Archives par moisseptembre 2011



Le canular de Juppé

Alain Juppé est un ancien normalien et donc, malgré ses airs sérieux, voire ennuyeux, il aime les canulars, grande spécialité des élèves de la rue d’Ulm. Hier soir, à la télévision et ce matin dans Le Figaro, il nous en a fait un, tout en finesse, plein d’humour mais qui relevait tout de même du crime de lèse-majesté.
On sait que l’ancien enfant chéri de Chirac, ancien Premier ministre et actuel ministre des Affaires Etrangères n’improvise jamais ses propos. Tout est réfléchi, préparé, pesé au mot près, à la virgule près. Or, que nous a-t-il dit ? Qu’il aidera « sans ambiguïté » Nicolas Sarkozy… « s’il est candidat », qu’il lui arrive de « rêver même les yeux ouverts », « qu’il peut y avoir des circonstances qui font que… », qu’il n’imagine pas de devenir président mais qu’il se dit « qu’il y a, peut-être, parfois, des surprises ».
En clair, Juppé nous a annoncé qu’il était parfaitement prêt à être candidat à la présidentielle au cas où Sarkozy déclarerait forfait. Cela rappelle étrangement l’appel de Rome lancé par Pompidou dans lequel l’ancien Premier ministre du Général se déclarait prêt à assurer la relève de de Gaulle au cas où.
Certes, Juppé a répété à plusieurs reprises qu’il était « convaincu » que Sarkozy serait candidat, que Sarkozy était « le meilleur des candidats » et qu’il n’y avait « pas de recours aujourd’hui, Sarkozy étant là », mais il a tout de même, à trois-quarts de mots, évoqué la possibilité de « circonstances » qui feraient que…, de « surprises » qui feraient que… sans jamais terminer ses phrases.
En face d’un président rejeté depuis des mois par 70% des Français, enlisé dans une crise économique, financière et sociale sans précédent et cerné par toute une série de scandales, le fait que son ministre le plus important (qu’est devenu Fillon, où sont passés les autres ?) ose évoquer, même au conditionnel, l’hypothèse qu’il ne tentera pas de se faire réélire ressemble à s’y méprendre à un coup de pied de l’âne.
Visiblement, Juppé « rêve » que « les circonstances » et « les surprises » conduisent Sarkozy à jeter l’éponge. Et il aimerait bien nous faire partager ce rêve. D’ailleurs, si on écoute les bruissements des couloirs de l’Assemblée ou a fortiori du Sénat, on s’aperçoit que le ministre des Affaires Etrangères n’est pas le seul à être convaincu qu’avec Sarkozy la droite va droit dans le mur.
Mais cette opération qui pourrait bien ressembler à un début de manoeuvre de déstabilisation du Président n’est, évidemment, qu’un canular. Il faudrait que les sondages s’effondrent encore davantage, que l’affaire de Karachi devienne vraiment un scandale d’Etat pour que Sarkozy soit obligé d’abandonner la partie. Et rien ne dit que, dans ce cas-là, Juppé puisse apparaître comme le sauveur de la droite. Les Français n’ont pas oublié son si malheureux « droit dans mes bottes », son entêtement face aux grèves de l’hiver 1995, la dissolution qu’il a perdue en 1997, ses ennuis judiciaires et surtout ils n’ont jamais compris qu’après s’être montré si sévère envers Sarkozy il ait finalement accepté d’entrer dans son gouvernement pour lui donner un semblant de respectabilité en échange d’un maroquin.
Mais avec son (faux) canular, Juppé a libéré la parole des apparatchiks de l’UMP. Ils peuvent maintenant se demander presqu’ouvertement s’il ne leur faudrait pas trouver un homme recours pour le cas où Sarkozy ne se représenterait pas. Hypothèse de travail qui était jusqu’à présent inconcevable.
Les rats sont toujours nombreux à vouloir quitter un navire en perdition.

30 Sep 2011 | Comments (7)

Les primaires, une machine à gagner ?

