Les vacances sont généralement considérées comme un acquis social que les salariés ont réussi à arracher au patronat pour connaître, eux aussi, les douceurs du farniente. Mais, à la réflexion, on peut se demander si ces fameux congés payés ne sont pas un piège tendu aux petits par les grands, les gros, les puissants pour pouvoir faire leurs pires vilénies en toute impunité.
Voici que les braves gens rentrent de leurs plages et de leurs terrains de camping. Que trouvent-ils à la maison ? Un univers dévasté. L’été a été meurtrier. Ils s’aperçoivent qu’ils ont perdu leurs économies, que la bourse s’est effondrée, que les banques sont au bord de la faillite, que l’euro qui devait sauver à tout jamais le vieux continent est en perdition, que les Etats sont ruinés. C’est la catastrophe et le sauve-qui-peut.
On avait dit aux Français que la crise était surmontée, que tout allait redémarrer comme avant et qu’ils pouvaient aller se dorer au soleil tranquillement. Après un mois de ciel gris, de pluie et de bourrasque, on leur annonce qu’on est au bord du précipice, que la croissance est à zéro, que les impôts vont augmenter, les aides en toutes sortes diminuer et donc qu’il va falloir réduire la consommation et que le chômage va encore s’aggraver.
On leur raconte que c’est de la faute de ces mystérieuses agences de notation qui s’amuseraient à dégrader les Etats comme des institutrices revêches qui prendraient plaisir à mettre au coin de mauvais élèves. Il y a trois ans, on avait accusé les traders d’être à l’origine de tous nos malheurs. Cette fois ce serait le thermomètre qui serait responsable de ce qui ressemble bien à une agonie.
Pourquoi ne pas nous dire la vérité qui est évidente ? Cela fait des années que nous courrons joyeusement à notre perte. Et pour deux raisons : une mondialisation mal gérée et des Etats enivrés par la démagogie.
La mondialisation –inévitable à l’heure de l’Internet- aurait pu être une chance si, comme on nous l’avait promis, elle avait permis des échanges planétaires, tout le monde produisant, tout le monde consommant. Or, les pays pauvres sont devenus des producteurs inondant la planète de leurs produits, sans se mettre pour autant à consommer, et les pays riches se sont gobergés de ces produits venus d’ailleurs, sans plus rien fabriquer.
La mondialisation a divisé la planète, avec, d’un côté, des fourmis travaillant sans relâche d’arrache-pied en se privant de tout et, de l’autre, des cigales ravies de leur sort et totalement inconscientes de leur déclin.
Les fourmis se sont enrichies, à ne plus savoir quoi faire de leurs dollars, les cigales se sont ruinées et la bise est arrivée. Les pays qu’on disait « les plus riches de la planète » se sont endormis sur leur tas d’or et celui-ci a fondu comme neige au soleil alors que les pauvres, les faméliques, les sous-développés ont fait fortune. Le réveil est forcément douloureux.
On avait oublié que la règle d’or du commerce international est que les uns et les autres produisent et consomment. Si les uns se contentent de consommer et les autres de produire, tout finit, bien vite, par basculer dans l’absurde. Aujourd’hui, ce sont les « petits Chinois » qui possèdent l’Amérique et qui rachètent nos entreprises.
Mais nous ne nous sommes pas contentés de ne plus rien faire de nos dix doigts. Pour ne pas voir arriver la catastrophe nous avons créé un monde d’illusion. Nous ne fabriquions plus rien, nous ne vendions plus rien, nous nous ruinions à tours de bras, qu’importe, l’Etat paierait.
Les peuples paresseux ont imaginé l’Etat providence. Il suffisait de faire tourner la planche à billets. Mais elle a fini par tourner dans le vide. La vache-à-lait est moribonde car elle n’a plus de fourrage depuis bien longtemps.
Inutile de s’en prendre aux agences de notation. Nous sommes ruinés et nos Etats avec.
La France a 1.500 milliards de dettes, 4 millions de chômeurs, 8 millions d’habitants qui vivent sous la ligne de pauvreté et une croissance de zéro ! Le gouvernement nous dit qu’il va supprimer quelques niches fiscales. Il pourrait aussi augmenter le prix des cigarettes ! Tout cela est évidemment dérisoire. Au milieu d’un incendie dévastateur, on ne joue pas avec des bouts de chandelle.
Il faudrait remettre en cause cette mondialisation en imposant aux producteurs de devenir aussi des consommateurs, remettre en cause notre économie en la recréant pour qu’elle puisse exporter, remettre en cause notre « civilisation » d’assistés, d’allocataires en toutes sortes.
Curieusement, cette crise qui devient une hécatombe redonne quelques couleurs à Nicolas Sarkozy, comme si, au milieu de la tempête, les Français avaient soudain peur de changer d’équipage. « Il a l’expérience », nous dit-on de ce capitaine qui, en quatre ans et demi, n’a su éviter aucun écueil se laissant balloter au milieu du cyclone.
Il est vrai que les autres, les socialistes, bras ballants, manquent cruellement, eux aussi, d’idées. Ils n’ont rien d’autre à proposer qu’une rencontre au sommet avec le chef d’Etat. Pour prendre le thé ?
L’appareil pique droit vers le crash et plus personne n’est capable de prendre les commandes.

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