Nicolas Sarkozy a sûrement eu tort de continuer à s’acharner contre Dominique de Villepin et, accessoirement, contre Chirac.
Quand il a compris que le verdict en appel du procès Clearstream allait, une nouvelle fois, innocenter l’ancien Premier ministre et que le procureur allait déclarer qu’il n’y avait rien à reprocher à l’ancien Président de la République dans l’affaire des emplois présumés fictifs de la Ville de Paris, Sarkozy a cru malin de demander à son ami Bourgi de balancer l’histoire des mallettes bourrés de dollars que les chefs d’Etat africains auraient envoyées à Chirac et Villepin. On le sait, le président de la République, avec ses crocs de boucher, est un teigneux
La barbouze Bourgi n’étant guère crédible, n’ayant apporté aucune preuve de ses accusations et ayant poussé le culot jusqu’à affirmer, contre toute évidence, que ces méthodes avaient totalement cessé avec l’arrivée de Sarkozy à l’Elysée, le coup des mallettes a fait pschitt. Et d’autant plus que le dit Bourgi ne faisait que « révéler » un secret de Polichinelle.
Mais la chose a du énerver certains, à commencer, bien sûr, par ceux qu’on appelait les chiraquiens et qu’on appelle désormais les villepinistes. Si Sarkozy déclarait une nouvelle guerre, il allait l’avoir et, cette fois, il n’y aurait pas de quartier.
Cela fait des mois que, dans ce petit blog et ailleurs, on répète à Sarkozy que, s’il continue à chercher des poux dans la tête de l’ancien Premier ministre, une énorme bombe dévastatrice va lui exploser au visage.
Depuis 9 ans, Villepin suit de très près tous les dossiers dans lesquels apparait le nom de Sarkozy. D’abord, comme directeur de cabinet d’Alain Juppé au ministère des Affaires Etrangères, puis comme secrétaire général de l’Elysée auprès de Chirac, puis comme ministre des Affaires Etrangères et enfin comme Premier ministre. Il ne faut pas oublier que Villepin a été « le chef de commando » de Chirac dans la guerre qui l’a opposé à Balladur entre 1993 et 1995 et qu’à partir de 2002 Villepin s’est préparé à affronter Sarkozy pour la présidentielle de 2007.
Tout le monde sait que Villepin a le goût des cabinets noirs et des coups fourrés et qu’il se passionne pour les ventes d’armes car il a toujours été convaincu que ces contrats, plus ou moins couverts par le secret défense, permettaient toutes les magouilles et les transferts de fonds les plus clandestins.
C’est Villepin qui, dès 1995 et l’entrée de Chirac à l’Elysée, avertit le nouveau Président que la vente de sous-marins français au Pakistan avait, évidemment, permis à Léotard, ministre de la Défense, Sarkozy, ministre du Budget, et Balladur, premier ministre-candidat à l’Elysée de récupérer, grâce à des intermédiaires plus ou moins véreux et à un habile montage, des rétro-commissions pour financer la campagne balladurienne. Le secrétaire général de l’Elysée avait même appris que ces sommes, relativement considérables, transitaient par une banque luxembourgeoise, grâce à un tour de passe-passe mis au point par le ministre de Budget. Banque qui allait bientôt s’appeler… Clearstream. Chirac avait alors aussitôt décidé d’interrompre les commissions versées aux intermédiaires pakistanais pour arrêter les rétro-commissions et couper les vivres des balladuriens qui ne savaient pas comment justifier leurs frais de campagne.
En 2002, le jour même où Villepin devient ministre des Affaires Etrangères, un attentat à Karachi provoque la mort de onze techniciens français travaillant pour ces sous-marins. Villepin comprend immédiatement que c’est là la vengeance des Pakistanais furieux que Paris ait interrompu le versement de leurs commissions et qui se montraient menaçants depuis déjà de longs mois.
Jusqu’à présent Villepin n’avait jamais voulu se servir de cette affaire pour détruire Sarkozy car c’était la décision de Chirac d’arrêter le paiement des commissions qui avait provoqué la mort des onze Français. Il s’était contenté de laisser « fuiter » certaines informations tout au long des procès Clearstream, s’imaginant, à tort, que ces menaces à peine voilées suffiraient pour calmer l’acharnement de Sarkozy.
Il semble aujourd’hui que les villepinistes estiment que Sarkozy a dépassé la mesure et Villepin lui-même pense sans doute que, pour mieux préparer sa campagne présidentielle, il ne serait pas inutile de faire savoir aux électeurs français que le héros de « la République irréprochable » a été au cœur d’une des affaires les plus crapuleuses de la Vème République.
Hier, on a appris, coup sur coup, que Thierry Gaubert, ancien conseiller de Sarkozy à la mairie de Neuilly et au ministère du Budget, était en garde à vue et, mieux encore, que Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet de Balladur à Matignon et surtout témoin de mariage de Sarkozy quand il a épousé Carla Bruni en 2008, était mis en garde à vue.
Tout cela dans le cadre de l’enquête sur la vente des sous-marins au Pakistan. Comme l’écrit pudiquement l’Express qui ne s’est jamais distingué dans un anti-sarkozisme virulent, « l’étau se resserre dans l’affaire des sous-marins », sans préciser toutefois autour de qui se resserre cet étau.
C’est l’ancienne femme de Gaubert, Hélène de Yougoslavie, qui aurait permis au juge van Ruymbeke de faire un grand pas dans ses recherches. La princesse aurait, en effet, affirmé au magistrat que son mari était allé à maintes reprises en Suisse, en compagne de l’homme d’affaires (bien contesté) Ziad Takieddine, chercher des valises de billets qu’il aurait remises en main propre à Nicolas Bazire.
Il est évident qu’après un quinquennat marqué par une cascade de scandales, de l’affaire Woerth à l’affaire DSK, la campagne qui commence va se jouer, en partie, sur le thème de la morale, un mot qui fait rigoler la plupart de notre personnel politique.
Aujourd’hui, les Français se demandent s’il faut croire Bourgi accusant Villepin ou la princesse yougoslave accusant Sarkozy et s’il vaut mieux recevoir des rétro-commissions pakistanaises que des mallettes africaines. Cela risque bien de ne pas leur donner une très belle image de notre démocratie. Tout cela est du pain bénit pour Marine Le Pen et plus encore pour le camp des abstentionnistes.
Le prometteur de « a République irréprochable » pourrait bien y perdre encore quelques points dans les sondages et même y perdre des plumes.

Mots-clefs : , , ,