Certains, même à gauche, nous avaient affirmé que les primaires de la gauche seraient une machine à perdre, que les différents candidats s’étriperaient et que les Français assisteraient au spectacle pitoyable d’un panier de vieux crabes où chacun ferait de la surenchère dans la démagogie.
Au lendemain du deuxième « combat » des cinq (le sixième, le radical Baylet, se contentant de faire de la figuration), il faut bien reconnaître que ces ténors socialistes s’en tirent plutôt bien. Personne ne s’est étripé. Chacun a présenté ses petites différences et joué son rôle.
Les deux petits nouveaux, Montebourg et Valls, ont fait leur tour de piste comme convenu, le premier incarnant la gauche du PS, le second sa droite. La star de jadis, de 2007, Ségolène Royal, est venue nous faire ses adieux. Les deux seuls vrais concurrents, Hollande et Martine Aubry, se sont déjà repartis les places, le premier à l’Elysée, la seconde à Matignon. Ils ont fait mine de s’affronter pour nous faire croire que ces primaires étaient une vraie compétition et que les électeurs auraient vraiment le choix mais ils se sont assez épargnés pour que ce couple soit crédible pour les présidentielles.
On ne s’y attendait pas mais ces primaires ont permis à la gauche de s’installer. Alors que Sarkozy n’a toujours pas annoncé sa candidature, que certains de ses « amis » commencent à se demander s’il ne faudrait pas trouver un autre candidat pour représenter la droite, qu’il est pris, au milieu d’une ambiance de fin de règne, dans le tohu-bohu des toutes les crises et dans le vacarme des scandales à répétition, le PS se prépare consciencieusement et occupe le terrain.
Grâce à ces faux débats où tous les compères ont rempli leur mission, les Français sont rassurés. Le PS n’est plus inquiétant puisque le révolutionnaire Montebourg et la pasionaria Ségolène Royal seront éliminés. Il est toujours (un peu) de gauche puisque le « réac » Valls sera lui aussi éliminé. « La dame des 35 heures » qui a mis beaucoup d’eau dans son vin ne l’emportera pas mais elle s’est « civilisée ». Et Hollande qui n’a rien pour faire rêver, que jamais personne n’aurait pu imaginer voir entrer un jour à l’Elysée a réussi à s’imposer en jouant les « normaux » (pour reprendre sa propre expression), autant dire les pâlots, les insipides et les sans saveur et nous nous sommes habitués, voire résignés à le voir en héros, héraut d’une gauche raisonnable et fadasse.
Ces primaires ont permis au PS de prendre une avance considérable dans la course à l’Elysée, de rassurer l’opinion et de hisser Hollande au rang de présidentiable.
Il reste sept mois avant l’échéance fatidique, autant dire une éternité pendant laquelle tout peut encore arriver. Mais, d’un coté, Sarkozy va devoir se débattre avec des affaires qui le cernent de toutes parts, un mécontentement grandissant, chez les enseignants mais bientôt chez d’autres catégories professionnelles, un budget qui va se traduire par les augmentations de prélèvements, une croissance nulle, des défections dans ses rangs, un centre qui s’organise et pourrait devenir redoutable, une extrême-droite qui va remonter dans les sondages, alors que, de l’autre coté, on va voir un Hollande sûr de lui, couronné par ces primaires et donc déjà triomphant. Ces primaires ont permis au challenger improbable de devenir le favori évident. Cette machine à perdre s’est transformée en machine à gagner.
Grâce au « forfait » de DSK, Hollande va remporter les primaires, grâce à Sarkozy, il pourrait bien entrer à l’Elysée. Un président par défaut. Ce n’est pas très enthousiasmant.
Mais, bien sûr, tout peut encore arriver d’ici avril prochain.

29 Sep 2011 | Comments (8)

Sarkozy s’en prend maintenant aux fonctionnaires

Jamais, semble-t-il, une manifestation d’enseignants n’avait réuni autant de monde qu’aujourd’hui. Il est vrai que, grande première, le privé s’était joint massivement au public. Les profs sont mécontents et ne supportent plus le régime de Sarkozy. Ils ne sont pas les seuls mais ils ont l’avantage sur tous les autres mécontents d’être fortement syndiqués et ils savent que, quand ils descendent dans la rue, l’opinion s’inquiète. D’ailleurs, un certain nombre de gouvernements ont vacillé au lendemain de grandes manifestations de profs et/ou de jeunes.
Aujourd’hui, et comme souvent, ils protestaient contre les diminutions de postes dans l’enseignement et la dégradation de leurs conditions de travail. Il n’y a aucun doute que l’Education nationale n’aurait pas dû être le premier des ministères dans lequel on pouvait appliquer la loi du « non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ». Cette loi, indispensable dans un pays qui compte plus de six millions de fonctionnaires -fonctionnaires d’Etat, fonctionnaires territoriaux, fonctionnaires hospitaliers- c’est-à-dire 10% de la population, doit s’appliquer intelligemment. Nous avons beaucoup trop de ronds-de-cuir qui lézardent aux Finances, à l’Equipement et plus encore dans nos communes, dans nos départements et dans nos régions, mais nous en manquons dans nos hôpitaux, dans la police et, sans doute en effet, dans nos écoles. Passer le même coup de rabot partout est absurde.
