce n’est pas parce qu’Angela Merkel a offert un ours en peluche à Nicolas Sarkozy pour sa petite fille que la chancelière va accepter de jeter son pays dans le gouffre.
Au lendemain de la guerre qui avait dévasté le continent, les pères de l’Europe avaient voulu créer une communauté économique regroupant les quelques pays qui s’étaient entretués pour reconstruire l’Europe et former une nouvelle puissance capable de faire face aux « Grands » de la planète. Mais, dans une fuite en avant totalement irresponsable, au fil des décennies, ce petit club s’est transformé en auberge espagnole en accueillant tous les bras cassés, tous les culs-de-jatte, tous les borgnes et tous les ivrognes des environs. Et on s’étonne que dans cette galère tout le monde ne rame pas dans le même sens !
En même temps, nous imaginant toujours que nous étions le centre du monde et que tout nous était donc permis, nous nous offrions toutes les délices de Capoue. C’était non pas Sodome et Gomorrhe mais assistanat généralisé, subventions à gogo et endettement à tire-larigot.
Ils nous disent que le réveil va être brutal. Mais les cadavres ne se réveillent jamais.
Nous attendons, avec curiosité mais sans la moindre illusion, ce qu’ils vont bien pouvoir nous raconter à l’issue de leur sommet « de la dernière chance ».

26 Oct 2011 | Comments (11)

Ni la peste ni le choléra

Interpellé hier à l’Assemblée par l’opposition sur le réveil triomphant des Islamistes aussi bien en Libye qu’en Tunisie, Alain Juppé s’est écrié : « Auriez-vous préféré que la France soutienne les dictatures de Ben Ali et de Kadhafi ? » L’argument est particulièrement faiblard.
D’abord, la France a soutenu, aidé, applaudi ces dictatures pendant des décennies. Tout le monde se souvient, notamment, de l’accueil particulièrement scandaleux que Sarkozy a réservé à Paris au « fou furieux de Tripoli » et personne n’a oublié les liens que nos dirigeants –et pas seulement Michèle Alliot-Marie- entretenaient avec le potentat de Tunis.
Ensuite, il est absurde de dire qu’en s’inquiétant des menaces évidentes que représentent les Islamistes on prend la défense des dictateurs, même si ce fut longtemps là l’alibi que brandissaient les capitales occidentales pour défendre leur politique de compromission avec ces régimes tyranniques.
On a parfaitement le droit de ne pas vouloir choisir entre la peste et le choléra et de rêver pour tous ces pays d’un système qui leur ferait connaître à la fois la liberté pour chacun citoyen et un développement économique dont tous pourraient bénéficier.
On pouvait ne pas aimer le régime du Chah en Iran sans pour autant verser dans l’enthousiasme –comme l’ont fait beaucoup de nos responsables politiques et de nos intellectuels- pour la théocratie sanguinaire qu’instaurait l’ayatollah Khomeiny.
Kadhafi était évidemment indéfendable et on ne peut que se réjouir de sa chute, mais le Conseil National de Transition (auquel nos avions ont donné la victoire) qui lui succède à Tripoli et qui vient d’annoncer que la Charia fera désormais la loi en Libye ne vaut évidemment pas mieux. Idem en Tunisie. Tout le monde s’est félicité de la chute de Ben Ali mais personne ne peut se réjouir du succès des Islamistes.
Certains nous disent, avec une naïveté confondante qui frise la mauvaise foi, que ces élections sont « un succès pour la démocratie » même si les résultats peuvent être décevants pour les démocrates occidentaux. Mais la démocratie ce n’est pas seulement un système électoral. En 1934, Hitler a remporté, en toute légalité, les élections. Peut-on dire que ce fut vraiment un succès pour la démocratie ?
Les pays qui ont échangé un tyran contre ce genre de démocratie déchantent d’ailleurs bien souvent.
Nombreux sont aujourd’hui les Iraniens qui, après plus de trente ans de dictature des ayatollahs, en viennent à regretter le Chah et l’époque où les femmes n’étaient pas obligées d’être voilées, où les filles pouvaient aller à l’école comme les garçons, où l’économie était florissante du moins pour les classes fortunées et moyennes. Et combien d’Irakiens regrettent aujourd’hui la dictature de Saddam Hussein, maintenant que les bombardiers, les chars et les troupes de la démocratie occidentale ont détruit le pays, l’ont fait éclater et l’ont laissé à des chefs de guerre corrompus. Les dictateurs sont tombés à Téhéran et à Bagdad mais la démocratie y fait une triste figure.
Les Libyens diront sans doute avant longtemps que les Rafales de Sarkozy leur ont imposé la Charia et les Tunisiens s’étonneront vraisemblablement que l’Occident ait applaudi au succès de ces élections qui les ont livrés à l’Islamisme.
Au lieu de se féliciter des résultats de ces élections tunisiennes qui sont évidemment catastrophiques, Alain Juppé ferait mieux de s’interroger sur les résultats de ce scrutin parmi les Tunisiens de France. 40% d’entre eux ont aussi voté pour les Islamistes. C’est inquiétant. Cela prouve, d’abord, que nous avons beaucoup d’Islamistes sur notre territoire. Il faut le savoir. Cela démontre, ensuite, que, même baignés au coeur d’une démocratie, ces électeurs ressemblent à s’y méprendre à leurs cousins du bled.
Non, M. Juppé, nous ne souhaitions pas que la France soutienne Ben Ali (comme elle l’a fait si longtemps) mais nous aurions souhaité qu’elle fasse en sorte que les Tunisiens de France –au moins eux- n’aspirent pas à une théocratie. Ce vote des Tunisiens de France est à la fois un avertissement inquiétant et la preuve d’un échec évident.

