Au cirque, chacun fait son métier. Le clown fait rire, la trapéziste fait frémir, le dompteur fait face aux tigres, le funambulisme avance sur son fil. Hier soir, c’était un peu pareil pour cette première représentation de la primaire de gauche. Chacun avait son rôle et s’y est tenu. Hollande en Monsieur Loyal, Martine Aubry en écuyère sur son cheval, Ségolène sur son fil et les trois autres en clowns pour faire rire les enfants.
Hollande, grand favori dans les sondages, prenait des allures de président. Il était déjà celui qui allait indiscutablement terrasser Sarkozy au second tour de la présidentielle. Il se voulait « crédible » et donc prudent, sur la dette, sur ses « contrats de générations », sur le nucléaire, sur tout. Sûr de lui et dominateur, diront certains. Il semblait d’ailleurs présider l’émission avant de présider la République.
Martine Aubry qui sait qu’elle a raté son début de campagne et qu’elle a un sérieux retard à rattraper sur Hollande a joué le rôle de la patronne du PS qu’elle était encore il n’y a pas si longtemps. Pure et dure. Moins crédible mais plus militante. Elle veut sortir du nucléaire. Mais comme il lui faut bien s’en prendre à Hollande, elle attaque sur le thème de la crédibilité justement : elle ne croit pas aux contrats de générations et se refuse à prédire l’avenir à long terme.
Ségolène Royal qui semble totalement « larguée » mais croit encore en toutes ses chances n’a pas voulu jouer les fofolles. On s’attendait à de l’inattendu. Sur ce plan, elle a déçu. La platitude à la place de la bravitude. Elle s’est contentée de jouer les présidentes de région, prête à mettre au service de la France ses expériences du Poitou-Charentes avec des voitures électriques et pourquoi pas du Chabichou.
Le déjà-président écoutait avec agacement l’ancienne première secrétaire et n’avait pas un regard pour la présidente de région qu’il a pourtant bien connue pendant bien longtemps, à croire qu’il y a eu des problèmes personnels entre eux.
Cela dit, à part certaines nuances sur la sortie du nucléaire et des subtilités sur la rigueur et la croissance, il faut bien dire que le téléspectateur de base n’a sans doute pas toujours compris ce qui différenciait fondamentalement Monsieur Loyal et l’écuyère.
Les plus amusants furent, bien sûr, les trois autres. Baylet, Montebourg et Valls. N’ayant rien à perdre, ils avaient tout à gagner.
Baylet qu’on continue à appeler à Toulouse « le veau sous la mère » en souvenir de sa mère qui lui a légué « La Dépêche » nous a fait, avec l’accent du sud-ouest, un superbe numéro de « rad.-soc. » à la sauce franc-maçonne, défendant à la fois la légalisation du cannabis et celle de l’euthanasie. Il était donc totalement hors du sujet. Il avait l’air du lointain cousin, débarquant de sa province et s’étant imposé à l’improviste à un dîner de famille. Tout le monde se demandait ce qu’il faisait là.
On pouvait d’ailleurs se demander aussi ce que les deux autres faisaient là. Montebourg en voulant mettre sous tutelle les banques, s’adressait visiblement à la gauche de la gauche comme s’il était en concurrence non pas avec Hollande mais avec Mélenchon. Le problème de Montebourg c’est que même s’il passe son temps à nous raconter que son père était charcutier en Saône-et-Loire et son grand-père maternel arabe d’Algérie, tout le monde est encore convaincu qu’il s’appelle en fait « de » Montebourg. Quand on a sa morgue c’est difficile de s’en prendre au capitalisme.
Valls, lui, a un autre problème. Pour faire sérieux et apparaître crédible, il se croit obligé de rendre hommage à Sarkozy et d’approuver –ou presque-la réforme des retraites et la rigueur de Fillon. Par moments, on croirait Copé (le talent en plus) égaré chez les socialistes.
Cela dit, les « trois petits cochons », le rad.-soc, le gaucho et le crypto-UMP ne sont pas venus pour rien. Ils seront tous les trois ministres de quelque chose si Hollande ou Martine Aubry entre à l’Elysée. On voit bien Baylet au Tourisme, Montebourg aux Anciens combattants et Valls aux Relations avec le Parlement.
Reste à savoir ce que les électeurs de la primaire vont penser de cette première confrontation (à fleurets très mouchetés) et qui l’a emporté de Hollande ou de Martine Aubry dans ce premier match.
Ces électeurs de gauche vont-ils continuer à préférer le candidat que les sondages donnent très largement vainqueur face à Sarkozy, Hollande, ou vont-ils finalement choisir celle qui n’hésite pas à s’afficher socialiste, Martine Aubry, même si ces mêmes sondages ne lui accordent qu’une victoire plus modeste face au président sortant ?
Certes, hier, les six ne se sont pas étripés comme la droite l’espérait. Mais ce qui manquait au spectacle c’était un souffle, du rêve, une vraie vision. Au cirque, il faut toujours des frissons et des coups de trompette. Sinon, les enfants finissent par s’ennuyer.

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