Cela dit, si nos enseignants ont parfaitement le droit d’exprimer leur grogne, on pourrait aussi leur reprocher de ne pas s’être regarder dans une glace. L’Ecole est la grande malade du pays depuis des décennies et les enseignants y sont, bien sûr, pour quelque chose. Cela fait un demi-siècle que notre Ecole n’est plus capable de former des jeunes aptes à entrer dans la vie active, à s’insérer dans la société, à s’assimiler quand il s’agit d’enfants d’immigrés. L’Ecole française est devenue une usine à fabriquer des chômeurs et des illettrés. Même si personne n’ose le dire, c’est l’Ecole qui est –en partie- responsable des problèmes du chômage, de la violence dans nos villes, de l’immigration mal gérée.
Jadis, les jeunes étaient formés par la famille, par l’église, par l’école, par le service militaire, par le travail. Aujourd’hui, les familles sont le plus souvent monoparentales, les églises sont désertes, le service militaire a été supprimé et le chômage a remplacé le travail. L’Ecole se retrouve donc seule en charge non plus seulement de l’enseignement mais aussi de l’éducation. Et il est évident qu’elle ne peut pas faire face à cette mission.
Nous avons réussi tant bien que mal la « massification » des élèves (6 millions en 1946, 13 millions aujourd’hui). 80% des jeunes arrivent désormais au niveau du baccalauréat. Mais nous avons raté la « massification » des enseignants dont le nombre a aussi doublé mais qui, pour une grande majorité d’entre eux, ne sont évidemment pas au niveau qu’on serait en droit d’exiger. Depuis des années, le fameux CAPES est accordé à des candidats n’ayant obtenu que 6 ou 7 sur 20 au concours, car il faut bien mettre des professeurs, même médiocres, en face des élèves. On a doublé le nombre des élèves et c’est très bien, même s’ils sont aujourd’hui parfois beaucoup plus « difficiles » qu’autrefois, on a donc dû doubler le nombre des enseignants et on a donc embauché des mauvais. Il faut avoir le courage de le dire. Mais c’est l’histoire de l’œuf et de la poule. Une mauvaise école fabrique de mauvais enseignants. Et François Hollande est totalement inconscient dans sa démagogie quand il promet d’embaucher 70.000 enseignants. Où les trouvera-t-il ? On ne fabrique pas 70.000 enseignants d’un trait de plume.
Il faudrait d’ailleurs se poser une vraie question de fond. On a, en quelques décennies, multiplié par dix le nombre de bacheliers. Cela fait plaisir à tout le monde, à l’opinion, aux gouvernements, aux parents, aux élèves. Mais personne ne s’est jamais demandé si, pendant le même temps, notre pays, notre société, notre économie avaient multiplié par dix le nombre d’emplois exigeant le niveau du bac. Cette fameuse massification a conduit à recruter des enseignants incapables d’assumer leur mission et à former inévitablement des chômeurs, des jeunes qui ont fait des efforts et des sacrifices pour obtenir un morceau de papier qui ne leur sert à rien.
Les enseignants ont raison de râler mais, au lieu de réclamer de nouveaux personnels, ils feraient mieux de réfléchir à l’Ecole du XXIème siècle et de proposer une véritable révolution de notre système scolaire. Quand ils ont voulu le faire avec le pédagogisme,, la lecture globale, l’éveil des compétences qui devait remplacer la transmission des savoirs, ils ont provoqué un chaos indescriptible dont nous ne sommes pas encore sortis.
Mais c’était, bien sûr, à Sarkozy de présenter cette révolution. C’était beaucoup plus important que la réforme des retraites et infiniment plus essentiel que celle de nos collectivités locales ou celle de la carte judiciaire ou celle des services du ministère des Finances. Il avait, même si c’était un peu tard, une superbe occasion de le faire aujourd’hui.
Au lieu de cela, il a préféré, avec une bêtise incommensurable, affirmer cet après-midi qu’il n’entendait pas protéger les enseignants qui bénéficient de la garantie de l’emploi, voulant se limiter à défendre les salariés du privé menacés de perdre leur emploi.
Dans le registre de la démagogie, il n’était jamais allé aussi loin. Aucun président de la République n’avait jamais, jusqu’à présent, osé utiliser cette vieille ficelle qui consiste, pour caresser l’opinion dans le sens du poil, à opposer les salariés du privé aux salariés du public. Les 4 millions de chômeurs –à commencer par ceux de Gandrange- auxquels il avait promis qu’en travaillant plus ils gagneraient plus ont du sourire amèrement en l’entendant dire qu’il les protégeait. Quant aux fonctionnaires dont il est, par définition, le « patron » suprême, ils ont dû sursauter.
Sarkozy sait que le bon million de fonctionnaires de l’Education ne fait pas partie de son électorat. Mais ce n’était pas une raison pour les provoquer ainsi. D’ailleurs, il s’en est pris aux 6 millions de fonctionnaires toutes catégories confondues qui tous bénéficient de cette garantie de l’emploi. A croire que non seulement il est inconscient de son rôle de chef de l’Etat mais qu’en plus il ne serait pas à 6 millions de voix près.
Sarkozy avait déjà donné du grain à moudre aux syndicats en affirmant un beau jour que désormais quand il y avait une grève en France personne ne s’en apercevait. Aujourd’hui, à sept mois des présidentielles, en déclarant qu’il ne voulait pas se préoccuper du sort des fonctionnaires, il offre sur un plateau aux syndicats une occasion inespérée de préparer une mobilisation générale. Ils ne vont sans doute pas s’en priver.

