Un procureur new-yorkais qui estime que les charges sont insuffisantes pour poursuivre Dominique Strauss-Kahn dans une affaire de tentative de viol, une cour d’appel qui relaxe Dominique de Villepin dans une affaire de calomnie, un procureur parisien qui affirme qu’il n’y a rien à reprocher à Chirac dans une affaire d’emplois fictifs. En quelques jours, les Français ont vu, coup sur coup, la justice blanchir les « héros » de trois feuilletons qui les tenaient en haleine depuis des semaines, pour l’un, des années pour les deux autres.
Bien sûr, les trois affaires n’ont rien de commun. DSK était accusé devant le procureur de New-York d’avoir commis un crime. Villepin, lui, était poursuivi moins par la justice que par l’acharnement du président de la République. Et Chirac, lui, était traîné devant les tribunaux pour ce qu’il faut bien appeler des peccadilles, quelques petites faveurs accordées à des copains, une vingtaine d’emplois plus ou moins fictifs au milieu de 40.000 fonctionnaires de la Ville dont certains n’en font pas lourd non plus.
Cela dit, aux yeux du « brave peuple » que l’administration n’hésite jamais à poursuivre de sa vindicte devant les tribunaux, qu’un directeur général du FMI, qu’un ancien Premier ministre et qu’un ancien Président de la République se trouvent acquittés, blanchis, relaxés après avoir été trainés dans la boue par la presse unanime et cloués au pilori de l’opinion publique a quelque chose de déplaisant.
Il est vraisemblable que cette opinion publique continue à être persuadée que les trois hommes sont coupables et qu’ils ont bénéficié de la clémence d’une justice toujours prête à s’incliner devant « les puissants ». Justice de classes ! Justice aux ordres !
Ces juges ont-ils vraiment agi en leur âme et conscience ou ont-ils compris, à New-York, que DSK avait les moyens intellectuels et financiers de discréditer totalement son accusatrice, à Paris, que le pouvoir ne souhaitait plus s’acharner ni contre Villepin, ni contre Chirac ?
On ne saura jamais le fin mot de ces trois histoires si différentes. Les trois hommes s’en sortent la tête haute. DSK va courir les plateaux télévisés, Villepin va annoncer sa candidature à l’Elysée et Chirac va pouvoir mourir tranquille.
C’est la justice, elle, qui va être condamnée. Par l’opinion. Et même si, hypothèse d’école, les trois hommes étaient innocents.

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