On ne savait pas que Guéant, notre ministre de l’Intérieur, était un rigolo. Jusqu’à présent, avec sa tête sinistre de commis d’administration, on le prenait plutôt pour l’incarnation du sarkozisme le plus dur. Il était le bras armé d’un président de plus en plus souvent manchot. La chasse aux clandestins, aux Roms, aux marginaux, c’était lui ; lui qui était chargé de manier le Karcher contre la racaille. Le premier secrétaire du PS par intérim l’a comparé à Bruno Gollnisch. On ne sait pas pour lequel des deux, du ministre ou du dirigeant du Front National, cette comparaison inattendue a été la plus désagréable.
Il faut bien dire que, si Guéant met parfois le feu aux poudres avec des déclarations où le ridicule l’emporte sur l’intempestif, il ne fait pas des étincelles. Les chiffres de la délinquance, même truqués par son propre ministère, ne font que s’aggraver de mois en mois et il va sans doute réussir l’exploit de faire regretter son prédécesseur l’inénarrable Hortefeux.
Mais ce matin, Guéant s’est surpassé. Ni dans l’incompétence ni dans le tout-répressif, mais dans le culot. Interrogé, à propos des derniers rebondissements de l’affaire Bettencourt, sur les écoutes qu’auraient organisées les services de l’Etat pour savoir qui informait un journaliste du Monde, le ministre a froidement répondu qu’il ne s’agissait nullement d’ « écoutes téléphoniques » mais simplement de… « repérages téléphoniques ».
Selon Guéant, nos services secrets qui sont, en principe, chargés de la défense du pays ne voulaient pas « écouter » ce que ses interlocuteurs disaient au journaliste du Monde, leur discrétion de bon aloi le leur interdisant, mais ils voulaient juste savoir qui étaient ces interlocuteurs. Comme çà, par curiosité.
Personne ne conteste que l’administration doive tout faire pour rechercher les taupes, les indics, les corbeaux, les ripoux, les balances qui, en son sein, trahissent les secrets de l’instruction ou du métier.
Tout le monde sait que ces fameuses « écoutes téléphoniques » que tous les gouvernements successifs (depuis les débuts du téléphone) ont interdites sont une pratique de plus en plus courante même à l’heure de l’internet.
Le problème n’est pas là. Ce qui est stupéfiant c’est de voir à quel point un ministre de la République n’hésite pas à prendre les Français pour des « cons ». Quelle différence y a-t-il entre des « écoutes téléphoniques » et des « repérages téléphoniques » quand il s’agit simplement de repérer qui appelle qui ? Comment Guéant ose-t-il nous raconter de telles balivernes ?
Ce mépris ostensible et arrogant pour l’intelligence des Français devient totalement insupportable. Et d’autant plus qu’il s’est généralisé. Non, non, il n’est pas question d’augmenter les impôts et ce n’est pas plan de rigueur et encore moins d’austérité, nous jure Baroin, en nous expliquant qu’il nous faut simplement respecter nos engagements européens. Non, non, il ne s’agit pas de renverser Khadafy, l’ONU ne l’a pas prévu, et encore moins de rechercher quelques avantages pétroliers en soutenant les rebelles libyens, nous affirme Juppé, en jurant ses grands dieux que nous ne faisons que venir en aide à des populations civiles massacrées. Etc., etc.
Luc Chatel ne restera sans doute pas dans l’histoire de la République comme l’un des plus grands de tous ministres de l’Education Nationale mais ce matin il a annoncé son intention d’instaurer des cours de morale à l’école. L’idée n’est pas mauvaise en elle-même. Mais l’exemple venant toujours de haut, il serait sans doute plus judicieux de commencer par donner des cours de morale à nos plus hauts dirigeants. On pourrait imaginer un instituteur en blouse grise venant tous les mercredis matin à l’Elysée et faisant répéter à tous les membres du Conseil des ministres certains rudiments de la morale : « Tu ne mentiras pas à tes électeurs », « Tu ne voleras par dans les caisses de l’Etat », etc.
Car les Français pourraient bien finir, un jour, par se lasser de tous ces « rigolos » qui jouent avec les mots et ne font plus rire personne.

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