27 Sep 2011 | Comments (8)

La France « profonde » a dit non à Sarkozy

A l’Elysée, les hommes de Nicolas Sarkozy en sont réduits à imaginer que les amitiés plus ou moins « franches-maçonnes » de Gérard Larcher pourraient lui permettre, samedi prochain, de conserver « le plateau » (la présidence du Sénat) à la droite. C’est dérisoire. D’abord, parce qu’à la Haute Assemblée, on compte autant de francs-maçons à gauche qu’à droite, ensuite et surtout, parce que les Français seraient évidemment scandalisés si de petits arrangements, des tractations plus ou moins secrètes et des magouilles compliquées permettaient à la droite de garder cette présidence du Sénat alors que le vote des grands électeurs a été sans appel dimanche dernier. On ne triche pas avec les résultats des urnes.
Les ténors de l’UMP semblent être de mauvais perdants. Ils devraient pourtant avoir l’habitude de perdre puisque, depuis le triomphe de Sarkozy en 2007, ils ont perdu toutes les élections, les municipales, les cantonales, les régionales. Certes, ces élections qu’on appelle « intermédiaires » sont toujours difficiles pour le pouvoir en place. Elles donnent aux électeurs l’occasion de faire connaître, à peu de frais, leur mécontentement. Et ils sont toujours mécontents. Mais jamais un pouvoir en place n’a perdu avec une telle régularité et dans de telles proportions ces scrutins.
Elu au suffrage indirect et n’ayant, par définition, jamais le dernier mot en face de l’Assemblée nationale, le Sénat est souvent méprisé. Or, il représente, mieux que l’Assemblée, la France « profonde ». Ses électeurs sont moins sensibles au monde médiatique parisien, aux effets de mode, aux vagues roses ou bleues, aux charmes de l’alternance. Elus du terrain –maintenant on dit « des territoires »- et non pas des instituts de sondages ou des journaux télévisés, souvent sans appartenance partisane nettement déclarée, ils ont les pieds enfoncés dans les réalités. Les maires des petites communes et des villes de moyenne importance connaissent mieux les problèmes du chômage, de la paupérisation, des délocalisations, de la désindustrialisation du pays, de la mort programmée de nos provinces que nos brillants énarques et nos fonctionnaires repus qui peuplent les travées du Palais Bourbon.
Ce sont toutes ces particularités qui ont fait que le Sénat a été de droite et plus encore de centre-droit depuis les débuts de la Vème République, la France « profonde » étant viscéralement de centre-droit.
Or, pour la première fois, ces grands électeurs qui, on l’a oublié, n’avaient pas voulu basculer à gauche ni en 1981, ni en 1988, ni en 1997 alors que des vagues roses déferlaient sur l’Assemblée, ont très clairement- dit non à la droite telle que la représente l’UMP.
Il est très intéressant de bavarder aujourd’hui avec certains de ces grands électeurs. Tous disent la même chose : « Sarkozy, ce n’est plus possible. Il nous a trahis avec son ouverture à gauche au début du quinquennat, puis, à mi-mandat, avec son coup de barre à droite-toute. Il n’a tenu aucune de ses promesses. Il a tout raté, contre le chômage, contre les déficits, contre l’insécurité. Les crises financière et économique ne sont pas des excuses. Un chef de l’Etat est élu pour affronter ce genre de catastrophes. Et puis surtout, les Français ne le supportent plus ».
Le Sénat a basculé à gauche non pas parce que cette France profonde s’est brusquement convertie au socialisme ni même à la social-démocratie mais parce qu’elle a tout simplement et très clairement rejeté Sarkozy en personne.
C’est évidemment une préfiguration de ce qui pourrait bien arriver en avril prochain lors des présidentielles. Une France majoritairement de centre et de droite se jetant dans les bras d’un socialiste par rejet du candidat de droite, comme elle l’avait déjà en 1981, par rejet de Giscard, en 1988, par rejet de Chirac, en 1997, par rejet de Juppé.
Sur le papier, cela devrait être une chance inespérée pour les candidats de droite ou du centre qui se sont nettement démarqués de Sarkozy, les Bayrou, Borloo ou Villepin. Depuis qu’il a été pour une seconde fois relaxé dans l’affaire Clearstream, l’ancien Premier ministre a abandonné la présidence de son petit parti République solidaire pour se placer au-dessus des partis et tenter de fédérer, avec Borloo et Bayrou, une alternative. L’idée n’est pas mauvaise mais la guerre des égos risque fort de compromettre l’opération. Pour l’instant, il semble bien que ce soit Marine Le Pen qui engrange le mieux les voix de tous ceux qui, à droite si ce n’est au centre, ne veulent plus de Sarkozy.
Un deuxième tour Hollande-Marine Le Pen pousserait sans doute de nombreux électeurs de cette France profonde à rester chez eux le jour du scrutin. Sarkozy resterait alors comme celui qui a discrédité, déconsidéré, disqualifié la droite.

27 Sep 2011 | Comments (7)

L’affaire de Karachi va-t-elle tuer Sarkozy ?

Tous les Français sont maintenant convaincus qu’Edouard Balladur et ses amis (les deux Nicolas, Sarkozy et Bazire, Léotard, Donnedieu de Vabres, Gaubert, Hortefeux et quelques autres) ont bel et bien, pour financer leur campagne présidentielle de 1995, organisé tout un système de rétro-commissions dans le cadre de la vente de sous-marins au Pakistan. Les dossiers et les témoignages éclatent au grand jour.
Chirac et Villepin le savaient depuis 1994 et c’est ce qui avait incité Chirac, à peine élu, à arrêter, en 1995, le versement des commissions (légales) que la France versait à des intermédiaires pakistanais. Il voulait par-là interrompre les rétro-commissions et assécher les caisses des balladuriens.
La justice subodorait l’existence de ces rétro-commissions depuis 2002 et l’attentat de Karachi qui avait coûté la vie à onze Français. Sur le coup, on nous avait raconté que c’était Al Qaïda qui avait voulu punir ainsi la France de son intervention en Afghanistan. Cela ne tenait pas debout. Très rapidement, nos services secrets avaient fait le lien entre cet attentat et l’interruption du versement des commissions.
L’Elysée a beau jurer aujourd’hui ses grands dieux que Sarkozy n’est en rien mêlé à cette histoire, rappeler qu’il n’était ni le directeur ni le trésorier de la campagne de Balladur, il est évident que le président est mouillé jusqu’aux yeux dans cette affaire. D’abord, parce qu’il était le personnage clé de la campagne de Balladur, ensuite et surtout, parce qu’en tant que ministre du Budget c’est lui qui avait monté tout le système de transfert des fonds qui permettait, par le Luxembourg et la société Heine, de récupérer les rétro-commissions.
Ce scandale va-t-il, douze ans après, « tuer » Sarkozy ? On se souvient que l’affaire de sa feuille d’impôts avait « tué » Chaban-Delmas et que celle des diamants avait « tué » ou en tous les cas achevé Giscard.
Certains affirment déjà que, la machine infernale étant lancée, Sarkozy ne pourra même pas se présenter, qu’à l’UMP on en est déjà à chercher un nouveau candidat et que tous les regards se tournent désormais vers Fillon puisque le nom de Copé est, lui aussi, cité dans l’affaire.
On imagine cependant assez mal Sarkozy jetant l’éponge et acceptant de partir comme un petit délinquant sous les huées de la foule. Ce type va se battre jusqu’au KO final.
Reste que cette affaire va plomber encore davantage sa candidature. Il traînait déjà son image de bling-bling, ses innombrables promesses non-tenues, ses zigzags idéologiques, ses échecs dans la lutte contre le chômage, les déficits, l’insécurité, voilà qu’il apparaît, lui qui prônait « la République irréprochable », comme un type véreux, organisateur de transports de valises entre la Suisse et des officines parisiennes.
Certes, l’affaire est ancienne, certes on ne prouvera sans doute jamais son implication personnelle dans ce trafic, même si ses amis Bazire, Hortefeux et Gaubert y sont étroitement mêlés. Mais les Français en ont assez de ces flots de scandales qui submergent notre personnel politique.
Il va être très intéressant de voir si, demain à l’occasion des élections sénatoriales, les « grands électeurs » -c’est-à-dire bien souvent de petits notables locaux, sans étiquette mais majoritairement « de droite »- entendront sanctionner le président en lui imposant un Sénat de gauche ce qui sonnerait évidemment l’hallali. Certains diront qu’il ne l’aura pas volé.
Ils sont déjà plusieurs à boire du petit lait. Hollande, bien sûr, mais aussi Bayrou, Borloo, Villepin et, plus encore Marine Le Pen.
Tous les experts nous avaient pendant longtemps annoncé un deuxième tour Sarkozy-Strauss-Kahn. Ils se sont trompés.