26 Oct 2011 | Comments (2)

Les cris d’orfraie de la péronnelle

Dans le genre « fofolles aux ambitions démesurées », la gauche avait Ségolène Royal, la droite a maintenant Rachida Dati. Il faut toutefois reconnaître que l’ancienne candidate malheureuse à la présidentielle de 2007 et aux primaires du mois dernier a autrement plus de talent et d’envergure que l’ancienne Garde des Sceaux recasée par charité (mal ordonnée) et à Strasbourg et à la mairie du VIIème arrondissement.
La péronnelle pousse des cris d’orfraie (on devrait dire d’effraie) sous prétexte que François Fillon vient s’installer sur ce qu’elle considère comme « ses terres », c’est-à-dire le quartier le plus cher, le plus chic et le plus à droite de la capitale.
Elle s’indigne que le Premier ministre, après cinq ans de calvaire à Matignon et convaincu que la droite va perdre le pouvoir l’année prochaine, se cherche une seconde vie confortable, dans une circonscription gagnée d’avance avec la mairie de Paris en ligne de mire pour s’en servir de tremplin pour l’Elysée en 2017, à la manière d’un illustre prédécesseur.
Dans sa rage, elle reproche à Fillon à la fois de ne pas choisir une circonscription plus difficile dans l’Est parisien, d’être en Extrême-Orient et de ne penser qu’à sa carrière. En fait, Fillon a fait un saut au bout du monde, sur ordre de Sarkozy, pour tenter de préparer tant bien que mal le sommet du G20 et ce n’est ni au Pays du Soleil levant ni à celui du Matin clair qu’il aurait pu trouver des électeurs parisiens pour préparer son parachutage.
L’attitude de Rachida Dati s’accrochant toutes griffes dehors à un siège qui n’est d’ailleurs pas le sien (ce sont Jean Tiberi et Martine Aurillac qui se partagent actuellement cette future circonscription) est souverainement déplaisante. C’est la politicaille politicarde dans toute sa splendeur. Au « Pousse-toi de là que je m’y mette » un peu contestable de Fillon, elle répond par un « Touche pas à mon fromage, il est à moi » encore plus détestable et d’autant plus que ses seuls arguments sont son appartenance au sexe féminin et ses origines maghrébines. Il sera facile à Fillon d’évoquer le bilan inexistant quand il n’a pas été épouvantable de la dame aussi bien place Vendôme qu’au Parlement européen ou qu’à la mairie du VIIème, son seul mérite, jusqu’à présent, étant d’avoir su consoler le Président de la République lors de périodes un peu difficiles de sa vie privée.
Ces péripéties qui pourraient dégoûter tous les électeurs parisiens prouvent la chienlit qui règne actuellement au sein du parti présidentiel que Jean-François Copé est incapable de tenir, annoncent des jours difficiles pour la droite lors des prochaines législatives et, a fortiori, des prochaines municipales à Paris et rappellent surtout qu’en recrutant n’importe qui, en 2007, pour avoir un « casting bling-bling » Sarkozy a mis sur le devant de la scène des « starlettes » qui l’ont, en fait, plombé. On se souvient que Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade devaient incarner le sarkozisme fait de « rupture » avec le passé et de diversité ?
Alors qu’on apprend que la France vient d’entrer en récession, ces pitoyables batailles de chiffonniers ne peuvent qu’apporter des voix aux extrêmes et plus encore renforcer le camp des abstentionnistes.

