Nicolas Sarkozy triomphe. Il a gagné en Libye, il va sauver la Grèce. Aujourd’hui, il visite le champ de bataille, à Tripoli et à Benghazi, et la bourse a regagné quelques points parce qu’il a annoncé (avec Angela Merkel) que Paris et Berlin allaient tout faire pour que Papandréou puisse respecter ses engagements. Les Français seront-ils sensibles à ces « victoires », dans huit mois ? On peut en douter.
D’abord, parce que, très égoïstement, ils se préoccupent davantage de leur vie quotidienne, du chômage, de la baisse de leur pouvoir d’achat, de l’augmentation des prélèvements, de l’insécurité, de l’école que du sort des Libyens ou des Grecs. Et on peut les comprendre.
Ensuite, parce qu’ils ne sont pas (plus) dupes des fanfaronnades présidentielles. Ils ne pensent pas une seule seconde que la Libye va devenir, grâce aux bombardements de nos Rafales, une démocratie laïque tournée vers le progrès et le bonheur de ses peuples. Ils sont convaincus que la Grèce va faire faillite, quitter l’euro et entraîner dans sa chute une série de catastrophes à travers tout le continent.
Pour les Français, ces succès sarkoziens ressemblent à des victoires à la Pyrrhus, c’est-à-dire des victoires qui coûtent très cher (combien nous a coûté cette guerre libyenne ? combien va nous coûter cet énième plan de sauvetage de la Grèce en perdition ?) et qui ne servent à rien, tout se terminant à court terme dans la débâcle.
Tout le monde a entendu les dirigeants du Conseil National de Transition libyen préciser que le Coran serait « au cœur des nouvelles institutions libyennes ». Les « démocrates » de Benghazi, chers à Bernard-Henri Lévy, sont des islamistes. Il faut se préparer à revivre le scénario iranien avec le triomphe de l’ayatollah après la chute du Chah. On a vu aussi que la haine séculaire entre les tribus de la Cyrénaïque et celles de la Tripolitaine s’était réveillée. On va donc assister à une partition de la Libye, comme ce qu’on a vu en Irak. Et on a d’ailleurs compris que tout s’était joué non pas grâce à la volonté du peuple libyen de chasser le dictateur mais grâce à l’intervention militaire étrangère massive et plus encore grâce à la volte-face de quelques chefs de grandes tribus. Ce n’est pas le peuple libyen qui a renversé Khadafy mais les grandes puissances pétrolières et ces chefs de tribus qu’elles avaient fini par acheter.
Il est vraisemblable qu’à la veille des présidentielles les électeurs français s’apercevront que la Libye a explosé et qu’elle se trouve dans le même état que l’Afghanistan ou l’Irak. Souvenons-nous des cris de victoire des Américains au lendemain de la chute des Talibans à Kaboul ou de celle de Saddam Hussein à Bagdad. Il leur a bien fallu déchanter depuis.
Et qui peut croire un seul instant qu’en avril prochain la Grèce aura réussi à stabiliser son économie ? Les conditions drastiques imposées au gouvernement d’Athènes sont totalement insupportables pour les Grecs et si Papandréou tentait vraiment de les appliquer, il est évident que la rue le renverserait. Tout le monde se sait.
La Grèce, mère de la démocratie, est un pays merveilleux qui nous est particulièrement cher mais il était absurde de vouloir faire entrer son économie –pour le moins « exotique »- parmi les nôtres.
Ce n’est donc ni avec la Libye ni avec sa gestion de la crise de l’euro que Sarkozy va pouvoir se requinquer. Sa seule chance, qui n’est pas négligeable, reste les malheurs et les divisions de ses adversaires.
Après le « forfait » inespéré de Strauss-Kahn, il a maintenant en face de lui un PS qui va, sans doute, s’étriper lors des primaires. On va assister ce soir en direct à la télévision au premier « show » de ce feuilleton. Hollande est donné grand favori, Martine Aubry joue déjà les Poulidor, Ségolène Royal n’est plus qu’une outsider et les trois autres qui feront de la figuration seront obligés de tirer à vue et de balancer les pires des scuds contre leurs petits camarades pour se faire remarquer.
Le non-sens de ces primaires de gauche est que, ce soir et pendant toute cette campagne des primaires, les compétiteurs doivent s’adresser à tous les Français pour séduire… les électeurs de gauche. Or, on ne peut pas tenir le même langage pour plaire au militant de gauche et à l’électeur de base. Pour remporter les primaires, il va évidemment falloir, au minimum, annoncer un retour à la retraite à 60 ans, l’embauche de quelques dizaines de milliers de fonctionnaires et la création de milliers d’emplois aidés. C’est, à tous les coups, se disqualifier pour le second tour de la présidentielle.
Le spectacle que vont nous offrir ces primaires sera-t-il suffisant pour faire oublier le bilan du quinquennat ? C’est ce qu’on veut croire à l’Elysée où l’on s’entête à ironiser sur les chances d’un candidat plus ou moins centriste et qui pourrait réunir sur son nom à la fois tous ceux qui rejettent le président sortant et les promesses inconsidérées d’une gauche trop « promettante » si ce n’est « prometteuse » pour être crédible.

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