Certains, même à gauche, nous avaient affirmé que les primaires de la gauche seraient une machine à perdre, que les différents candidats s’étriperaient et que les Français assisteraient au spectacle pitoyable d’un panier de vieux crabes où chacun ferait de la surenchère dans la démagogie.
Au lendemain du deuxième « combat » des cinq (le sixième, le radical Baylet, se contentant de faire de la figuration), il faut bien reconnaître que ces ténors socialistes s’en tirent plutôt bien. Personne ne s’est étripé. Chacun a présenté ses petites différences et joué son rôle.
Les deux petits nouveaux, Montebourg et Valls, ont fait leur tour de piste comme convenu, le premier incarnant la gauche du PS, le second sa droite. La star de jadis, de 2007, Ségolène Royal, est venue nous faire ses adieux. Les deux seuls vrais concurrents, Hollande et Martine Aubry, se sont déjà repartis les places, le premier à l’Elysée, la seconde à Matignon. Ils ont fait mine de s’affronter pour nous faire croire que ces primaires étaient une vraie compétition et que les électeurs auraient vraiment le choix mais ils se sont assez épargnés pour que ce couple soit crédible pour les présidentielles.
On ne s’y attendait pas mais ces primaires ont permis à la gauche de s’installer. Alors que Sarkozy n’a toujours pas annoncé sa candidature, que certains de ses « amis » commencent à se demander s’il ne faudrait pas trouver un autre candidat pour représenter la droite, qu’il est pris, au milieu d’une ambiance de fin de règne, dans le tohu-bohu des toutes les crises et dans le vacarme des scandales à répétition, le PS se prépare consciencieusement et occupe le terrain.
Grâce à ces faux débats où tous les compères ont rempli leur mission, les Français sont rassurés. Le PS n’est plus inquiétant puisque le révolutionnaire Montebourg et la pasionaria Ségolène Royal seront éliminés. Il est toujours (un peu) de gauche puisque le « réac » Valls sera lui aussi éliminé. « La dame des 35 heures » qui a mis beaucoup d’eau dans son vin ne l’emportera pas mais elle s’est « civilisée ». Et Hollande qui n’a rien pour faire rêver, que jamais personne n’aurait pu imaginer voir entrer un jour à l’Elysée a réussi à s’imposer en jouant les « normaux » (pour reprendre sa propre expression), autant dire les pâlots, les insipides et les sans saveur et nous nous sommes habitués, voire résignés à le voir en héros, héraut d’une gauche raisonnable et fadasse.
Ces primaires ont permis au PS de prendre une avance considérable dans la course à l’Elysée, de rassurer l’opinion et de hisser Hollande au rang de présidentiable.
Il reste sept mois avant l’échéance fatidique, autant dire une éternité pendant laquelle tout peut encore arriver. Mais, d’un coté, Sarkozy va devoir se débattre avec des affaires qui le cernent de toutes parts, un mécontentement grandissant, chez les enseignants mais bientôt chez d’autres catégories professionnelles, un budget qui va se traduire par les augmentations de prélèvements, une croissance nulle, des défections dans ses rangs, un centre qui s’organise et pourrait devenir redoutable, une extrême-droite qui va remonter dans les sondages, alors que, de l’autre coté, on va voir un Hollande sûr de lui, couronné par ces primaires et donc déjà triomphant. Ces primaires ont permis au challenger improbable de devenir le favori évident. Cette machine à perdre s’est transformée en machine à gagner.
Grâce au « forfait » de DSK, Hollande va remporter les primaires, grâce à Sarkozy, il pourrait bien entrer à l’Elysée. Un président par défaut. Ce n’est pas très enthousiasmant.
Mais, bien sûr, tout peut encore arriver d’ici avril prochain.

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