24 Oct 2011 | Comments (4)

De Benghazi à Tunis, la catastrophe annoncée

Personne n’avait jamais pensé qu’Alain Juppé, notre ministre des Affaires Etrangères, était un imbécile. Il va pourtant falloir se poser la question.
Hier, quatre jours après la mort de Kadhafi (dans des circonstances qui restent mystérieuses), le Conseil National de Transition libyen, l’instance hétéroclite qui dirige pour l’instant le pays et dans laquelle on retrouve d’anciens ministres de Kadhafi, des islamistes et des exilés de retour, a proclamé officiellement « la libération de la Libye ». Les foules étaient nombreuses à Benghazi, à Tripoli et dans la plupart des villes du pays pour fêter l’événement. Elles brandissaient l’ancien drapeau et chantaient l’ancien hymne de la royauté renversée par Kadhafi en 1969. Une sorte de retour en arrière étonnant, comme si les Libyens regrettaient soudain le roi Idriss. Les Egyptiens vont-ils regretter Farouk et les Tunisiens le Bey ?
Mais ce qui est stupéfiant c’est qu’Alain Juppé a alors déclaré textuellement : « La période de la dictature, des violences et des divisions est terminée. Les Libyens peuvent désormais œuvrer ensemble et sereinement à la construction d’un Etat démocratique et respectueux des Droits de l’Homme ». Juppé est-il plus naïf qu’il n’est permis, ignore-t-il tout de ce qui se passe en Libye ou méprise-t-il à ce point l’opinion française qu’il voudrait nous faire croire que nos Rafales ont permis à la démocratie de triompher en Libye ?
Pourtant les choses sont évidentes. En proclamant la « libération » de la Libye, le président du CNT, Moustapha Abdeljalil, s’est écrié : « En tant que nation musulmane, nous avons adopté la Charia comme source du droit. Donc n’importe quelle loi contredisant les principes de l’Islam est légalement nulle ». On ne pourra pas reprocher à Abdeljalil de cacher son jeu.
Les lois « qui contredisent l’Islam » sont notamment celles qui interdisent la polygamie, qui voudraient faire des femmes les égales de l’homme, qui refusent qu’on lapide à mort la femme adultère, qui interdisent qu’on coupe la main des voleurs, etc., etc. En clair, Abdeljalil annonce au monde entier que la Libye va en revenir aux lois moyenâgeuses instaurées au 8éme siècle par le Prophète dans le désert arabique. On dira que ces lois ont toujours cours en Arabie saoudite et dans certains pays du Golfe sans que cela nous empêche de leur acheter leur pétrole ni de leur vendre nos avions. Mais est-ce une raison pour affirmer que la Libye s’apprête à créer « un Etat respectueux des Droits de l’Homme » ?
Nous commettons la même erreur qu’il y a plus de trente ans, à propos de l’Iran. Souvenons-nous de tous nos responsables qui s’étaient réjouis de la chute du Chah et qui avaient applaudi au triomphe de l’ayatollah qui allait, lui aussi, nous disait-on, apporter la liberté, la démocratie et le bonheur aux Iraniens. On connaît la suite.
Les événements vont sans doute rapidement ouvrir les yeux de Juppé et de ses homologues. La Tunisie va être le grand révélateur. On attend avec impatience et inquiétude les résultats de ces premières élections depuis la chute de Ben Ali.