24 Sep 2011 | Comments (10)

Le boomerang revient droit sur Sarkozy

Nicolas Sarkozy a sûrement eu tort de continuer à s’acharner contre Dominique de Villepin et, accessoirement, contre Chirac.
Quand il a compris que le verdict en appel du procès Clearstream allait, une nouvelle fois, innocenter l’ancien Premier ministre et que le procureur allait déclarer qu’il n’y avait rien à reprocher à l’ancien Président de la République dans l’affaire des emplois présumés fictifs de la Ville de Paris, Sarkozy a cru malin de demander à son ami Bourgi de balancer l’histoire des mallettes bourrés de dollars que les chefs d’Etat africains auraient envoyées à Chirac et Villepin. On le sait, le président de la République, avec ses crocs de boucher, est un teigneux
La barbouze Bourgi n’étant guère crédible, n’ayant apporté aucune preuve de ses accusations et ayant poussé le culot jusqu’à affirmer, contre toute évidence, que ces méthodes avaient totalement cessé avec l’arrivée de Sarkozy à l’Elysée, le coup des mallettes a fait pschitt. Et d’autant plus que le dit Bourgi ne faisait que « révéler » un secret de Polichinelle.
Mais la chose a du énerver certains, à commencer, bien sûr, par ceux qu’on appelait les chiraquiens et qu’on appelle désormais les villepinistes. Si Sarkozy déclarait une nouvelle guerre, il allait l’avoir et, cette fois, il n’y aurait pas de quartier.
Cela fait des mois que, dans ce petit blog et ailleurs, on répète à Sarkozy que, s’il continue à chercher des poux dans la tête de l’ancien Premier ministre, une énorme bombe dévastatrice va lui exploser au visage.
Depuis 9 ans, Villepin suit de très près tous les dossiers dans lesquels apparait le nom de Sarkozy. D’abord, comme directeur de cabinet d’Alain Juppé au ministère des Affaires Etrangères, puis comme secrétaire général de l’Elysée auprès de Chirac, puis comme ministre des Affaires Etrangères et enfin comme Premier ministre. Il ne faut pas oublier que Villepin a été « le chef de commando » de Chirac dans la guerre qui l’a opposé à Balladur entre 1993 et 1995 et qu’à partir de 2002 Villepin s’est préparé à affronter Sarkozy pour la présidentielle de 2007.
Tout le monde sait que Villepin a le goût des cabinets noirs et des coups fourrés et qu’il se passionne pour les ventes d’armes car il a toujours été convaincu que ces contrats, plus ou moins couverts par le secret défense, permettaient toutes les magouilles et les transferts de fonds les plus clandestins.
C’est Villepin qui, dès 1995 et l’entrée de Chirac à l’Elysée, avertit le nouveau Président que la vente de sous-marins français au Pakistan avait, évidemment, permis à Léotard, ministre de la Défense, Sarkozy, ministre du Budget, et Balladur, premier ministre-candidat à l’Elysée de récupérer, grâce à des intermédiaires plus ou moins véreux et à un habile montage, des rétro-commissions pour financer la campagne balladurienne. Le secrétaire général de l’Elysée avait même appris que ces sommes, relativement considérables, transitaient par une banque luxembourgeoise, grâce à un tour de passe-passe mis au point par le ministre de Budget. Banque qui allait bientôt s’appeler… Clearstream. Chirac avait alors aussitôt décidé d’interrompre les commissions versées aux intermédiaires pakistanais pour arrêter les rétro-commissions et couper les vivres des balladuriens qui ne savaient pas comment justifier leurs frais de campagne.
En 2002, le jour même où Villepin devient ministre des Affaires Etrangères, un attentat à Karachi provoque la mort de onze techniciens français travaillant pour ces sous-marins. Villepin comprend immédiatement que c’est là la vengeance des Pakistanais furieux que Paris ait interrompu le versement de leurs commissions et qui se montraient menaçants depuis déjà de longs mois.
Jusqu’à présent Villepin n’avait jamais voulu se servir de cette affaire pour détruire Sarkozy car c’était la décision de Chirac d’arrêter le paiement des commissions qui avait provoqué la mort des onze Français. Il s’était contenté de laisser « fuiter » certaines informations tout au long des procès Clearstream, s’imaginant, à tort, que ces menaces à peine voilées suffiraient pour calmer l’acharnement de Sarkozy.
Il semble aujourd’hui que les villepinistes estiment que Sarkozy a dépassé la mesure et Villepin lui-même pense sans doute que, pour mieux préparer sa campagne présidentielle, il ne serait pas inutile de faire savoir aux électeurs français que le héros de « la République irréprochable » a été au cœur d’une des affaires les plus crapuleuses de la Vème République.
Hier, on a appris, coup sur coup, que Thierry Gaubert, ancien conseiller de Sarkozy à la mairie de Neuilly et au ministère du Budget, était en garde à vue et, mieux encore, que Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet de Balladur à Matignon et surtout témoin de mariage de Sarkozy quand il a épousé Carla Bruni en 2008, était mis en garde à vue.
Tout cela dans le cadre de l’enquête sur la vente des sous-marins au Pakistan. Comme l’écrit pudiquement l’Express qui ne s’est jamais distingué dans un anti-sarkozisme virulent, « l’étau se resserre dans l’affaire des sous-marins », sans préciser toutefois autour de qui se resserre cet étau.
C’est l’ancienne femme de Gaubert, Hélène de Yougoslavie, qui aurait permis au juge van Ruymbeke de faire un grand pas dans ses recherches. La princesse aurait, en effet, affirmé au magistrat que son mari était allé à maintes reprises en Suisse, en compagne de l’homme d’affaires (bien contesté) Ziad Takieddine, chercher des valises de billets qu’il aurait remises en main propre à Nicolas Bazire.
Il est évident qu’après un quinquennat marqué par une cascade de scandales, de l’affaire Woerth à l’affaire DSK, la campagne qui commence va se jouer, en partie, sur le thème de la morale, un mot qui fait rigoler la plupart de notre personnel politique.
Aujourd’hui, les Français se demandent s’il faut croire Bourgi accusant Villepin ou la princesse yougoslave accusant Sarkozy et s’il vaut mieux recevoir des rétro-commissions pakistanaises que des mallettes africaines. Cela risque bien de ne pas leur donner une très belle image de notre démocratie. Tout cela est du pain bénit pour Marine Le Pen et plus encore pour le camp des abstentionnistes.
Le prometteur de « a République irréprochable » pourrait bien y perdre encore quelques points dans les sondages et même y perdre des plumes.

