Encore une fois, on est bien obligé de se dire que Jean-François Copé aurait mieux fait de se taire. Sa dernière idée est pour le moins saugrenue.
Le patron de l’UMP voudrait maintenant qu’à leur majorité les jeunes Français fassent « acte d’allégeance » à la Patrie et se disent « prêts à mourir pour la France » et surtout –ne soyons pas dupes- qu’au moment de leur naturalisation, les jeunes étrangers devenant français fassent, eux aussi, « acte d’allégeance » au pays et se disent, eux aussi, « prêts à mourir pour la France ».
Dans le genre « démago » et clin d’œil appuyé vers les électeurs du Front National, on pourrait difficilement faire mieux. En plus, c’est totalement absurde.
C’est absurde, d’une part, parce que si d’aventure une guerre éclatait, les Français n’auraient guère le choix et, contents ou pas, ils seraient mobilisés et envoyés sur le front. Que ferait d’ailleurs Copé des jeunes Français « de souche » refusant de faire allégeance et de se dire « prêts à mourir pour la France » ? La prison pour « désertion par anticipation » ?
Et pour ce qui est des naturalisés, Copé semble oublier que, dès l’instant où ils deviennent français, ces « anciens étrangers » sont évidemment soumis aux mêmes obligations que tous les Français, ce qui veut dire qu’en cas de guerre, ils seraient, comme les autres, mobilisables, mobilisés et envoyés au front.
Il est donc parfaitement inutile de demander aux uns et aux autres si cette lointaine perspective de servir de chair à canon pour notre beau pays les réjouit d’avance. Le cocorico éraillé de Copé est ridicule.
C’est absurde, d’autre part, parce que si les problèmes de la jeunesse et ceux de l’immigration sont, hélas et toujours, d’une totale actualité, il faut bien dire que l’hypothèse d’une guerre à nos frontières, avec Charge de Reichshoffen et Tranchée de baïonnettes, ne semble, heureusement, pas très crédible. On veut croire que les jeunes Français –de souche ou naturalisés de fraîche date- n’auront pas à mourir pour la France dans les années à venir. Le cocorico de Copé sonne creux.
Aujourd’hui, le problème de nos jeunes n’est pas de savoir s’ils sont prêts à mourir pour la France, mais, beaucoup plus prosaïquement, de savoir s’ils ont reçu une formation capable de leur offrir une place dans notre société. Tout comme le problème de nos naturalisés de fraîche date n’est pas de savoir s’ils sont prêts à mourir pour le pays qui les a accueillis mais bien de savoir s’ils sont capables de vivre avec nous, d’accepter nos usages, nos coutumes, nos lois, notre culture, notre civilisation.
Le problème de tous les jeunes n’est pas de savoir comment ils vont mourir mais bien d’essayer de vivre le plus décemment possible dans une société qui ne s’est guère occupée de leur avenir.
Ce n’est pas en essayant de singer une vieille tradition américaine que Copé va résoudre le problème des jeunes ni celui de l’immigration. Il ferait mieux de s’attaquer au drame du chômage qui est à l’origine et au cœur du problème de la jeunesse comme de celui de l’immigration.
Cela fait des mois que l’UMP de Copé se prend les pieds dans le tapis et bafoue nos plus grands principes avec des questionnaires absurdes sur ce que c’est que d’être français, des débats incohérents sur l’immigration, des colloques provocateurs sur l’Islam. Autant d’initiatives qui n’ont strictement rien donné, bien sûr, si ce n’est qu’elles ont déclenché un véritable malaise chez les Français, de souche ou de fraîche date, et une inquiétude parfaitement justifiée chez nos immigrés non encore naturalisés qui se sont soudain demandés s’ils se trouvaient bien dans le pays des Droits de l’homme.
La Constitution affirme que la République doit offrir « une vie décente à tous les citoyens ». Pas une mort, fut-elle glorieuse.
On savait qu’avec cette campagne présidentielle qui débute on allait patauger dans les scandales en tous genres. Cela a déjà commencé. Mais il ne faudrait pas que les amis de Sarkozy, affolés par les sondages, se mettent à patauger, eux aussi, à déraper, à se fourvoyer dans des idées par trop absurdes, en se servant du drapeau, de fausses menaces d’une 3ème guerre mondiale, des morts pour la France d’antan.

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