La Tunisie était, incontestablement, le pays arabe le moins islamisé. Au cours des siècles, ce petit pays a toujours été ouvert à toutes les influences de la Méditerranée. Les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les Juifs, les Maltais, les Italiens, les Français y ont implanté des communautés et des cultures qui se sont mélangées. Le père de l’Indépendance, Habib Bourguiba était un farouche laïc qui a su imposer un statut de la femme unique en son genre dans tout le monde arabo-islamique. Celui qui lui a succédé après l’avoir renversé, l’ancien saint-cyrien devenu policier Ban Ali était un dictateur si ce n’est éclairé du moins lui aussi foncièrement laïc et farouchement hostile aux « barbus ». Ajoutons que, même pendant ces « années de plomb » la Tunisie était restée totalement ouverte au monde, envoyant des millions de travailleurs vers l’Europe et accueillant des millions de touristes sur ses plages.
Certains s’imaginaient donc que « le printemps de jasmin » était sans risques et pensaient que cette Tunisie si attachante, si occidentalisée allait enfin connaître la démocratie.
Ils avaient oublié l’essentiel. Comme en Iran, comme en Egypte, comme en Libye, en Tunisie les démocraties occidentales s’étaient totalement compromises avec la dictature qu’elles soutenaient à bout de bras. Du coup, pour tous ces peuples opprimés et croupissant dans la pire des pauvretés, le mot « démocratie » lui-même était devenu synonyme de malheur, d’impérialisme étranger, d’oppression du capitalisme.
Ne pouvant plus rêver, depuis l’effondrement du bloc communiste, d’une révolution marxiste qui aurait, s’étaient-elles imaginé un temps, balayé les tyrans et la misère, ces foules affamées n’eurent plus qu’un refuge et qu’un espoir : retrouver leurs mosquées et cet Islam qui pendant un âge d’or leur avait permis de triompher.
Les naïfs incultes qui nous gouvernent nous racontent que cet Islam qui se réveille saura s’adapter au XXIème siècle et aux règles d’une civilisation mondialisée. Ils n’ont pas compris qu’une religion renaissance et triomphante ne peut être que fanatique. D’ailleurs, comme disait Bernanos, « Le fanatisme c’est la foi des autres ».
On va savoir, dans les heures qui viennent, l’ampleur du succès du parti Ennahdah, les Islamistes tunisiens. Vont-ils, dans ce pays laïcisé, occidentalisé plus que tous les autres obtenir la majorité des sièges ?
Quoi qu’il en soit, on sait déjà qu’ils sont le parti dominateur et qu’ils vont s’imposer comme la force la plus importante du pays en exigeant que la société tunisienne se métamorphose pour devenir islamique si ce n’est islamiste.
On pourra longtemps se demander comment un mouvement interdit pendant des décennies, pourchassé, persécuté a pu, en quelques semaines, éveiller une telle adhésion parmi la population. Il faudra alors se demander si « les » démocraties ont toujours su se faire les meilleures avocates de « la » démocratie.
On ose espérer que, commentant le succès d’Ennahdah, Alain Juppé ne va pas se croire obligé de saluer un nouveau triomphe de la démocratie.