21 Sep 2011 | Comments (10)

Justice de classes, justice aux ordres ?

Un procureur new-yorkais qui estime que les charges sont insuffisantes pour poursuivre Dominique Strauss-Kahn dans une affaire de tentative de viol, une cour d’appel qui relaxe Dominique de Villepin dans une affaire de calomnie, un procureur parisien qui affirme qu’il n’y a rien à reprocher à Chirac dans une affaire d’emplois fictifs. En quelques jours, les Français ont vu, coup sur coup, la justice blanchir les « héros » de trois feuilletons qui les tenaient en haleine depuis des semaines, pour l’un, des années pour les deux autres.
Bien sûr, les trois affaires n’ont rien de commun. DSK était accusé devant le procureur de New-York d’avoir commis un crime. Villepin, lui, était poursuivi moins par la justice que par l’acharnement du président de la République. Et Chirac, lui, était traîné devant les tribunaux pour ce qu’il faut bien appeler des peccadilles, quelques petites faveurs accordées à des copains, une vingtaine d’emplois plus ou moins fictifs au milieu de 40.000 fonctionnaires de la Ville dont certains n’en font pas lourd non plus.
Cela dit, aux yeux du « brave peuple » que l’administration n’hésite jamais à poursuivre de sa vindicte devant les tribunaux, qu’un directeur général du FMI, qu’un ancien Premier ministre et qu’un ancien Président de la République se trouvent acquittés, blanchis, relaxés après avoir été trainés dans la boue par la presse unanime et cloués au pilori de l’opinion publique a quelque chose de déplaisant.
Il est vraisemblable que cette opinion publique continue à être persuadée que les trois hommes sont coupables et qu’ils ont bénéficié de la clémence d’une justice toujours prête à s’incliner devant « les puissants ». Justice de classes ! Justice aux ordres !
Ces juges ont-ils vraiment agi en leur âme et conscience ou ont-ils compris, à New-York, que DSK avait les moyens intellectuels et financiers de discréditer totalement son accusatrice, à Paris, que le pouvoir ne souhaitait plus s’acharner ni contre Villepin, ni contre Chirac ?
On ne saura jamais le fin mot de ces trois histoires si différentes. Les trois hommes s’en sortent la tête haute. DSK va courir les plateaux télévisés, Villepin va annoncer sa candidature à l’Elysée et Chirac va pouvoir mourir tranquille.
C’est la justice, elle, qui va être condamnée. Par l’opinion. Et même si, hypothèse d’école, les trois hommes étaient innocents.

