La France est un curieux pays. Il n’est plus possible d’aborder certains sujets dits « de société » sans prendre le risque de se faire aussitôt traîner dans la boue. Le débat n’est plus possible au pays de Descartes et de Voltaire. C’est bien dommage car c’est de ce débat, et de lui seul, que peuvent émerger les réponses, notamment pour ces problèmes de société qui exigent un minimum de consensus. Mais, aujourd’hui, chez nous, chacun se fige dans des positions extrêmes et invective celui qui n’est pas d’accord avec lui. A propos de n’importe quel sujet, on a maintenant deux camps ennemis qui se font la guerre et refusent toute négociation. Ce n’est pas ainsi que nous ferons évoluer sereinement notre société.
Le problème de l’euthanasie est revenu une fois de plus au cœur de notre actualité. C’est un problème grave, fondamental, puisqu’il s’agit de la vie et de la mort. Il devrait donc dépasser toutes les querelles politiciennes et même idéologiques.
Or, voici que les uns brandissent « les douleurs insupportables des malades en fin de vie », en oubliant que la médecine permet désormais d’apaiser les souffrances les plus cruelles, et les autres évoquent « le mystère sacré de la vie elle-même », sans se demander si on peut encore parler de « vie » pour un mourant agonisant.
Les premiers accusent les seconds d’être des nostalgiques d’une morale plus ou moins judéo-chrétienne et en tous les cas dépassée ; les seconds accusent les premiers de reprendre certaines théories développées par les pires des idéologies du siècle dernier. Le débat ainsi lancé a peu de chance d’être constructif.
En fait, personne ne le dit mais tout le monde est plus ou moins d’accord pour reconnaître des évidences qu’on pourrait dire « de bon sens ». L’acharnement thérapeutique sur un cadavre vivant que permettent les « progrès de la science » n’est pas humain. Autoriser un médecin, par la loi, à tuer un malade même perdu n’est moralement pas acceptable.
Alors que faire ? Tout simplement continuer à respecter la morale médicale telle qu’elle a toujours été appliquée. Tout le monde sait que depuis toujours les médecins mettent un terme aux agonies des incurables en interrompant un acharnement thérapeutique inutile. Ils ne donnent pas la mort, ils la laissent venir quand elle est devenue inéluctable. Pas de lois, pas de textes, pas de règlements, le praticien agit « en conscience ». Chacun le comprend, le personnel médical, la famille et personne n’en parle. Le silence s’impose devant la douleur.
C’est cette « euthanasie passive » qu’autorise la loi d’aujourd’hui puisque désormais nous voulons tout légiférer même ce qu’il faut bien appeler « les cas de conscience » les plus difficiles.
On pourrait parfaitement s’en tenir là. Mais les tenants de l’euthanasie « active » en veulent plus. Ils exigent que le médecin puisse faire « le geste qui tue ». Qu’importe pour eux que l’agonisant s’acharne à vivre même sans le secours de l’acharnement thérapeutique. Un mourant qui n’en finit pas est gênant alors il faut s’en débarrasser. Une petite piqûre peut faire l’affaire.
Il paraît qu’une majorité de Français est maintenant favorable à la petite piqûre. On aimerait savoir à quelle question ils ont vraiment répondu. Souhaitez-vous qu’on abrège les souffrances insupportables d’un agonisant incurable ? Ou souhaitez-vous qu’on achève votre père dans le coma et qui n’a, peut-être, plus que quelques semaines à vivre ? Les réponses seraient sans doute différentes selon la question.
Le mariage des homosexuels est, lui aussi, revenu à la une de l’actualité et, là encore, le débat est impossible car il tourne tout de suite à l’affrontement et aux noms d’oiseaux.
Or, là encore et toujours sans l’avouer, tout le monde est à peu près d’accord. L’écrasante majorité des Français reconnaît que chacun est totalement libre de sa sexualité qui fait, plus que tout, partie de la vie privée. Les homosexuels ont tort de dire que leur communauté est persécutée. Elle ne l’est plus –et heureusement- depuis bien longtemps. Elle peut même s’afficher au grand jour et elle en profite abondamment.
Ils ont d’ailleurs tort de réclamer encore un « droit à la différence ». Ils bénéficient maintenant d’un « droit à l’indifférence » et c’est beaucoup mieux pour tout le monde. Qu’ils se le disent, l’homosexualité ne choque ni n’épate plus personne.
Mais le droit à l’indifférence n’efface pas les différences. Qu’on le veuille ou non, non seulement les homosexuels sont différents des hétérosexuels mais surtout les hommes sont différents des femmes. Or, et toute l’incohérence du débat est là, tout en réclamant un droit à la différence que personne ne leur conteste plus, les homosexuels refusent d’être considérés comme différents et parlent de discrimination dès lors qu’on leur refuse le droit au mariage ou à la paternité.
Le Pacs était évidemment une bonne solution. Mais ils en veulent plus et taxent d’homophobie ceux qui osent encore prétendre que la nature a imposé certaines différences.
La nature a peut-être tort mais elle a fait en sorte que la mort n’a besoin de personne pour faire son œuvre et qu’il y a des sexes différents. Les lobbies pas plus que les lois n’y pourront jamais rien.

Mots-clefs : ,