24 Oct 2011 | Comments (7)

Audrey Pulvar a du culot

Hier soir, lors de l’émission « On n’est pas couché », Audrey Pulvar qui tente vainement de remplacer Eric Zemmour (ou plutôt Eric Naulleau) s’en est prise au pauvre Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, en ironisant sur les divergences qui règnent au sein du parti présidentiel.
Sur le fond, elle a parfaitement raison. « La droite populaire » (pour ne pas dire « populiste ») s’éloigne chaque jour davantage de « la droite humaniste », sans parler des centristes de toutes les couleurs qui siègent à l’UMP. Les sarkozistes, de plus en plus inquiets des sondages (Sarkozy a encore perdu un point dans le sondage du JDD d’aujourd’hui, à 69% d’opinions défavorables) hésitent visiblement. Leur faut-il jouer à fond la droite en tentant de récupérer les voix de l’extrême-droite, comme cela avait si bien réussi à Sarkozy en 2007, ou leur faut-il au contraire se souvenir de ce que disait Pompidou : « La présidentielle se gagne au centre » ?
Cela dit, tous les partis politiques ont toujours eu leur aile droite et leur aile gauche avec l’espoir de ratisser plus large. Même du temps du Général, il y avait des gaullistes « de droite » et des gaullistes « de gauche » et le PS de Mitterrand et de Rocard présentait lui aussi en son sein plus que des nuances.
Mais ce qui était stupéfiant, hier soir, c’était que ce soit la compagne officielle d’Arnaud Montebourg qui « flingue » l’UMP sur ce thème, elle qui s’était affichée sans pudeur auprès de « son homme » le soir de son « triomphe » à l’issue du premier tour des primaires de la gauche. Plus stupéfiant encore le fait que personne sur le plateau, ni Jacob, ni Ruquier, ni aucun des autres invités n’ose lui faire remarquer qu’elle était plus mal placée que quiconque pour évoquer ce sujet des divergences au sein d’une famille politique puisqu’elle était la compagne de celui qui avait incarné la pire des divisions au cœur du PS.
Tout au cours de cette campagne de primaires, Montebourg et Valls ont prouvé à la France entière qu’au sein du PS il y avait des fractures fondamentales pour ne pas dire des haines absolues entre les partisans de la révolution et de la dé-mondialisation et ceux du réalisme le plus assumé. C’était d’ailleurs en cela que ces primaires avaient été intéressantes… et inquiétantes pour l’avenir.
Aujourd’hui, bien sûr, tout le monde s’embrasse rue Solferino et l’appât des maroquins a déjà converti chacun à la sauce hollandaise. Mais en cas de victoire (annoncée) de François Hollande, on peut imaginer aisément qu’autour de la table du Conseil des ministres, les échanges seront pour le moins un peu vifs entre le Président « mollasson », un Premier ministre « dur » qui pourrait bien être Martine Aubry, son ministre de la Justice « démondialisateur », Montebourg par exemple, et son ministre de l’Intérieur « réaliste » qui pourrait s’appeler Manuel Valls.
Les élections présidentielles n’auront lieu que dans six mois. Une éternité ! Pendant ces six mois, Sarkozy va osciller entre ses « populaires » et ses « humanistes ». Mais Hollande qui va, sans doute, s’essouffler aura à gérer, lui aussi, ses deux ailes.
Certes, au PS, les fumets de la victoire espérée et prévisible calmeront vraisemblablement les velléités des uns et des autres de jouer « perso » alors qu’à l’UMP les angoisses des uns et des autres les pousseront, dans un sauve-qui-peut général, à jouer le chacun-pour-soi pour mieux préparer l’avenir, c’est-à-dire déjà pour certains le revanche de 2017.
Il n’empêche qu’avant la bataille, les deux camps sont tout aussi divisés l’un que l’autre.
Ce qui est sûr, en tous les cas, c’est qu’il est parfaitement scandaleux que la compagne d’un des ténors de la campagne puisse encore, sur une chaîne publique, jouer les journalistes politiques et distiller tous les samedis soir les arguments généralement hargneux de son type.
Mais Rémy Pflimlin, pourtant nommé par Sarkozy lui-même à la tête de notre audiovisuel public et qui n’a pas hésité à virer un bon nombre de commentateurs qui déplaisaient au Palais a sans doute déjà retourné sa veste et prépare benoitement son avenir.
Non seulement bien des rats ont déjà quitté le rafiot en perdition mais un certain nombre d’entre eux ont déjà embarqué à bord d’une embarcation plus prometteuse.

23 Oct 2011 | Comments (6)

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