Nous sommes vraiment d’une naïveté confondante ! Depuis huit jours, tout le monde attend avec impatience la rencontre Merkel-Sarkozy de cet après-midi. Nous sommes dans une tempête épouvantable, nos rafiots font eau de toutes parts, il n’y a plus de croissance, les dettes sont abyssales, les Etats, les banques sont au bord de la faillite, le chômage va, évidemment, exploser, les impôts augmenter, c’est la fin apocalyptique de la vieille Europe et, sans doute, de tout l’Occident qui a régné sur le monde pendant quelques siècles et on nous raconte qu’en prenant le thé aujourd’hui à l’Elysée, la chancelière allemande et le président français vont tout arranger.
En 1940, alors que les chars de Guderian fonçaient à travers les Ardennes, le gouvernement français, francs-maçons compris, était allé en grande pompe, prier à Notre-Dame. Merkel et Sarkozy pourraient en faire autant.
On ne connaît pas encore le communiqué rassurant, pontifiant et mensonger que va publier l’Elysée à l’issue de cette rencontre mais quels que soient les rustines, les engagements, les scénarios qu’on va nous sortir du chapeau tout cela est dérisoire. Et pour trois raisons.
Quand le bateau coule, c’est toujours le sauve-qui-peut, le chacun pour soi. Sarkozy a beau nous bassiner avec la solidarité européenne, l’exigence de sauver l’euro, nos devoirs à l’égard d’Athènes, de Lisbonne, de Dublin, de Madrid ou de Rome, on ne voit vraiment pas pourquoi –et surtout comment- la France dont la dette dépasse déjà 1.500 milliards pourrait s’endetter encore davantage pour sauver ces pays qui ont fait n’importe quoi depuis des années. Nos banques sont ruinées parce qu’elles ont prêté aveuglément à tous ces pays. Va-t-on continuer à « banquer » pour couler définitivement avec eux en entonnant l’Hymne à la Joie européen ? L’Europe devait nous permettre à tous –souvenons-nous des promesses de tous nos dirigeants- de connaître un développement harmonieux. Elle nous conduit droit à la mort dans un naufrage collectif. A qui fera-t-on croire que la Grèce, le Portugal, l’Irlande et les autres parias pourront, un jour, nous rembourser en respectant les plans de rigueur impossibles à supporter qu’on veut leur imposer ?
La deuxième raison qui rend la rencontre d’aujourd’hui dérisoire est que Berlin et Paris n’ont rien de commun. On nous parle du couple franco-allemand comme s’il s’agissait de deux pays frères, main dans la main, dominant l’Europe et capables de sauver tout le monde.
On oublie que l’Allemagne s’en sort beaucoup mieux que nous, qu’elle travaille, qu’elle produit, qu’elle exporte, que sa balance commerciale est très largement bénéficiaire alors que la nôtre est dans le rouge vif depuis longtemps et qu’elle peut emprunter à un taux infiniment inférieur à celui qui nous est appliqué. Aucune agence de notation n’a jamais pensé dégrader la note de l’Allemagne alors que nos fameux trois A sont de plus en plus menacés. On fait mine de ne pas savoir qu’aux yeux des Allemands et d’un certain nombre de « gens du Nord », la France est considérée comme « un pays club Med’ », c’est-à-dire un pays où il fait bon vivre, où il est agréable d’aller passer des vacances mais avec lequel il n’est pas possible de travailler sérieusement.
Nos 35 heures les font sourire, nos grèves les stupéfient, notre système de protection sociale les sidère. Et quand ils nous entendent évoquer la solidarité européenne et les aides qu’il nous faudrait apporter à tous les bras cassés et à tous les culs-de-jatte de l’Union européenne, ils ont envie de remettre leurs casques à pointe en chantonnant Wagner. Non, l’Allemagne ne paiera plus ! Pour personne. Le dialogue Merkel-Sarkozy ne peut être qu’un dialogue de sourds car la chancelière ne veut rien entendre des balivernes européennes du Français.
Enfin, la troisième raison qui rend ces gesticulations diplomatiques ridicules est, sans doute, plus grave encore. Pendant longtemps on a cru que le pouvoir politique dominait des réalités et pouvait maîtriser les situations. De Gaulle disait –et démontrait- que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille. Cette heureuse époque est révolue depuis belle lurette. Les politiciens, faute de clairvoyance, d’idées, de volonté, se sont déconsidérés. Ils n’ont plus prise sur rien. Depuis des décennies, qu’ils soient de droite ou de gauche ou même du centre, ils ne sont plus que des marionnettes désarticulées qui n’amusent même plus ni le tapis ni la galerie avec leurs promesses et leurs rodomontades. C’est à la corbeille que se fait la politique.
Merkel et Sarkozy pourront, ce soir, nous raconter n’importe quoi, ils sont comme deux bouchons perdus sur les vagues de la tempête. Ce sont les « marchés » et eux seuls qui décident désormais et qui ont, sans doute, déjà prononcé notre condamnation.

Mots-clefs : , , ,