Après quelques jours de réflexion, tous les experts sont d’accord pour affirmer que le plan « de sauvetage » présenté par François Fillon cette semaine n’a aucune chance de sortir le pays du gouffre dans lequel il dégringole.
Pour les uns, il ne s’agit que de quelques « rustines » un brin démagogiques. Ce ne sont ni les 0,01% de Français « ultra-riches », ni les buveurs de sodas, ni les parcs d’attractions à thème qui vont renflouer les caisses totalement vides de l’Etat. Pour les autres, ce ne sont que des « cautères sur une jambe de bois ». Ces nouvelles dispositions ne vont relancer ni la consommation ni l’innovation, bien au contraire. La construction de logements neufs va connaître un coup d’arrêt, les mutuelles de santé vont augmenter, les classes moyennes vont une fois de plus « déguster ». La croissance va donc rester nulle et le chômage va continuer à s’aggraver, comme l’ont laissé prévoir les derniers chiffres officiels.
Il faut reconnaître que, si la gauche à ironiser sur ce plan, personne n’a, pour l’instant, su répondre par des solutions miracles crédibles.
Pendant ce temps, le président de la République est parti au bout du monde pour annoncer aux Calédoniens qu’il allait leur accorder une trentaine de policiers de plus. C’est surréaliste ! Sur la route, il a fait escale quelques heures à Pékin pour dire aux Chinois que l’euro se portait à merveille et qu’il serait gentil qu’ils réévaluent leur propre devise. Ils ont dû rigoler.
A huit mois des élections présidentielles, une telle situation devrait ouvrir un large boulevard à l’opposition. On attendait donc le PS à ses universités d’été de La Rochelle. C’était l’occasion pour ces dirigeants d’une gauche qui se languit du pouvoir depuis dix ans de se mettre en ordre de bataille et de se lancer dans la conquête d’un pouvoir qui est à ramasser dans le caniveau.
Mais le piège des primaires a piégé tout le monde. Alors que le seul objectif aurait dû être le scrutin d’avril prochain et le seul thème aurait dû être l’anti-sarkozisme, les candidats « virtuels » ne pensaient qu’au scrutin d’octobre –les primaires de gauche- et se sont donc livrés à une guerre fratricide. S’ils ont, pour la forme, tiré à boulets rouges sur la politique du président-candidat, ils se sont surtout joyeusement, perfidement, étripés, après les fausses embrassades d’usage.
Et ils ne se sont même pas entretués sur d’éventuelles contradictions qu’on aurait pu déceler dans leurs programmes respectifs (il n’y en a guère). Non. Ce fut une simple bataille d’égos. Aucun militant du PS ne serait d’ailleurs capable de dire ce qui, sur le fond, oppose réellement l’ancien premier secrétaire à l’actuelle. Tout se fait à la gueule du client, aux sympathies, aux rancoeurs, aux clans, aux règlements de comptes, en souvenir de quelques congrès particulièrement sanguinaires. La détestation à l’état pur.
C’était inévitable. Les primaires sont une machine à perdre faite pour souligner, aviver toutes les jalousies, toutes les ambitions, toutes les haines personnelles entre « camarades » et permettre au vainqueur d’arriver en lambeaux et sur les genoux à la vraie compétition.
66% des Français ne veulent toujours pas de Sarkozy et, avec les mois de rigueur, d’austérité et de récession qui se préparent, on voit mal ce qui pourrait les faire changer d’avis. Mais, après ce week-end de La Rochelle, il est difficile d’imaginer une soudaine adhésion de l’écrasante majorité des électeurs à Hollande, Aubry ou même Royal. Le premier joue la banalité fadasse, la deuxième les apparatchiks disciplinés, la troisième l’éternelle fofolle. Seuls Montebourg et Valls se détachent un peu du lot. Ils n’ont aucune chance. Le vainqueur de la primaire, quel (le) qu’il (ou qu’elle) soit, sera en piteux état pour entamer la vraie campagne.
Tout cela est du pain bénit pour les extrémistes. Mélenchon se lèche les babines. Mais ni lui ni Marine Le Pen n’ayant la moindre chance d’entrer à l’Elysée, les Français vont devoir se contenter, au printemps prochain, de choisir « le moins pire ». On peut vraiment dire que « l’affaire DSK » a changé la donne. Jamais, sans doute, une fellation, consentie ou forcée, n’avait eu une telle importance dans notre histoire politique.
Cette semaine est sorti en librairie un petit livre intitulé « Notre vieux pays ». Il faut le lire. Il évoque la France, la Nation, l’Etat, le citoyen, autant de choses oubliées et maltraitées depuis tant d’années, oubli et maltraitance qui sont, évidemment, à l’origine de la plupart de nos malheurs. L’auteur de ce livre est candidat à la présidence et plafonne autour des 3 ou 4% actuellement dans les sondages. C’est Dominique de Villepin.
Il est incontestable que si Villepin n’était pas Villepin et qu’on pouvait donc encore lui reprocher la dissolution de 1997, le CPE et sa morgue de faux aristocrate prétentieux, il aurait de sérieuses chances de faire un meilleur score. Mais ce qu’il écrit dans ce petit bouquin sur les racines de notre mal et nos chances d’en sortir est passionnant. Oui, il faut lire ce livre et il faudrait surtout que tous nos candidats y jettent un œil. Ils verraient qu’avec leurs bouts de ficelle et leurs promesses de bistrot, ils sont totalement à côté de la plaque.

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