20 Sep 2011 | Comments (5)

Les cocoricos éraillés du petit Copé

Encore une fois, on est bien obligé de se dire que Jean-François Copé aurait mieux fait de se taire. Sa dernière idée est pour le moins saugrenue.
Le patron de l’UMP voudrait maintenant qu’à leur majorité les jeunes Français fassent « acte d’allégeance » à la Patrie et se disent « prêts à mourir pour la France » et surtout –ne soyons pas dupes- qu’au moment de leur naturalisation, les jeunes étrangers devenant français fassent, eux aussi, « acte d’allégeance » au pays et se disent, eux aussi, « prêts à mourir pour la France ».
Dans le genre « démago » et clin d’œil appuyé vers les électeurs du Front National, on pourrait difficilement faire mieux. En plus, c’est totalement absurde.
C’est absurde, d’une part, parce que si d’aventure une guerre éclatait, les Français n’auraient guère le choix et, contents ou pas, ils seraient mobilisés et envoyés sur le front. Que ferait d’ailleurs Copé des jeunes Français « de souche » refusant de faire allégeance et de se dire « prêts à mourir pour la France » ? La prison pour « désertion par anticipation » ?
Et pour ce qui est des naturalisés, Copé semble oublier que, dès l’instant où ils deviennent français, ces « anciens étrangers » sont évidemment soumis aux mêmes obligations que tous les Français, ce qui veut dire qu’en cas de guerre, ils seraient, comme les autres, mobilisables, mobilisés et envoyés au front.
Il est donc parfaitement inutile de demander aux uns et aux autres si cette lointaine perspective de servir de chair à canon pour notre beau pays les réjouit d’avance. Le cocorico éraillé de Copé est ridicule.
C’est absurde, d’autre part, parce que si les problèmes de la jeunesse et ceux de l’immigration sont, hélas et toujours, d’une totale actualité, il faut bien dire que l’hypothèse d’une guerre à nos frontières, avec Charge de Reichshoffen et Tranchée de baïonnettes, ne semble, heureusement, pas très crédible. On veut croire que les jeunes Français –de souche ou naturalisés de fraîche date- n’auront pas à mourir pour la France dans les années à venir. Le cocorico de Copé sonne creux.
Aujourd’hui, le problème de nos jeunes n’est pas de savoir s’ils sont prêts à mourir pour la France, mais, beaucoup plus prosaïquement, de savoir s’ils ont reçu une formation capable de leur offrir une place dans notre société. Tout comme le problème de nos naturalisés de fraîche date n’est pas de savoir s’ils sont prêts à mourir pour le pays qui les a accueillis mais bien de savoir s’ils sont capables de vivre avec nous, d’accepter nos usages, nos coutumes, nos lois, notre culture, notre civilisation.
Le problème de tous les jeunes n’est pas de savoir comment ils vont mourir mais bien d’essayer de vivre le plus décemment possible dans une société qui ne s’est guère occupée de leur avenir.
Ce n’est pas en essayant de singer une vieille tradition américaine que Copé va résoudre le problème des jeunes ni celui de l’immigration. Il ferait mieux de s’attaquer au drame du chômage qui est à l’origine et au cœur du problème de la jeunesse comme de celui de l’immigration.
Cela fait des mois que l’UMP de Copé se prend les pieds dans le tapis et bafoue nos plus grands principes avec des questionnaires absurdes sur ce que c’est que d’être français, des débats incohérents sur l’immigration, des colloques provocateurs sur l’Islam. Autant d’initiatives qui n’ont strictement rien donné, bien sûr, si ce n’est qu’elles ont déclenché un véritable malaise chez les Français, de souche ou de fraîche date, et une inquiétude parfaitement justifiée chez nos immigrés non encore naturalisés qui se sont soudain demandés s’ils se trouvaient bien dans le pays des Droits de l’homme.
La Constitution affirme que la République doit offrir « une vie décente à tous les citoyens ». Pas une mort, fut-elle glorieuse.
On savait qu’avec cette campagne présidentielle qui débute on allait patauger dans les scandales en tous genres. Cela a déjà commencé. Mais il ne faudrait pas que les amis de Sarkozy, affolés par les sondages, se mettent à patauger, eux aussi, à déraper, à se fourvoyer dans des idées par trop absurdes, en se servant du drapeau, de fausses menaces d’une 3ème guerre mondiale, des morts pour la France d’antan.

20 Sep 2011 | Comments (8)

Le pouvoir de nuisance de DSK

Plus de 13 millions de téléspectateurs ont regardé DSK, hier soir, au journal télévisé de la une. Autant, parait-il, que pour une finale de championnat de football ou un mariage à Buckingham. Il ne faut pas s’en étonner. Tout au cours de cet été, Strauss-Kahn a fait beaucoup plus souvent les grands titres de notre presse –tabloïde ou pas- que l’augmentation du chômage, les suites de la catastrophe de Fukushima, la famine dans l’Est africain ou la crise grecque.
Il faut reconnaître que « le numéro » que voulait nous présenter l’ancien grandissime favori des sondages dans la course à l’Elysée n’était pas facile. Même si tout avait évidemment été soigneusement préparé, calibré avec une Claire Chazal qui semblait oublier qu’elle était journaliste pour ne plus être qu’une amie-complice d’Anne Sinclair, DSK savait parfaitement que les Français n’ont jamais considéré qu’il a été « blanchi » sous prétexte que le procureur de New-York a abandonné les poursuites. Le rapport du procureur que Strauss-Kahn brandissait tout au cours de l’émission est, en fait, accablant pour lui puisque le texte précise bien, tests ADN à l’appui, qu’il y a eu un rapport sexuel entre DSK et la femme de ménage du Sofitel et que le tout n’a duré que quelques minutes, ce qui exclut tout « coup de foudre » entre la pauvre fille et le directeur général du FMI.
DSK a eu tort d’affirmer que ce rapport sexuel n’avait pas été monnayé. Ce serait-là sa seule défense contre l’accusation de viol. Il a eu tort aussi de laisser entendre qu’il aurait pu tomber dans « un piège », voire même « un complot ». Pour évoquer de tels scénarios il lui faudrait avoir le début d’un commencement de preuve. Il ne l’a évidemment pas du moins pour l’instant.
Il s’en est tenu pour toute défense à reconnaître qu’il avait fait « une faute morale » et, penaud, à ajouter qu’il la regrettait. C’est beaucoup plus qu’une faute morale et on aurait préféré avoir des excuses plutôt que des regrets.
Certains espéraient qu’il allait nous annoncer son retrait définitif de toute vie politique. Ils ont été déçus. Discrédité, ridiculisé, déshonoré, Strauss-Kahn entend bien ne pas disparaitre de la scène politique et user et abuser du fantastique pouvoir de nuisance qu’il conserve.
Hier, il a reconnu non seulement qu’il avait l’intention de se présenter à la présidentielle, ce dont personne ne doutait, mais aussi et surtout qu’il y avait bel et bien « un pacte » entre Martine Aubry et lui. On le subodorait. Lui à l’Elysée, elle à Matignon. Mais jusqu’à présent Martine Aubry avait toujours refusé le mot de « pacte ». En officialisant ce secret de Polichinelle, DSK tire un gros boulet en plein visage de son « amie » la maire de Lille. En pleine primaire de la gauche, il la fait passer pour une menteuse et, plus grave, la présente comme une simple suppléante qui le remplace haut-le-pied.
Mais il y a eu pire encore. A l’issue de sa plaidoirie, DSK n’a pas pu s’empêcher, à la demande complaisante de Claire Chazal, de nous faire un cours d’économie. C’est son meilleur registre. Et là, l’ancien directeur général du FMI nous a carrément annoncé que la Grèce ne paierait jamais sa dette. C’est sans doute vrai. Mais était-ce bien son rôle et avait-il le droit, en tant qu’ancien très haut fonctionnaire international tenu au devoir de réserve, de balancer ainsi une information nous prédisant un cataclysme et qui ne pouvait qu’affoler les fameux marchés ? Ce matin la bourse perdait encore 2,60 points.
On avait l’impression que pour mieux répondre aux accusations que portent contre lui Mme Diallo et Mlle Donan, DSK voulait noyer le poisson, régler des comptes tous azimuts et pratiquait la politique de la terre brûlée. Tirant à vue sur la primaire de gauche en assassinant Martine Aubry, jouant les Cassandre pour l’économie mondiale en annonçant le naufrage de la Grèce ce qui signifie celui de l’euro.
Il s’est éliminé lui-même de la course au pouvoir mais il lui reste un fantastique pouvoir de nuisance et on a bien l’impression qu’il compte s’en servir.

