Tout le monde savait que, comme d’habitude, l’approche de la présidentielle allait faire sortir ou ressortir un certain nombre de ragots, de calomnies, d’affaires véreuses et de scandales. C’est une grande tradition chez nous. Dans la course à l’Elysée, tous les coups sont permis, même les plus bas et les plus tordus. Depuis les débuts de la Vème République, nous avons eu droit à l’affaire Markovic contre Pompidou en 1969, à l’affaire de sa feuille d’impôts contre Chaban en 1974, à l’affaire des diamants contre Giscard en 1981, au rappel de l’affaire de l’Observatoire contre Mitterrand en 1981 et 1988, aux affaires de la Mairie de Paris contre Chirac en 1995 et 2002. Certains en sont sortis indemnes, d’autres en ont été tués.
Mais, cette fois, pour 2012, nous allons battre tous les records. Ce n’est plus une campagne qui s’annonce mais un feuilleton sordide à multiples rebondissements où tout le monde ou presque sera accusé, compromis, sali. Tout cela ne va pas être « joli-joli ».
Tout a commencé avec l’affaire DSK, fabuleux coup de tonnerre de l’avant-campagne qui a éliminé celui qu’on donnait déjà comme le grand vainqueur de la compétition. La justice américaine a abandonné toutes les charges qui pesaient contre lui non pas parce qu’il était innocent mais parce que son accusatrice –sa « victime présumée »- n’était pas crédible. Ce n’est, bien sûr, pas très satisfaisant. Du coup, l’opinion en vient à penser que Strauss-Kahn n’a peut-être pas violé la fameuse femme de chambre du Sofitel mais qu’il est tombé dans un piège qu’elle lui aurait tendu en l’aguichant pour lui soutirer une bonne poignée de dollars. Pourquoi pas ? Mais cette hypothèse permet tous les fantasmes. Et si Mme Diallo avait tendu ce piège à DSK à la demande d’une officine française travaillant pour l’UMP ? Le scénario semble particulièrement farfelu mais, après tout, pourquoi pas ? Un livre vient de sortir évoquant cette version. Une chose est sûre, certains vont y croire.
Et voici qu’un autre livre ressort l’affaire Bettencourt affirmant que des témoins ont vu de leurs yeux Nicolas Sarkozy empochant des liasses de billets que lui remettait la femme la plus riche de France. On savait que Liliane Bettencourt, comme beaucoup d’autres grandes fortunes du pays, s’était toujours montrée particulièrement généreuse avec les partis politiques de droite (et sans doute aussi un peu de gauche, ces gens-là ne mettent jamais tous leurs œufs dans le même panier). Mais que le candidat Sarkozy qui prônait « la République irréprochable » ait reçu lui-même ces subsides totalement illégaux aurait quelque chose d’invraisemblable et en tous les cas de scandaleux.
Et ce n’est pas fini. Le 14 septembre, le tribunal de Paris va rendre son verdict sur l’appel de l’interminable affaire Clearstream, minable histoire de calomnie avec corbeau polytechnicien et énarque et faussaire au petit pied. Tout le monde se désintéresse totalement du sort qui va être réservé à Gergorin et à Lahoud qui sont indiscutablement coupables l’un et l’autre dans l’affaire. La seule question est de savoir si Dominique de Villepin va, lui, être, ou non, déclaré coupable de « complicité de dénonciation calomnieuse… par abstention ». Il a été acquitté de cette bien curieuse accusation lors d’un premier procès.
S’il est de nouveau acquitté, comme le laissent entendre certaines rumeurs autour du Palais de Justice, ce sera une claque pour Sarkozy qui, très maladroitement, a voulu s’acharner contre l’ancien premier ministre. S’il est condamné et donc inéligible, ce sera, évidemment, un scandale politique. La Justice (aux ordres) aura éliminé un candidat à la présidentielle qui, certes, n’avait aucune chance de l’emporter mais qui, incarnant le gaullisme social était devenu une sorte de statue du commandeur cauchemardesque pour le président sortant. Les Français comprendront que Villepin est condamné moins pour avoir laissé se répandre des rumeurs affirmant que Sarkozy avait un compte au Luxembourg que pour avoir déclaré, un jour, que le président de la République avait fait « la tâche du déshonneur sur le drapeau français ».
La réponse des Villepinistes sera d’ailleurs sanglante. Si jamais Villepin était condamné, il est évident que l’affaire des sous-marins pakistanais ressortirait immédiatement et que les Français apprendraient comment l’ancien ministre du Budget d’Edouard Balladur a géré les rétro-commissions de cette vente de sous-marins pour renflouer les caisses de son candidat à l’Elysée en 1995.
Sarkozy se réjouissait de voir DSK éliminé et Villepin condamné. Il pensait que Woerth serait la seule victime de l’affaire Bettencourt et que l’affaire des sous-marins pakistanais appartenait à l’histoire ancienne. Il va, sans doute s’apercevoir rapidement qu’en campagne présidentielle tout le monde peut recevoir un mauvais coup et notamment un coup de boomerang.
Mais ce qui est plus grave c’est que ce déluge d’affaires nauséabondes va, évidemment, faire le jeu des extrémistes.

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