19 Sep 2011 | Comments (9)

DSK super-star!

Dominique Strauss-Kahn sera la vedette du journal de 20 heures, demain, sur TF1. Il y a 48 heures, les six candidats à la primaire de la gauche ont attiré près de 5 millions de téléspectateurs. On peut parier que DSK fera beaucoup mieux. Nous sommes un peuple de voyeurs et les « histoires de cul », surtout si elles sont un peu glauques, nous ont toujours beaucoup plus intéressés que l’avenir du pays.
Certains s’étonneront peut-être que la première chaîne de télévision française ouvre tout grand son plateau à un homme qui, depuis quelques mois, a déserté les pages politiques pour envahir celles des faits divers. C’est, en tous les cas, la première fois que la télévision offre sa plus belle tribune à un homme accusé de tentatives (avec un s) de viol.
On dira que le procureur de New-York a finalement renoncé à le poursuivre, l’accusatrice ayant menti à maintes reprises, dans le passé et même, semble-t-il, dans le récit de l’agression dont elle se dit avoir été victime. Il n’empêche que les traces d’ADN sont formelles et qu’il est difficile d’imaginer que cette femme de ménage guinéenne soit tombée, en quelques minutes, éperdument amoureuse du directeur général du FMI, quels que soient ses charmes. On peut, au mieux, imaginer que la jeune femme dont la moralité ne paraît pas irréprochable ait tendu un piège à DSK pour tenter de le faire chanter, piège dans lequel le bonhomme –après avoir déjà passé la nuit avec une prostituée- aurait sauté à pieds joints. Dans ce cas, DSK ne serait pas un délinquant sexuel mais un obsédé sexuel totalement inconscient. D’ailleurs si l’affaire est close au pénal, elle va reprendre, cette fois, au civil dans quelques mois.
Là-dessus se greffe l’affaire Danon. Les amis de Strauss-Kahn ne voulaient pas croire qu’après avoir « sauté » la mère « le satyre du PS » ait voulu en faire autant avec la fille. D’après l’Express, il vient de reconnaître devant les policiers qu’il avait juste tenté de l’embrasser. Tenter de « voler un baiser » n’est pas un crime. Mais il est évident qu’un homme accusé de tentative de viol et qui avoue qu’il s’est « un peu » jeté sur la jeune femme qui l’accuse commence à filer un bien mauvais coton.
Que Strauss-Kahn, au lieu de se faire oublier pendant quelque temps comme on aurait pu le lui conseiller, refasse déjà surface pour présenter sa défense, nous raconter sa version des faits, expliquer sa conduite et, peut-être, nous présenter des excuses pour l’image déplorable qu’il a donnée pendant des semaines de la France est un choix inattendu et presque courageux, même si bien des téléspectateurs vont, sans doute, s’écrier demain soir : « Décidemment, ces gens-là ont tous les culots ».
On veut croire que l’ancien grandissime favori à la course à l’Elysée ne va pas nous faire le coup du complot. A moins qu’il n’ait des preuves irréfutables démontrant que Mme Diallo travaillait pour les services secrets de Sarkozy et Mlle Danon pour ses ennemis au sein du PS.
Le plus élégant serait évidemment qu’il nous annonce qu’étant un grand malade et, semble-t-il, incurable, il renonce à tout jamais à la vie politique et même publique.
Il est davantage vraisemblable qu’après avoir vaguement bafouillé des alibis et des excuses, il se dise toujours prêt, et plus que jamais, à mettre ses (évidentes) compétences économiques que personne ne conteste à la disposition du pays.
Quoi qu’il en soit, à part Sarkozy et ses amis qui boivent du petit lait, tout le monde ne peut que regretter –et surtout après avoir vu les six candidats de la primaire- que celui qu’on considérait comme l’un de nos plus brillants hommes politiques se soit ainsi suicidé. Certes, il avait été socialiste mais son séjour à la tête du FMI avait amplement démontré qu’il ne l’était plus et qu’il avait compris l’irréalisme délirant des utopies de ses petits camarades de la rue Solferino. DSK n’était plus socialiste mais il était toujours obsédé.
Cela dit , même s’il paraît stupéfiant que Claire Chazal s’offre ainsi à lui demain soir, nous allons tous regarder comment il va essayer de se dépêtrer de ces histoires. On sait qu’il a du talent et, faute d’avoir du pain, il nous faut bien maintenant nous contenter de ces jeux. C’est le sort des empires décadents. On s’amuse d’un rien.

17 Sep 2011 | Comments (6)

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